Fono

J'aime les interviews car ils permettent aux artistes de s'exprimer autrement que par leur musique, parfois sans langue de bois. Venez découvrir le groupe Fono au travers de son leader Del Currie, qui nous parle de l'histoire de la formation groupe, qui nous raconte les différents déboires qu'ils ont vécu, et qui nous explique pourquoi leur dernier album est gratuit. Plus qu'une interview, un entretien.


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Comment est la météo à San Diego?

Le temps est maussade ici en raison des feux que nous venons encore d'avoir. Le ciel est gris, il y a des cendres dans l'air. Du coup San Diego n'est pas autant ensoleillé que d'habitude, mais il fait chaud.

J'espère ne pas te déranger. Qu'étais-tu en train de faire quand le téléphone a sonné ?

J'étais sur mon ordinateur en train de regarder mes emails. Le courrier du matin ! Gestion du business.

0k. Je suis surpris, car de ce que tu m'avais dit par mail, je m'attendais à entendre un accent assez prononcé, mais il n'est pas si dur à comprendre.

(rires)

J'essaye de le contrôler pour toi. J'ai grandi en Irlande puis j'ai vécu à Londres pendant longtemps. Là, je parle doucement.

Merci. Avant de continuer, je voulais te présenter beehave.fr et notre vision. As-tu déjà visité le site ?

Absolument ! Je l'ai visité avant que tu ne me contacte, quand je recherchais sur google des critiques de notre album. J'ai trouvé ton site grâce à l'article concernant notre album gratuit. Merci beaucoup !

De rien ! Pourrais-tu te présenter ?

Je m'appelle Del Currie. Je suis le chanteur et guitariste de Fono.

Quel âge as-tu ?

J'ai 37 ans.

Et quand as-tu commencé ta carrière ?

J'ai eu mon premier groupe à l'âge de 16 ans. C’était un groupe Irlandais appelé Split Level, avec lequel nous avons décroché un contrat. C'est pour ca que nous avons quitté l'Irlande pour Londres.

Puis Fono. Quand le groupe s'est-il formé ?

Nous nous sommes rencontrés à la fin des années 90, en 97 il me semble. Au départ le groupe s'appelait Seven, comme le chiffre. Nous avions enregistré un album avant d'avoir fait le moindre concert. Nous avons alors envoyé cet album à un concours permettant de faire la première partie de Bon Jovi, et nous avons gagné. Ainsi, notre tout premier concert fut l'ouverture de Bon Jovi devant 50 000 personnes !

Dingue !

Ouais c'était mortel. Nous avons donc fait ce concert, ce qui nous a valu de nombreuses sollicitations. La BBC nous a suivis pendant un mois, enregistrant tout, et le documentaire est passé à la télévision. Tout cela nous a permis de signer un contrat, et c'est à ce moment que nous avons appris que de nombreux autres groupes s'appelaient également Seven. Nous avons donc du changer de nom, et nous avons pris le nom Fono.

Et Fono ne veut rien dire, si je ne m'abuse.

Effectivement, cela ne veut rien dire, c'est une sorte de jeu de mot. Quand je travaillais à Londres et que nous recherchions un autre nom, un de mes collègues est entré dans le bureau et a dit "Et pourquoi pas Fono ? Pour un nom de groupe, au lieu de l'écrire P.H.O.N.0, l'écrire F.O.N.O", et j'ai trouvé ca assez cool.

Et comme nous voulions un nom qui n'avait pas trop de signification, que nous n'avions pas le désir de faire de grande déclaration avec, et que tout le monde a aimé Fono, nous l'avons gardé.

Quelque chose d'original mais sans signification.

Exact !

Vous êtes dans le milieu depuis longtemps, mais il semble qu'après la sortie de goesaroundcomesaround, vous avez subitement disparus des radars. Que s'est-il passé ?


0uais ... après avoir sorti cet album, nous étions liés à ce label appelé Big Day Records, qui était basé à New-York. On faisait une grande tournée avec les Goo Goo Dolls, les passages radio étaient fréquents, bref tout allait bien pour le groupe.

Puis le label a été fermé…

Ils ont eu un procès, leur société a été fermée, et nous avons de cette façon perdu notre gagne-pain quotidien. En plus de tout cela, nous avons été en procès avec un individu du label; je ne peux pas trop en parler, et ca ne vaut pas la peine de donner trop de détail. Le procès a duré deux ans, et en gros, pendant ces deux années, nous n'avions le droit ni de jouer ni d'enregistrer quoi que ce soit. Nous avons donc été inactifs pendant deux ans.

