Norma Jean - Polar Similar

Norma Jean - Polar Similar
 

Porter le patronyme civil de Marylin Monroe, ça donne une grande responsabilité. Aussi la livraison est-elle à la hauteur du fantasme de la starlette? A en croire la presse alternative outre atlantique, oui. Et c’est là que la dernière galette des natifs de Georgie me met dans l’embarras.

Norma Jean repose sur une fanbase particulièrement assidue et fidèle. Le groupe jouit d’une réputation de qualité et de sophistication dans le monde Anglo-Saxon qui ne trouve pas forcément d’écho en Vieille Europe en témoigne le set donné au Ferrailleur en Juillet dernier.

La longévité du groupe - 20 ans en 2017 - n’a d’égal que le changement constant de line-up. C’en est presqu’ubuesque: le chanteur arrivé 7 ans après la formation du groupe, serait désormais le vétéran selon une rumeur relayée par theprp.com qui voudrait que Chris Day, le guitariste et ultime membre fondateur, ait quitté la bande. Si Norma Jean voudrait dire en latin “Grace de Dieu accordée à répétition” comment poursuivre, nourrir et faire perdurer le feu du premier amour?

Pour l’écriture de ce nouvel album, Cody Brandon Putman, le frontman, prit les choses en main et adopta,  sans le dire, la rupture. Il le relate dans une interview pour Audio Tree: le local d’Atlanta qui servit loyalement le groupe à l’élaboration des précédents albums fut abandonné au profit d’un déménagement dans l’Arkansas dans sa propriété. Là, il construisit un studio de toutes pièces “en se formant à l’école Youtube” selon ses propos. Comme une volonté de marquer son empreinte. S’il évoque avec humour et passion la frustration de ce que le public n’ait pas conscience de l’effort de construction “behind the scene”, cette même frustration est palpable à l’écoute de leur offrande. J’entends et respecte le travail mais globalement: not impressed #mckayla.

Je me retrouve dans le même tiraillement que face à des groupes comme Tool, Nine Inch Nails: leur oeuvre, qui mérite le respect, s’adresse à un public d’initiés avec qui les discussions se terminent souvent par “C’est un truc qu’il faut sentir”. Et celà se lit dans les diverses chroniques anglophones: Polar Similar est constamment resitué dans la globalité de la discographie (6 albums), cité comme une compilation des meilleures signatures musicales du groupe, comme s’il n’avait pas de vie intrinsèque. Un auditeur qui découvre Norma Jean comme moi restera très certainement sur sa faim.

Maintenant côté musical et en oubliant la fameuse aura du groupe, que peut-on se mettre sous l’oreille? La curiosité me piqua d’abord par l’intro en mesures impaires et augurant une arythmie qui si elle n’est pas franchement audacieuse laissait présager une volonté de repousser les limites du genre. Malheureusement ce sera l’unique fantaisie rythmique de tout l’album et si le groupe est catégorisé Metalcore, il penche plus du coté Hardcore que Metal. Problème, le groupe refuse toute facilité mélodique et dresse cette posture comme un étendard s’enfonçant dans un genre voué à se répéter.

Et si on se consolait du côté des paroles? Là c’est un peu la douche froide. Les vers hurlés par Cody dans le titre introductif (I - The¨Planet): “I hope you’re burning now. [...] What you feel is the loneliness of God.” me laissent dans le même malaise qu’un film de Michael Bay: certains crient au génie tandis que d’autres demandent leur remboursement. Cody ne se cache pas de son écriture volontairement équivoque et “ouverte à interprétation”. Cet état de faits laisse l’auditeur novice dans un labyrinthe sans indice et dès l’intro provoque une rupture émotionnelle entre le chanteur et lui. On parlait d’initiés.

La meilleure piste est sans doute le 2e titre “Everyone Talking Over Everyone Else”. Elle offre de l’amplitude avec ses contrastes appuyées par des césures plutôt bien senties: on n’est pas loin du headbang. Après ce titre malheureusement, le reste de l’album sonne monotone. Si l’énergie du groupe ambiance répétition dans le garage de papa est très bien retransmise sur toute la durée du disque via un production léchée, la technique n’étant pas au rendez vous, on peut se lasser. J’ai entendu et lu les louanges sur le chant de Cody mais là encore, je ne suis pas sur d’avoir les mêmes références.

On peut observer dans Polar Similar une similitude cinématographique avec Inland Empire, l’ultime film de David Lynch ou plus récemment The Neon Demon de Nicolas Winding Refn: une oeuvre qui a les qualités de ses défauts, que souvent seuls les aficionados défendent et à contrario l’idée que l’auteur s’est fait plaisir au détriment de la connexion avec un nouveau public.

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