Ces chrétiens qui aiment le Hellfest

Ces chrétiens qui aiment le Hellfest
 

Comme chaque année depuis 2006 se tiendra du 18 au 20 juin à côté de Clisson (44) un festival de musique qui va faire couler autant d'encre que de sueur : le Hellfest.

hellfest-2010Véritable réussite (plus de 60.000 personnes venant des quatre coins du monde lors de l'édition 2009), le festival a construit sa réputation en proposant un plateau ecléctique, du moins est-il possible d'utiliser ce terme si l'on admet que le Heavy Metal, le Hard Rock, le Death Metal, le Black Metal, et Thrash Metal, ne sont pas qu'un seul et même courant musical. Mais c'est bien en raison de ce créneau bien particulier que les critiques pleuvent en provenance d'une partie de certains responsables politiques et religieux.

Les critiques pleuvent

Précision importante : je n'ai jamais mis les pieds au Hellfest. Toujours en vacances à la mer au moment ou se tient ce festival, et de toutes façons pas disposé à lacher les 130€ nécessaires et minimum pour avoir le droit d'entrer dans la danse, je ne peux donc pas parler de ce qui se passe réellement là-bas. D'autres cependant semblent ne pas se gêner pour y aller de leurs accusations sans que leur silhouette n'ai jamais été aperçue sur les terres du festival. Et si l'on en croit leurs déclarations, il semblerait que ce soit la peur qui justifie leur éloignement de ce lieu devenu maudit pendant les trois jours que dure le festival.

Cette année, pour ceux qui n'ont pas suivi l'actualité, Philippe de Villier (président du Mouvement pour la France, parti politique de droite) lança la première salve en déclarant que « Nos valeurs ne sont pas celles qui poussent le conseil régional actuel (PS) à financer un festival sataniste ! ». Christine Boutin (présidente du Parti Chrétien Démocrate, proche de l'UMP) enchaine en écrivant une lettre ouverte à Kronenbourg, principal sponsor du festival, dans laquelle elle demande à la marque « de cesser de financer ce festival [...] qui promeut et véhicule la culture de mort » pouvant « influencer négativement des jeunes en fragilités psychologiques au point de les amener à poser des actes graves et violents ». Interpellé par des députés, le ministre de la culture Frédéric Mitterand incitera les détracteurs du festival à « raison garder » et confirmera que le festival aura bel et bien lieu.

Mais sont-elles justifiées ?

Les fans de métal français à commencer par les organisateurs du festival eux-mêmes sont rassurés, le Hellfest aura bien lieu en 2010. Mais plusieurs questions restent en suspens : les craintes sont-elles justifiées, et est-il raisonnable pour un chrétien de se rendre dans ce genre de manifestation ? Car les mots employés sont forts : satanisme, culture de la mort, incitation au suicide. N'importe quelle personne, étrangère au milieu du métal, sera forcément sensible à des termes pareils. Qui en plus d'êtres graves invitent à une réflexion qui dépasse le cadre de la vérité.

Personne ne peut nier que le métal est un style violent. Violent dans ses rythmiques, violent la plupart du temps dans ses paroles, violent dans le look, violent dans la fosse. C'est évidemment ce caractère violent qui plait, mais ce n'est pas directement ce point qui pose problème à De Villiers, Boutin et cie. Ce qu'ils critiquent est le côté sataniste et morbide du métal, par extension du festival (ou vice-versa) et qui pourrait inciter des jeunes en fragilité psychologique à supprimer leur existence. Mais par quel mécanisme ? Par quel enchainement de situations, d'idées ? Aussi, pourquoi le métal plus qu'autre chose ou qu'un autre style musical ?

Un passé lourd à assumer

Sans réécrire mon dossier sur les origines du métal et de celle du métal chrétien (lire ici), oui le passé du métal est trouble (son présent n'est pas forcément mieux loti), mais tout mettre dans le même panier serait comme jeter tout le contenu d'un cellier quand un paquet de farine contient des vers : précaution compréhensible mais non justifiée, et surtout pas nécessaire. La véhémence des accusations n'a d'égal que la longévité des clichés qui collent à la peau du métal, comme un t-shirt après un concert passé dans la fosse : « Le métal, c'est la musique du mal ». On connait la chanson, et sur Beehave, on est un peu fatigués de l'entendre.

