Fieldy - Got The Life : My Journey Of Addiction, Faith, Recovery, And KoRn (2009)

Fieldy - Got The Life : My Journey Of Addiction, Faith, Recovery, And KoRn (2009)
 
Xanax. Weed. Coors Light. Pendant près de vingt ans de sa vie, Reginald « Fieldy » Arvizu a nourri le mauvais chien. Noyé dans l'étourdissante célébrité que lui conférait KoRn, le groupe de métal mondialement connu, il s'est perdu dans la tumultueuse vie de ces stars stéréotypées, entières tant dans le talent que dans l'excès. 
Musique se conjugue alors immanquablement avec alcool, drogue, et fêtes orgiaques qu'il termine dans les bras de quelques groupies triées sur le volet par son dévoué garde du corps. Si la star fascine des foules entières par son jeu de basse délicieusement percussif et unique en son genre, elle se démarque aussi par ses caprices, son égocentrisme et sa méchanceté à l'égard de tous ceux qui l'entourent. Il a tout, et pourtant, ce tout n'est rien. Rien face à la dépression qui peu à peu le torture jour et nuit. Rien face à l'angoisse, et la culpabilité, qu'il oublie tant bien que mal en s'abrutissant du soir au matin. Rien, jusqu'au jour où la mort de son père vient lui ouvrir doucement les yeux sur son besoin existentiel et inassouvi de paix, l'engageant alors dans une lente marche vers Dieu... Got The Life.

fieldy-gotthelifeEcrit avec le concours de la journaliste Laura Morton, du New York Times, ce poignant témoignage est sorti dans le courant de l'année dernière, sous le titre complet Got The Life : my journey of addiction, faith, recovery, and KoRn. Cet ouvrage d'environ 250 pages s'inscrit dans une ligne à peu près identique à celui publié par Brian « Head » Welsh, en 2007. Cela faisait alors deux ans que Head, guitariste de KoRn, s'était subitement converti au christianisme et avait quitté le groupe pour se consacrer à sa nouvelle vie en Christ. Pourtant, si la forme est la même, ce que nous raconte Fieldy sur le fond, son parcours et sa recherche personnelles, est tout autre. Il rassemble tant bien que mal tous les éléments de sa vie par bribes peu précises et souvenirs sporadiques pour finalement nous tracer les chemins sinueux qui l'ont guidés de l'enfer le plus sombre vers une lente prise de conscience de ses erreurs, puis une discrète métamorphose vers une vie saine et sobre, mais toujours au sein de KoRn. Son histoire prend alors la sincérité du fil de la plume, l'imprécision des détails oubliés, la liberté des souvenirs emmagasinés dans un cerveau si rarement clair et disponible à l'époque, rendant l'ensemble authentique mais bien souvent trop peu rigoureux.

Toute l'histoire commence en fait dans la prime jeunesse du bassiste. Il voit le jour le 2 novembre 1969 dans la petite ville de Bakersfield, au sein d'une famille où la musique a son importance. Avec des mots touchants, il fait état de l'admiration qu'il développe très vite pour son père qui joue dans un groupe dont la renommée suffit à nourrir toute la famille. De cette admiration, de ces heures passées au fond du garage à dévorer de ses yeux éberlués d'enfant les répétitions de la formation paternelle, lui viennent à la fois ambition et rêve. Ambition de faire de la musique, rêve de devenir une Rock Star. Mais l'idéalisation de cette vie future se choque avec la réalité, provoquant même l'amalgame : adolescent, Fieldy prend la mauvaise habitude de boire et se droguer tant pour suivre l'exemple de son père que déjà pour panser les plaies dans son cœur, brisé par la relation orageuse et le divorce de ses parents. La messe est dite.

Outre un témoignage de vie intéressant, ce livre est une véritable perle pour tous les fans de KoRn de la première heure qui depuis toujours ont rêvé de savoir ce qui se passait réellement derrière la caméra. A mesure que l'on découvre le livre, son auteur nous fait pénétrer plus avant dans l'univers particulier et privé du groupe. Détails croustillants, anecdotes inédites, regards de l'intérieur, pendant près de 200 pages, il raconte tout avec précision de la genèse tâtonnante d'une formation au style alors inconnu jusqu'à sa reconnaissance mondiale comme pionnière et leader d'un genre nouveau qui prendra possession des années 1990 : le Néo Métal. Début 1990, le rêve est encore loin d'être réalisé, et la vie n'est pas rose pour les cinq futurs membres de KoRn. Peu soucieux de leur avenir et des risques, ils accumulent magouilles, deals de weed ou petits boulots pour continuer à répéter jour après jour et faire la fête nuit après nuit dans une petite maison où ils s'entassent tant bien que mal. Peu après, KoRn naît et dans la foulée enregistre avec Ross Robinson son premier album studio, l'éponyme et très célèbre KoRn. La machine est lancée, et en un temps record le Néo Métal de Bakersfield vient chambouler le paysage musical, propulsant ces nouveaux génies au rang de stars mondiales, puis de quasi-divinités. Là encore, les détails ne nous sont pas épargnés. S'émerveillant de ce succès qu'ils espéraient tous ardemment du fond de leur cœur, David, Munky, Fieldy, Head et Jon s'engouffrent la tête la première dans cette vie rêvée où leur est offert de vivre ce qu'ils ont toujours fait, la musique et la fête, sans préoccupations aucunes, et dans des proportions enivrantes.