Mais à cette époque, nous avions déjà emménagé aux US, car nous étions prêts à repartir en tournée, et on s'est retrouvés embarqués dans ce procès qui nous a stoppés net dans notre élan. Alors c'était assez frustrant car il n'y a rien de pire pour un musicien que d'être empêché de jouer et de faire sa musique. C'est frustrant que le côté business d'un groupe puisse emmener les choses à ce niveau et d'être ainsi bloqués, alors qu'on se donnait à fond pour que notre musique soit entendue.

Alors oui c'était frustrant, mais une fois le procès terminé, nous nous sommes installés dans un studio à San Diego, puis avons commencé l'enregistrement d'un nouvel album nous-mêmes, dans notre studio. La machine était relancée !

Le procès s'est terminé en 2003. Nous étions sur le point de terminer l'enregistrement de l'album quand les premiers feux sont arrivés à San Diego, et … ils ont brulés notre studio.

Nous avons tout perdu : guitares, amplis, batteries, tout notre équipement d'enregistrement, et tous nos souvenirs de tournée, comme les laissez-passer pour les coulisses, tous ces genres de truc qu'on avait réunis avec le temps. Et les masters du nouvel album ont également brulés ... Tu sais cela faisait presque un an qu'on travaillait dessus, neuf bons mois, et on s'est retrouvés avec juste quelques maquettes de pistes sur lesquelles on travaillait. L'enregistrement était terminé, et nous étions prêts à le mixer.

Alors c'était un obstacle de plus pour nous, et il nous a fallu du temps pour tout recommencer, obtenir de nouveaux équipements, trouver un nouveau studio, bref tout recommencer à zéro. Il nous restait quelques maquettes qui étaient utilisables, et nous avons enregistré quelques autres chansons ce qui nous a permis de sortir un EP afin de rappeler au monde que nous existions encore. Nous nous sommes ensuite attelés à l'enregistrement d'un album, et c'est celui qui est sorti en Septembre.

Cela a pris du temps, ce fut constant, se prendre des murs, être à terre et se relever, et continuer à travailler. C'était frustrant mais nous croyions en notre musique et étaient détermines à continuer.

Voila une chose qu'on peut dire à notre sujet c'est que nous sommes persévérants. Nous n'abandonnons pas facilement.
Le studio, ou ce qu'il en reste
J'ai vu les photos des restes du studio sur le site. Impressionnant.

Oui, on n'y voit que de la poussière. Difficile de voir ou chaque objet était. Il y avait le reste de la console de mixage là, et ce n'est pas visible sur les photos, mais il y avait dans cette salle deux batteries, plusieurs amplis, des guitares, et il ne reste rien, si ce n'est des bouts de métal qui ont même fondu.

Quelle fut ta première réaction quand tu as découvert ca ?

Quand nous sommes arrivés au studio après les feux, une sensation étrange m'habitait car depuis mes 16 ans j'ai accumulé toutes ces guitares et amplis, ces pédales d'effets, et je n'avais jamais été sans mon équipement !

Alors c'était étrange, du genre « Me voila, sans toutes les choses que j'avais et que j'avais faites, et je n'ai même d'ampli pour y brancher une guitare. Que quelqu'un m'en donne un ! »

Il ne nous restait plus rien. Le matériel, nous savions que nous pouvions le racheter, mais nos souvenirs ... triste. Apres chaque concert nous gardions nos pass, depuis le concert de Bon Jovi jusqu'à ceux avec les Goo Goo Dolls ... Je les mettais sous mes pédales d'effet pour les surélever et étaient ainsi conservées toutes ensembles. C'était triste de perdre ce genre de choses mais nous étions heureux que tout le monde fût sauf et allait bien. Mais c'était vraiment bizarre de se retrouver sans rien, sans mes guitares.

Je comprends. Je possède moi-même trois guitares et ca me ferait mal de les voir brûlées !

0ui, les guitaristes deviennent très attachés à leurs guitares.

Avec tout cela, qu'est-ce qui vous a motivés à continuer ?

Hum, je pense que c'est parce que nous avons toujours cru en notre musique. Nous adorons faire de la musique également, et je ne pense pas que si un feu enlève tout ce que tu as, alors tu perds ta passion... C'est quelque chose que tu as en toi. Je voulais continuer à jouer, tout le monde dans le groupe voulait continuer à jouer, alors perdre nos guitares n'allait pas nous arrêter !