Car le métal, au niveau du style, est une musique comme les autres, créée par des hommes créés à l'image de Dieu. Mais là encore, il y a des nuances importantes à faire. Car il y a l'esprit, et la letttre. Et c'est l'un des principaux point de problème quand aux attaques faites et décrites ci-dessus : le métal a ses clichés, mais également ses codes, ses standards, ses normes. Et c'est tout un ensemble qu'il est important et nécessaire de comprendre. Le métal, c'est une musique d'hommes, virils, et les paroles reflètent en grande partie l'image guerrière et conquérante que l'histoire prête à tout homme digne de ce nom. Et de la vient parfois une surenchère parmi les groupes pour être celui qui a le nom le plus barbare, le plus mauvais, et comme ce qui symbolise le mal par excellence dans nos cultures judéo-chrétiennes est le diable, et l'enfer qui l'accompagne, ces deux derniers sont des thèmes inépuisables utilisés pour baptiser noms de groupes, d'albums, de chansons, et pour y pondre des paragraphes servants de chanson, tous plus poétiquement glauques que les autres. Dans le but parfois de choquer, souvent pour correspondre au style. D'un autre côté, un groupe de métal chantant les histoires de Ken et Barbie, ça ferait sourire tout le monde, sauf le banquier du groupe.

Qui doit être pris en compte, et par tout le monde

Maintenant, il ne s'agit pas non plus de se la jouer candide et d'ignorer que tout comme il y a des groupes chrétiens, il y a de réels groupes satanistes, remplis de haine pour les chrétiens, et je ne serai pas surpris d'apprendre que certains membres de groupes pareils soient  possédés, même si la n'est pas l'objet de cet article. Certains groupes comme Deicide, Meryful Fate, Infernus ou encore Euronymous proclament faire partie de cette branche relativement minoritaire du métal. Leur but ? Identique à celui des chrétiens, avec simplement l'adversaire comme maitre. Et tout comme dans le marché chrétien ou certains groupes se disent chrétiens pour vendre plus d'album, il n'y a pas de doute non plus que certains groupes se disent satanistes par pure provocation avec comme fin d'augmenter leur volume de vente.

J'ignore si certains groupes de ce genre seront présents au Hellfest, mais j'imagine que oui. De même, d'autres ignorent également qu'il y aura comme l'année dernière (August Burns Red) au moins un groupe chrétien présent, l'honneur étant réservé en 2010 à As I Lay Dying. Ils seront accompagnés par Alice Cooper, qui s'est converti dans les années 1995 et qui a renoué dernièrement avec le style dont il est le père, à savoir le shock rock.

Pour en terminer avec les clichés du métal, je souhaiterais terminer avec le nom du festival. C'est à mon sens le plus grand paradoxe, et la plus grand erreur commise par ses organisateurs. Car les premiers à être tombés dans le piège du cliché, à en jouer, et à se plaindre d'en être victime, sont les organisateurs du festival eux-même. En baptisant leur évènement Hellfest, littéralement "Fête de l'Enfer", et en adoptant un style graphique pas forcément des plus joyeux (voire plutôt effrayant), ils ont plus que tendu le baton pour se faire battre, alimentant artificiellement une polémique qui ne semble pas avoir de fin.

 

Dernière modification le 05/03/2016
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Concernant l'auteur

Jérémie

Créateur de Beehave en 2007 avec Christelle qu'il épousera un an après, Jérémie apprécie toutes les formes du rock, surtout celles qui contiennent de la double pédale et de la saturation. Né à l'époque des pattes d'eff, il apprécie aussi tout particulièrement le glam, le thrash et le power métal, même s'il se fait chambrer à cause de ça par ceux qui sont nés dans les années 90. Et papa depuis 2015 :-)

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