« Sex, drugs & Rock'n'roll ! »... And consequences... Fieldy dissèque alors le processus destructeur de ce succès qu'aucun d'eux n'étaient prêt à vivre, un succès qui commence par glorifier pour finir par éroder. La notoriété effrite leur amitié, modifie leur caractère et surtout ouvre les portes à tous les excès : alcool, grandioses soirées, drogues diverses. Désaccords et disputes se multiplient, le groupe agonise : en dehors de la scène, ses membres se fuient. Fieldy supplante même tous les autres par sa capacité à l'excès. Difficile à vivre, il est gravement alcoolique et s'imbibe à toute heure de litres de bière, après quoi il méprise et insulte tous ceux qu'il croise, renvoie ses employés pour un rien, s'emporte dans des rages soudaines et folles qui peuvent le rendre violent. Marié deux fois, il traite chaque fois sa femme de la même manière : avec violence et irrespect. Sans notion de morale ni de fidélité, il couche chaque soir dans son lit de nouvelles femmes, pour l'unique assouvissance de ses désirs. Mais sa dépression ne désenfle pas, ses angoisses le tourmentent et il sait qu'il mène une vie inqualifiable et reprochable. Fieldy se trahit alors, et on lit entre ces lignes qui énumèrent débauches après débauches qu'il ne cherche au fond qu'une simple chose : la paix et l'amour. En mal d'une vie simplement stable et heureuse, il envie à maintes reprises le bonheur de vivre qu'affiche certaines personnes de son entourage, comme son père ou son ex-femme, tous deux convertis. Malheureusement, il n'a ni la force ni la volonté de changer, et la haine malsaine et égocentrique dans laquelle il s'enferme semble être un cercle vicieux sans fin...

Mais en 2005, la mort de son père lui fait l'effet d'un sceau d'eau froide. Inconsolable, cette perte le touche en plein cœur et le ramène à la réalité : sa dépression, son manque d'amour, et la cruelle désillusion que tout ce qu'il possède n'apporte rien de la joie dont son père rayonnait. L'existence n'a alors plus aucun goût, ses actions n'ont plus de sens. Mais c'est précisément dans cette solitude et cette faiblesse que va se produire un bouleversement dans sa vie. Sa belle mère d'abord, également chrétienne, lui propose de prier à l'hôpital, une prière qui sans qu'il ne s'y attende le trouble au plus au point. Peu après, c'est la présence de Jonathan pour le réconforter qui lui ouvre les yeux sur sa méchanceté, la vanité de son existence, et combien l'amour et la gentillesse peuvent lui apporter la paix qu'il recherche. Pour ne pas mourir, pour trouver la paix qu'avait son père, Fieldy décide peu à peu de changer le déroulement de son existence. Et le miracle se produit : il arrête l'alcool, puis la drogue, il se décide à demander pardon à tous ceux qu'il a fait souffrir, accomplit un énorme travail sur lui-même pour changer ses mauvaises habitudes et ne plus faire souffrir les autres. Chaque instant, il prie cette prière laissée par sa belle mère, demandant l'aide de Dieu pour parvenir à en finir avec cette vie qui l'use. Il va même jusqu'à confesser la totalité de ses infidélités à sa petite amie qui le pardonne et accepte sa demande en mariage en 2006.

