Project 86

Lors du festival Christmas Rock Night 07 en Allemagne, j'ai eu la chance de voir Project 86 en concert deux fois, et surtout de rencontrer et interviewer le leader du groupe, Andrew Schwab. Voici une retranscription de nos échanges.

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Après avoir parcouru les USA lors des 10 dernières années, vous vous retrouvez en Europe. Quel effet cela fait ?

C’est super car nous avons un réputation assez établie aux US, alors qu’ici c’est nouveau pour nous et nous sommes encore en train de nous faire connaitre en Europe. Nous sommes relativement inconnus alors cela nous donne l’opportunité de gagner de nouveaux fans qui n’ont pas d’idée toute faite de qui nous sommes, donc c’est relativement excitant, et nouveau.

Vous étiez déjà la l’année dernière. Qu’est-ce qui a changé ?

Et bien je préfère cette année, ils ont retiré la passerelle dans la fosse, et du coup les réactions du public sont bien meilleures.

Vous faites deux concerts ici. Comment choisissez-vous les setlists ?

C’est assez complexe en raison des réglages de chaque instrument et de leur accordage. Nous devons nous assurer que les configurations sont correctes pour chaque chant. Globalement nous avons une liste de chants que nous voulons jouer dans laquelle nous en choisissons un peu plus de la moitié, et une fois que cette étape est réalisée, nous prenons les chants qui restent et complétons la liste.

Quelles sont les différences entre le public américain et le public européen ?

Honnêtement, peu de différences. Les réactions hier soir étaient assez confortables comparées à un concert classique pour nous, mais encore une fois cela vient du fait que nous n’avons que peu joué ici, et que peu de gens connaissent les paroles. Quand nous jouons à la maison, entre 60 et 70% du public connait les chants par cœur. Ici il y en a moins qui les connaissent mais c’est en progression par rapport à l’année dernière !

En tant qu’humain, qu’est-ce que cela te procure comme sensations de voir toute cette foule réagir aux chants et à tes gestes ?

C’est impressionnant, ce que je ressens est incroyable. D’un point de vue purement musical, c’est du genre « Wow ces gens aiment ce que nous avons écrit » et c’est une sensation agréable, si tu vois ce que je veux dire. Mais tu sais, d’un point de vue plus général, c’est encourageant de constater que les gens sont touchés par la musique plus que par simplement le fait d’être en train de faire du rock.

Est-ce pour cette raison que vous avez écrit le chant Molotov, qui a une sonorité bien plus dansante ?

Ce chant est un peu différent. En tant que groupe nous avons réalisé que nous pouvions faire ce que nous voulions et que nous n’étions pas obligés d’écrire un chant métal ou un chant heavy. Et c’était un peu comme un challenge que de montrer aux gens que nous pouvions écrire un chant pareil, comme si nous leur disions « Hey on fait ça très bien, mais on peut aussi faire ça très bien, et c’est différent ». Et ce chant possède des influences que j’aime, que nous aimons.

Vous venez de sortir un EP peu après la sortie de Rival Factions. Pourquoi ? Ce dernier était trop différent, trop court ?

Non, pas du tout, Rival Factions est sorti en juin, ça fait déjà cinq mois, et nous voulions faire un cadeau de noël à nos fans. Faire un EP était le moyen le plus rapide.

Rapide ? Pourtant il y a eu des

problèmes, oui je sais, c’est une expérience qui nous a appris qu'iTunes n’est pas parfait.

J’ai du demander à un ami aux USA de me l’acheter et me l’envoyer. Et il y a eu également l’histoire avec le booklet.

Nous l’avons mis sur notre site donc il est disponible et il est téléchargeable la bas.

Pourquoi avoir choisi iTunes ?

Parcequ’iTunes contrôle de plus en plus le marché, et nous voulions sortir l’EP de façon électronique afin qu’il soit disponible le plus rapidement possible.

Vos fans continuent-ils de vous dire que Drawing Black Lines est votre meilleur album ?