Et comme nous avons vécu cela tous ensemble, il n'y avait pas de raison de nous séparer. Nous avions toujours la passion, et c'est pour ca que nous avons continué.

Certaines personnes sont fatalistes, et avec ce qui vous est arrivés, ils auraient pu vous dire : “C’est Dieu qui vous dit : Arrêtez et passez à autre chose ! »


(Rires poussés)
Et bien … cette réponse est dure à formuler.

Nous apprenons et grandissons avec les épreuves auxquelles nous sommes confrontés dans nos vies. Toutes ces choses par lesquelles nous passons, quelles que soient leur nature, que ce soit un feu ou autre chose, nous font progresser. Et je pense que si Dieu me disait d’arrêter de faire de la musique alors je le ressentirais de manière bien plus forte. Je perdrais mon envie de jouer, et je ne pense pas que ce serait quelque chose de physique.

Une conviction ?

Exactement ! Je n’adhère pas du tout au « Si Dieu voulait que j’arrête de jouer il m’envoyerait un procès et brulerait mon studio ».

Et savais-tu que tout ceci est en rapport avec le nom de l’album, "Too Broken To Brake" ? C’est en quelque sorte l’essence de l’album …

Quand je marche dans la rue, les gens ne voient que l’aspect extérieur de ma personne et s’ils m’avaient vu deux jours après l’incendie du studio, ils auraient pu croire que j’étais une personne normale. Ils ne sauraient rien de ce que je vis, mais je devais gérer ma tristesse provenant de la perte du studio, tout en m’occupant de mes problèmes personnels, et c’est ça le cœur de l’album : tout le monde peu mettre un masque joyeux sur leur vie, mais au fond de lui, tout le monde a des problèmes. Ce n’est pas important de savoir de quoi il s’agit, ce peut être des problèmes de relations, des personnes qui ont des mariages malheureux, des problèmes de travail ou de santé … tout le monde a des problèmes ! Et à la fin de la journée, t’es si mal que tu penses que tu es le seul à avoir des soucis et que tu dois les gérer seul. Parfois il est bon de réaliser que tu n’es pas seul.

Pour nous c’était comme si tout le monde avait des crasses dans sa vie, et que nous devions tous vivre avec. Et ce feu n’était qu’un bout de crasse avec lequel on a du tenir compte. Si cela a du sens (rires) !

Ca rend plus fort … mais cet album, vous le donnez gratuitement ! Qu’est-ce qui pourrait bien pousser un groupe à faire ça ?

Tout simplement nous avions déjà perdu tellement de temps, et comme nous aimions énormément cet album, et que notre héros Chris Sheldon l’avait mixé pour nous … Tu savais que Chris Sheldon a travaillé avec les Foo Fighters sur leur album "The Color and the Shape" ? Mais aussi avec Radiohead, Pixies, un tas de bons groupes anglais comme Seeder ou Oceansize...

Nous sommes de très grands fans de son travail depuis longtemps et nous l’avons finalement contacté et il accepté de mixer l’album, et nous étions alors très excités avec cela.

Donc nous sommes très fiers du produit final, nous pensons qu’il s’agit d’un album très solide, qui ne comporte pas de chanson moyenne, que l’album entier est bon … Et nous ne voulions pas encore perdre du temps à en faire la promotion … nous voulions simplement que les gens l’écoutent.

Nous étions au delà de demander 10 dollars à quelqu’un pour qu’il écoute notre musique. Nous l’avons fait pour que les gens puissent l’écouter. Et quelle est la différence entre être joué à la radio et quelqu’un qui le télécharge ? Alors voila le pourquoi du comment.

Et tu sais quand tu regardes les contrats avec les labels, les groupes ne gagnent qu’un faible pourcentage sur chaque vente, ça ne vaut vraiment qu’un dollar ou deux par cd, alors ce n’est pas comme si nous perdions $10 à chaque fois. La finalité de cette démarche est d’agrandir notre fan club le plus rapidement possible afin de repartir en tournée et de jouer devant un plus grand public car tout le monde aura l’album. Alors même si nous le donnons gratuitement, le fait qu’il agrandit notre fan club est l’élément principal, c’est ce que nous recherchons, que le plus grand nombre de personne écoute notre album.