Après près de quatre ans d'une conversion progressive, au fur et à mesure du terrain regagné contre ses addictions, Reginald « Fieldy » Arvizu signe finalement un témoignage détonnant et transpirant l'espoir, et la libération de la foi. Ecrit dans une langue simple et accessible à tous, le texte est à la fois simple, sincère et authentique, parlant de la vie et des expériences sans fioritures aucunes, mais simplement la volonté de partager la joie retrouvée dans une vie renouvelée. Ce témoignage est rendu d'autant plus vivant et vrai que le texte est agrémenté de nombreuses photographies tirées des archives personnelles de Fieldy, le montrant aux différentes étapes de son existence et permettant d'autant mieux de mettre des images sur les histoires racontées, afin de mieux les comprendre. Le livre a alors un goût d'Ecclésiaste, et c'est peut-être là tout son intérêt : Fieldy s'est laissé entraîné dans les pires tentations possibles, est passé de l'excès à la débauche, puis de la débauche à la déchéance, mais toujours en mal d'une vie heureuse, à la recherche d'un équilibre et d'un bonheur. Une recherche que chacun de nous opère jour après jour, dans laquelle nous pouvons nous reconnaitre, une recherche de l'accomplissement de soi. Ce message qu'il veut nous faire passer aujourd'hui, c'est qu'il a cherché, il a essayé beaucoup de pistes comme l'oubli dans l'alcool, le plaisir et le calme dans la drogue, la sécurité et le bonheur matériel dans la richesse et la popularité. Pourtant, dans tous les cas la conclusion est la même : comme l'aurait dit Salomon, « tout n'est que fumée et revient à poursuivre le vent ». Son incroyable combat est un encouragement pour tous ceux qui ont sombré dans l'addiction, mais au-delà de ça pour tous ceux qui sont en recherche d'un réel bouleversement qui ensoleillerait leur existence, qui apporterait la paix, la joie, la vie enfin vécue pour ce qu'elle est : un partage d'amour fraternel et de sérénité.

L'annonce publique de sa conversion, et maintenant ce livre de l'ombre à la lumière sont l'aboutissement magnifique d'un retournement lent, mais radical, faisant du pêcheur perdu hier un homme libre et serein, qui entend rattraper le temps perdu et partager autour de lui l'amour qui a comblé sa vie et l'a lavé de ses péchés, sans nouvelle rechute ou effets secondaires. Les diverses tentations qui nous font face chaque jour, et la complaisance aveugle qu'elles entraînent ont très facilement prises sur nous, et c'est la leçon de Got The Life : Fieldy a sombré en grande partie parce qu'il a eu envie et a été tenté par une vision idéalisée de la vie dont il rêvait. Pendant un temps, peut-être, le bonheur a été là, l'accomplissement de son rêve, mais très vite le bonheur n'a été que plaisir, illusoire et éphémère, solution trop facile pour passer sous silence les tourments qu'il n'a jamais accepté de regarder en face avant la mort de son père. Pendant vingt ans de sa vie, Fieldy a nourri le mauvais chien. Pendant vingt ans de sa vie, a opéré diverses manœuvres de contournement pour ne pas considérer le vrai problème. Il avoue en conclusion avoir poursuivi sa vie passée comme un endurcissement pour ne plus avoir le cœur brisé, douleur qu'il avait vécu face à ses parents qui lui donnaient une image déformée de l'amour dans le malheur de la violence conjugale, puis dans un divorce qu'il n'avait jamais accepté. Comme une prise de revanche contre son passé, une vengeance faisant plus de mal que de bien, il a haï plus qu'il n'a aimé, il a pansé une plaie infectée sans véritablement laisser l'amour des autres guérir son cœur. « Je crois que toute période sombre d'une personne vient du fait qu'il a le cœur brisé. [...] J'ai utilisé l'alcool, les drogues, et la nourriture comme des béquilles. Je ne voulais jamais avoir à nouveau le cœur brisé. ». Pourtant, il a trouvé la paix dans son cœur avec d'autres béquilles : « Rien n'est trop dur. Donne de ton temps aux autres. Fais-toi des amis. Pardonne à tout le monde, et ne mens jamais. ».

Au contraire de Head, et du fait de son parcours entièrement différent, Fieldy a décidé de rester bassiste dans KoRn. Homme neuf et serein, il se consacre désormais sainement à son rêve d'enfant, et fait de la musique la priorité de sa vie, juste après Dieu, sa femme et ses enfants. Il entend bien profiter de sa place dans un groupe non chrétien pour continuer à faire la musique qu'il aime tout en se portant volontaire et disponible pour les autres, afin de les aider, de les encourager, et de les aimer. Et Fieldy en est aujourd'hui la preuve : cette vie, cette paix, c'est trop vrai pour être simplement beau.

Informations complémentaires : Editeur : HarperEntertainment & William Morrow
Sortie : 10 mars 2009
Genre : Témoignage
Langue : Anglais
Nombres de pages : 288
Auteurs : Reginald "Fieldy" Arvizy et Laura Morton



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