Destroy The Runner - Void

Destroy The Runner - Void
 

L'année 2010 vit la fin de Destroy The Runner, alors que le groupe était en train de travailler sur un troisième album qui ne vit jamais le jour. Et la renaissance du groupe s'effectua en 2016, à l'occasion d'une campagne de financement participatif qui ne receuilli qu'à peine plus que 50% des 12000 dollars demandés par le lineup original du groupe, qui se reformait pour l'occasion. Et c'est ainsi que ce vendredi sortira Void, un EP de six titres qui est aussi difficile à comparer à I, Lucifer qu'à Saints.

Le monde musical a changé en 10 ans, quand les quatre garçons (Kyle, Nick, Duane et Marc) ont formé Destroy The Runner, et étaient en train d'écrire Saints. Le métalcore était alors en pleine accession des hits, et tout était nouveau et beau. Mettre sur le compte de la naïveté les difficultés rencontrées par le groupe ayant résulté dans sa fin il y a six ans est probablement trop facile, et les membres ne le savent que trop. Alors cet EP se veut être plus que l'album que DTR n'a jamais sorti. D'ailleurs, on ne sait pas ce que sont devenus les titres qui étaient en train d'être écrits. Jetés, adaptés, oubliés ? Il faudra le demander au groupe. Mais plus que tout, cet EP se veut être celui de la maturité.

On pourrait penser que c'est paradoxal quand seulement la moitié de son objectif financier est atteint. La tentation pourrait être de jeter l'éponge et de se dire que ce troisième album ne sortira jamais, qu'il n'intéresse personne. Mais le groupe avait un autre état d'esprit : dès le début, ils savaient que cet album se ferait, et qu'il se fera avec l'argent récolté. Plus il y en aura, meilleur il sera ; moins il y en aura, plus il faudra être créatif pour être de qualité. Alors, d'un point de vue mathématique, 6000 dollars récoltés pour six titres, ça fait pas mal d'argent, finalement. Si des groupes arrivent à sortir de bons albums en pur DIY, on ne peut que s'attendre à de la haute voltige. Et quand a été dévoilé le premier single, End Transmission, tout le monde a compris que l'argent avait été bien investi.

Ce titre a instantanément ressorti les vieux souvenirs enfuis loin, qui avaient déjà commencés à se réveiller lors de l'évocation du retour du groupe. Le titre était parfaitement choisi, avec son introduction lente, son growl puissant qui se veut être traduit par un raisonnant "Nous sommes de retour !", et son riff qui se répète pendant presque trente secondes, faisant monter une pression finissant par exploser par des échanges de scream sur un fond de léger synthé, bientôt remplacés par du chant clair hyper efficace, le tout déboulant sur un refrain emphatique, laissant du repis seulement lors d'un post-chorus bienvenu. En seulement quatre-vingt dix secondes Destroy The Runner apportait une foule de réponses plus que convaincantes : oui, ils sont de retour, oui ils ont su être créatifs, et non leur musique n'a pas un vieux relent de poussière.

Pourtant, ce titre reste unique sur l'EP, mais on ne s'en rend compte qu'en écoutant ce dernier dans son ensemble. Bloom, le premier titre, joue dans un autre registre, celui de constructeur d'ambiance, de pommade avant un massage qui s'annonce énergique. Le synthé est omniprésent dans la première partie, et aurait pu effrayer les auditeurs s'il avait été dévoilé comme premier single. Alors qu'avant End Transmission et Underwater (qu'il précède), le positionnement est brillant. Troisième titre de l'EP, Underwater apporte un peu de spleen et beaucoup de chant clair assez varié, contrastant avec la batterie qui est quasiment tout du long des couplets en mode mitraillette. Avant de partir en rock ambiant sur un long break qui se termine comme un hommage à Underoath des plus réussis.

Glass Sky aborde encore un autre aspect du son du groupe, qui commence dans une ambiance quasi symphonique, et qui voit le groupe utiliser plusieurs effets sonores, avec comme point d'orgue de la fin de l'introduction un flanger qui surprend. Le titre reste cohérent dans ses sonorités éclectiques et parfois dissonantes, ce qui permet de mettre encore plus en évidence la majestuosité de son suivant, Ivory, et ses cinq minutes trente de perfection. Commençant comme une ballade romantique, il se transforme en frénésie musicale puis s'adoucit avec l'apparition de plusieurs voix qui s'entremêlent progressivement, jouant avec les guitares qui ne demandent qu'à se joindre à la féérie ambiante pour mieux exploser dans un finale qui débute au moment où les instruments s'éteignent ... pour évidemment mieux repartir. Assurément le titre le plus audacieux de l'EP, celui qui se doit de ne pas être dévoilé comme single pour mieux surprendre le fan ayant acheté l'album.

Difficile de passer après ce titre qui aurait pu conclure l'EP de la meilleure des façons, mais c'est à Born To Hate que revient la dure tâche de faire patienter jusqu'à un prochain album du groupe. Le titre est le moins claquant des six, et aurait probablement dû être placé avant Ivory. Qu'à cela ne tienne, les cinq premiers titres s'apprécient tous et confirment l'impression laissée par End Transmission : avec cet EP, Destroy The Runner effectue un retour gagnant. Espérons que le public répondra favorablement, et que Void ne laissera pas la place à un quatrième album qui ne sera jamais ... ou qui attendra dix nouvelles années.

Void sortira ce vendredi 9 décembre. L'album est à pré-commander sur le bandcamp du groupe.

Partagez cet article

Concernant l'auteur

Jérémie

Créateur de Beehave en 2007 avec Christelle qu'il épousera un an après, Jérémie apprécie toutes les formes du rock, surtout celles qui contiennent de la double pédale et de la saturation. Né à l'époque des pattes d'eff, il apprécie aussi tout particulièrement le glam, le thrash et le power métal, même s'il se fait chambrer à cause de ça par ceux qui sont nés dans les années 90. Et papa depuis 2015 :-)

Qui sommes nous ?

Créé en 2007, Beehave est un webzine de rock / métal dont le but est de promouvoir des artistes chrétiens.

Le site est géré par une dizaine de bénévoles venant de tous horizons, partageant la même passion pour la musique.

Nous essayons, en fonction de notre temps disponible, de chroniquer les albums qui nous sont envoyés, de nous déplacer à des concerts pour réaliser des live-reports et des photos de concert, et de publier régulièrement des news et vidéos, permettant de découvrir de nouveaux artistes.

Foire aux articles

Derniers commentaires

Newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter pour être tenu au courant des jeux concours et des infos marquantes :