En résumé c’est pour être connu.

Oui, mais même ce n’est pas tant d’être connu, mais d’être entendu, car nous aimons vraiment cet album et ne voulions pas qu’il soit un album de plus qui traine dans l’étalage d’un magasin et qui ne vende au final qu’un millier d’albums.

Alors ce n’est finalement pas tant d’être connu qui compte, je pense que si je ne joue plus aucun concert ou quoi que ce soit, je serais content de savoir que l’album est terminé, car j’en suis très fier et qu’autant de personnes ont pu l’écouter. Alors c’est surtout d’être écoutés.

En France actuellement nous parlons beaucoup d’écologie, Al Gore est venu lors du grenelle sur l’environnement, et j’ai également entendu que vous étiez contents de sortir l’album de cette façon car la fabrication d’un cd …

… Oui c’est exact, c’est une autre composante de notre choix. Comme tu le sais, un cd est un produit à base de pétrole, et est en lui-même un produit toxique. La fabrication d’un cd n’est pas très respectueuse de l’environnement, il y a beaucoup de fumées toxiques qui proviennent des usines qui les fabriquent, sans compter les déchets qui en proviennent, et la liste continue.

Ensuite, il y a les camions qui livrent les cds jusqu’aux magasins, avec le monoxyde de carbone qui est libéré dans l’air pendant la livraison, et puis finalement il y a les clients qui vont aux magasins en voiture et qui en rajoutent. Donc quand tout cela est mis bout à bout pour être pris en considération, et vu que tout le monde écoute de la musique, et bien l’impact sur l’environnement n’est pas négligeable, bien au contraire.

Alors nous avons cette super alternative qui réside dans la musique digitale, et de plus en plus de personnes se tournent vers cela, donc proposer l’album uniquement en téléchargement est un pas de plus pour inciter les gens à s’y intéresser.

De notre côté, nous avons pressé quelques albums que nous avons adressés aux magazines pour qu’ils en écrivent des critiques, et également à destination des stations de radio. Nous avons seulement pressé le nombre nécessaire pour couvrir ces besoins, et le reste a été uniquement digital. Même la partie spéciale de notre site réservée aux journalistes de presse et des médias est entièrement digitalisée, disponible uniquement en téléchargement. Photos et tout le reste …

Alors c’est également une autre source de motivation, car ici nous avons ces grands concerts appelés Earth Day Concerts, ou ils affichaient des publicités pour inciter les gens à se tourner vers la musique en ligne et d’arrêter d’acheter des cds ! Alors le buzz ici est assez grand, et beaucoup de magasins ferment leurs portes, 2500 enseignes ont fermées sur les 12 derniers mois aux USA … cette conséquence est triste car je n’aime pas voir des gens perdre leur source de revenus, mais d’un autre côté le monde digital permet également aux gens de se connecter entre eux d’une autre façon …

Tu penses vraiment que le cd en tant que support est sur le point de mourir ? Seule la musique en ligne va subsister ?

C’est ce que je pense. Je crois que la durée de vie du CD est à présent limitée. Regarde l’évolution de ces deux dernières années de la musique en ligne, et des gens qui en achètent. Si tu te rappelles il y a deux ans, quand les gens mettaient un mp3 sur un site et que tu cliquais dessus, tu ne savais pas quel programme allait se lancer, QuickTime, iTunes, ou Musicmatch, tu n’avais aucune idée de ce que l’ordinateur était en train de faire. De nos jours, tout le monde à son programme favori pour écouter de la musique, le téléchargement est devenu très populaire avec les sites comme iTunes, Rhapsody, Napster et tous les autres fournisseurs de musique, et je pense que ça ne va que s’améliorer encore, avec les produits devenant de plus en plus compatibles entre eux, que les protections DRM (Digital Rights Managements) sont en train d’être enlevées, comme ce que fait iTunes par exemple, il est maintenant possible de les partager avec tout le monde.

Je pense que tout cela est progressivement en train de se mettre en place, qu’énormément de choses ont changées depuis deux ans et qu’encore plus de choses vont changer également dans les deux années à venir. Les gens vont devenir de plus en plus digitalisés et les ventes de cds vont finir par s’écrouler, et dans peut-être deux ou trois ans, les gens n’en achèteront plus du tout.

As-tu entendu parler de Deezer ? C’est un site web sur lequel tu peux écouter pratiquement n’importe quelle chanson gratuitement, mais sans pouvoir télécharger. Si tu veux l’avoir pour toi, tu dois payer. Peut-être est-ce cela l’avenir de l’industrie du disque ?

Non je ne connais pas, mais ici aux states nous avons des sites comme Rhapsody, Yahoo, AOL et Zune, où tu payes 10 dollars par mois et tu peux écouter tout ce que tu veux. Mais c’est le même principe, si tu veux le graver sur cd, tu dois payer en plus. En gros avec ces systèmes, les gens louent leur collection de disques.

Comment avez-vous fait pour survivre financièrement, avec seul un EP sur le marché pour accompagner goesaroundcomesaround depuis presque dix ans?

Et bien nous avons du nous trouver des boulots afin de pouvoir manger et vivre. Nous sommes tous capables d’avoir un emploi normal, alors nous étions heureux de pouvoir compter dessus, et quand nous avions besoin d’argent pour survivre il nous suffisait de trouver un emploi.

Et quel est ton domaine ?

En fait je suis un fana d’ordinateurs donc j’ai travaillé dans l’informatique.

Quelles sont tes influences musicales ?

J’écoute beaucoup de groupes comme Muse, Radiohead, Keane, Mutemath est un très bon groupe, je suis évidemment un grand fan de U2 et des Foo Fighters.

J’aime beaucoup les gars qui font de belles mélodies à la guitare. Mais tout le groupe va écouter une grande diversité de trucs, en allant du hip-hop jusqu’à des trucs bien bourrins. Personnellement je suis le moins ouvert de tous et j’aime mes groupes mélodiques avec guitares.

Pas de métal ou de hardcore?

J’étais plutôt dans le métal quand j’étais plus jeune. J’avais une veste en cuir avec tout l’attirail qui allait avec. Le premier groupe que j’ai vu en concert était Motorhead. Depuis mes gouts ont changés et je n’écoute plus de musique aussi heavy.

Penses-tu que ce soit quelque chose en rapport avec l’âge ? Et que tu n’écouteras plus que de la musique classique quand tu auras 80 ans ?


(énorme rire)

Tu sais je suis dans ce genre de musique depuis si longtemps. J’ai écouté du métal quand j’étais jeune, et quand j’ai eu 16 ou 17 ans j’ai découvert U2 et la musique de ce genre et depuis c’est devenu mon parfum préféré. La musique alternative… J’en avais fini avec le métal quand j’ai eu 16 ans. Mais on ne sait jamais et peut-être que je vais effectivement finir ma vie en écoutant de la musique classique !

Je suis un fan de hardcore, mais ça ne m’empêche aucunement d’aimer énormément la musique classique.

Je pense que c’est une bonne chose. Quand j’étais un gamin j’avais le sentiment d’appartenir à quelque chose. C’était l’époque ou tu étais soit dans le ska, soit tu étais un punk, ou un métalleux … c’était presque comme si cela définissait la catégorie sociale à laquelle tu appartenais. A présent c’est de l’histoire ancienne mais si quand j’étais jeune j’avais dit à mes potes que j’écoutais de la musique classique, ils m’auraient crucifié !

Mais de nos jours il n’y a plus ce genre de réactions, et c’est même cool d’écouter de la musique classique, ça montre que tu es un gars cool parce que tu écoutes un plus grand panel de musiques différentes.

Mais quand tout était à propos des stéréotypes et du groupe auquel tu appartenais, tu t’habillais d’une certaine façon comme tous tes potes, et c’était quelque chose auquel tu t’identifiais … c’était cool, et ça me manque un peu. Quand le mouvement grunge est apparu, ça s’y est un peu apparenté, avec les groupes comme Nirvana et Pearl Jam, tout le monde portait des jeans troués avec des t-shirts avec des chaussures Doc Martens … C’est ce qu’on a fait de plus proche de cette époque en terme d’identification à la musique.

Dans quelle mesure ta foi est-elle liée à ta musique ?

Les deux choses vont de pair. Certaines personnes séparent trop leur foi et ça devient alors quelque chose qu’ils essayent d’atteindre en permanence. Avec moi foi et croyances sont liées dans ma vie de tous les jours, c’est ma façon de vivre.

Et cela ressort aussi dans les chants ; beaucoup de chants sont remplis de sympathie pour les situations que des gens traversent, et ainsi de suite.

Je ne suis plus au stade ou j’essayais de maintenir ou de réussir une certaine forme de foi ou de vie spirituelle. C’est probablement également une histoire d’âge mais à présent je me contente de vivre ma vie et le reste, foi et croyance, sont naturellement inclus dedans. Et cela coule naturellement dans les chants et dans la façon dont j’écris.

Ca fait tout simplement partie de tout.

Alors qu’est-ce qui vous décrirait au mieux : chrétiens dans un groupe, ou membres d’un groupe chrétien ?

Nous ne nous appellerions pas un groupe chrétien. Je n’ai vraiment jamais été un fan de ce terme. Pour être honnête, quand nous avons commencé, nous étions juste un groupe dont le but était de jouer de la musique.

C’est quand nous sommes arrivés aux Etats-Unis que le monde chrétien s’est emparé de nous. Et comme notre batteur est fils de pasteur … les gens ont saisis l’occasion et nous avons été poussés dans le monde chrétien, mais cela n’a jamais été notre intention. Nous étions juste un groupe qui voulait faire partie du monde musical.

Mais le milieu chrétien aux US est tellement grand et puissant. Ce n’est pas comme en Angleterre ou tu peux jouer dans les clubs, faire ton show et être juste un groupe, sans différence… alors qu’ici il y a tellement de trucs autour de cette étiquette mais tout est tellement dirigé par le dollar, il n’y a pas grand-chose qui soit spirituel ou pour Dieu, et la plupart des choses sont faites en fonction des revenus qui peuvent être engrangés. C’était vraiment étrange pour nous quand nous sommes arrivés et que nous avons été impliqués dans ce milieu, mais nous n’y sommes pas restés longtemps, car honnêtement nous n’aimions pas vraiment ce qu’il s’y passait.

S’il y avait une chose que tu pouvais changer dans le passé du groupe, quelle serait-elle ?


Oh la la ... (rires)
C’est difficile car j’ignore quelles seraient les conséquences d’un changement et cela m’effraie car j’ai beaucoup d’amis, et tout ce que nous avons vécu ensemble m’a rendu plus fort ... de plus le batteur et moi-même sont dans cette histoire depuis le début et nous sommes de grands amis.

Si tu retournes dans le temps et change une seule chose et ne passe pas par une épreuve ou une autre, il y a le risque que tu ne sois pas qui tu es aujourd’hui, et nous n’aurions peut-être pas les amis et la famille que nous avons autour de nous. Honnêtement, je ne pense pas que je changerais quoi que ce soit car le succès du groupe et le succès de la musique vient en deuxième place après les amis et les personnes que j’ai autour de moi. Et je ne changerai rien dans le passé au cas où cela affecterait ce que j’ai maintenant.

Qu’est ce qui est si cool d’être dans un groupe plutôt que d’avoir un boulot normal ?

Pour tout le monde c’est quelque chose de différent. Comme certains mecs qui sont dans des groupes parce qu’ils pourront ainsi attirer plus de nanas (rires) !

Pour nous ce qui est super c’est la créativité. Quand nous rentrons dans une pièce, que nous branchons nos guitares et que nous commençons à jouer de la bonne musique, indépendamment de ce qui a pu nous arriver dans la journée.

Question de mâle à présent. Avoir une fille qui joue de la basse, ça fait quoi ?

C’est génial. Je recommanderais à tous les groupes d’avoir une fille avec eux. Parce qu’elle s’occupe de nous. Elle prend soin de nous. Ou qu’on aille nous avons du café, des snacks, tout est propre et bien rangé, bien organisé, et c’est vraiment chouette d’avoir une fille dans le groupe. Et elle joue super bien ! Elle est une très bonne bassiste, une personne vraiment bien, et quand on sort tous ensemble elle est vraiment fun. Elle nous apporte ce côté organisé qui nous est précieux.

Alors tous les groupes devraient avoir une fille. C’est mon conseil.

Il y a pourtant toujours ces histoires où une fille fait partie d’un groupe et un des gars tombe amoureux d’elle ce qui lui fait perdre sa concentration et puis finalement l’histoire entre les deux finit mal et ça fait éclater le groupe …

(rires)
J’imagine que ce genre de chose peut arriver mais elle est mariée et le reste de nous a soit un conjoint soit un partenaire donc il n’y a aucune relation amoureuse d’impliquée. Et nous sommes de très très bons amis avec son mari donc il n’y a aucun risque que ce genre de choses n’arrive avec ce groupe.

Aurons-nous la chance de vous voir bientôt en France ?

Nous espérons faire un concert en Grande Bretagne en aout 2008. Si tout se passe comme nous l’avons prévu, alors il est clair que nous viendrons également en France, ça c’est sûr. J’ai déjà joué plusieurs fois en France et j’adore ce pays ! C’est un super endroit, et Paris est une si belle ville, qui reste vivante toute la nuit, c’est fantastique.

Ou habites-tu en France ?

A Dijon!

C'est chouette car c’est une très belle région.

Exact, et au cas où ça t’intéresse, nous avons une nouvelle salle de concert ici.

Ah oui ? Envoie-moi les informations nécessaires et nous verrons ce que nous pouvons faire.

Tu sais, nous mourrons d’envie de revenir en Europe et d’y jouer des concerts. C’est pour ça que nous revenons l’année prochaine, nous y ferons quelques festivals en complément d’une tournée classique. Nous sommes vraiment excités de revenir, c’est clair !

J’imagine qu’après cinq années passées en Amérique l’Angleterre te manque cruellement !


Absolument, et la nourriture indienne me manque. Je dois y retourner pour un curry !

C’est un jeu de mot sur ton nom de famille si je ne m’abuse ?

En effet. C’est drôle que mon nom de famille soit également ma nourriture préférée.

Donc je suis très excité à l’idée de revenir pour me faire un curry.

Ceci m’emmène à une question que je voulais te poser, et elle concerne ton prénom cette fois-ci : Del. Je n’ai jamais entendu un prénom pareil. La première fois que j’ai lu ton nom j’ai cru que tu étais italien, tu sais, Del Curry, ça sonne comme Del Piero !

En fait c’est un surnom. Ca fait très longtemps qu’on m’appelle comme ça, mais mon vrai nom est Derek. Mais en Angleterre, tous ceux qui s’appellent Derek sont surnommés Del. Andrew devient Andy, James devient Jim, ceux qui s’appellent Terry sont surnommés Tel … c’est juste un raccourci.

Donc voila, tout le monde m’appelle Del, et il n’y a bien que ma mère qui m’appelle encore Derek.

Ah oui je vois. C’est drôle car nous n’avons pas du tout ce genre de chose en France.

Ah bon ?

Non. Mais bon, parfois ça peut être comme une malédiction.

Oui, ça dépend si on aime son surnom ou pas.

Bien, nous avons presque terminé. Y a-t-il un dernier mot que tu voudrais adresser à tes fans Français ?

Dis leur de télécharger l’album, et également de passer le message à tous leurs amis. Nous aimons tellement cet album et voulons simplement que le plus grand nombre possible puisse mettre ses mains dessus et l’écoute. Dis leur également de ne pas le négliger sous prétexte qu’il soit gratuit, mais de le traiter comme un album.

C’est comme le dernier album de Radiohead, In rainbow. Je ne sais pas si les gens l’écoutent beaucoup vu qu’il est gratuit. Nous voulons encourager les gens à l’écouter correctement, à le traiter dignement comme un album normal, de télécharger la couverture et de parcourir le booklet, surtout que nous avons créé tout le package, alors si certains veulent le graver, ils en ont la possibilité !

Alors voila, téléchargez-le !

Et bien, un énorme merci d’avoir pris le temps de partager tout cela avec nous !

Merci à toi Jérémie. J’ai apprécié le fait que tu appelles et que tu fasses cet interview.
A très bientôt !

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Concernant l'auteur

Jérémie

Créateur de Beehave en 2007 avec Christelle qu'il épousera un an après, Jérémie apprécie toutes les formes du rock, surtout celles qui contiennent de la double pédale et de la saturation. Né à l'époque des pattes d'eff, il apprécie aussi tout particulièrement le glam, le thrash et le power métal, même s'il se fait chambrer à cause de ça par ceux qui sont nés dans les années 90. Et papa depuis 2015 :-)

Qui sommes nous ?

Créé en 2007, Beehave est un webzine de rock / métal dont le but est de promouvoir des artistes chrétiens.

Le site est géré par une dizaine de bénévoles venant de tous horizons, partageant la même passion pour la musique.

Nous essayons, en fonction de notre temps disponible, de chroniquer les albums qui nous sont envoyés, de nous déplacer à des concerts pour réaliser des live-reports et des photos de concert, et de publier régulièrement des news et vidéos, permettant de découvrir de nouveaux artistes.

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