Traditionnellement, la plupart des gens dissent ça, je pense que c’est principalement parce que c’est l’album qui s’est le plus vendu alors il y a une plus grande probabilité que quelqu’un connaisse cet album. Mais j’ai entendu que les gens disent qu’ils aiment Rival Factions autant que Drawing Black Lines. C’est un album totalement différent.

Est-il différent car tu n’aimes pas faire la même chose deux fois ?

Oui, tu ne peux pas te répéter, quand tu écris de la musique, tu ne peux pas forcer ton écriture, sinon ça se sentira et ne sonnera pas réel. Ca doit venir d’un endroit authentique et c’est une place spontanée, ce qui en sort en sort. Sinon les groupes sonneraient toujours pareil et se répéteraient encore et encore.

C’est ce que certains font et ont du succès

C’est ce que certains font et ont du succès, mais c’est juste que … c’est ennuyant, tu ne trouves pas ?

Oui mais ils vendent quand même des cds. C’est juste ennuyant d’un point de vue personnel.

Oui, si j’écrivais le même chant encore et encore, ce ne serait plus de la créativité musicale, mais de l’industrialisation.

C’est vrai pour la musique, mais pour les paroles, tu as toujours la même passion, la même inspiration, pas vrai ?

Oui, j’écris à propos de ce que je ressens. J’écris à propos de ce que je vis, j’écris sur ce qui se passe autour de moi. Je ne pourrais pas écrire sur quelque chose qui ne me passionne pas.

Mais tu ne peux pas t’empêcher de parler de ta foi.

C’est ce que je suis, donc ça ressort naturellement.

Dans ta musique, et dans tes livres ! Quand vas-tu en sortir un nouveau ?

Ca prend un peu plus longtemps cette fois-ci car j’ai une vision bien plus large concernant mon prochain livre, plusieurs personnes sont impliquées, et je travaille sur certains trucs et je crois bien être dans la bonne direction. Alors j’espère qu’il sortira en 2008.

Le premier est un traité de poésie, le deuxième relatait ton expérience en tant que membre d’un groupe, de quoi vas-tu nous parler dans celui-ci ?

Celui-ci sera mon quatrième livre et sera plus orienté spiritualité, et parlera moins de moi. Des écrits concernant la foi, la vie, et pas uniquement de moi.

Ecris-tu des livres parce que ça te permet d’évoquer certains sujets qui ne passeraient pas en musique ?

Non, c’est juste que j’ai à cœur d’écrire de cette façon, j’ai déjà écrit trois livres et ils étaient tous me concernant. Je sens que je dois écrire à propos d’autre chose, de plus parler des gens.

Afin de toucher plus de monde.

Oui.

Au sein du groupe, vous avez tous des projets secondaires. Randy est un ingénieur du son, Steven joue dans plusieurs autres groupes, et toi tu écris. Tout cela est-il un bon signe pour vos fans, ou au contraire, doivent-ils s’en inquiéter et s’attendre à ce que Project 86 s'arrête dans quelques années ?

Pas du tout, je veux dire que ces projets sont notre réalité à tous. Nous avons tous d’autres intérêts qui sont séparés du groupe, mais cela a toujours été le cas, ce n’est pas vraiment un bon indicateur, ce n’est pas quelque chose de nouveau, tu vois ce que je veux dire ? Nous avons toujours fonctionné de cette façon, j’écris des livres depuis des années, et les autres s’éclatent avec d’autres groupes tout le temps, alors tant que nous continuerons à faire de la musique dont nous sommes fiers, et tant que les gens continueront d’acheter nos albums, alors nous le feront aussi longtemps que possible.

Okay, les fans seront contents !

Yeah !

Comment as-tu réagi au départ d’Alex ?

C’était la bonne chose à faire, autant pour lui que pour nous. Nous n’étions plus sur la même longueur d’onde, et il ne désirait plus la même chose que nous.

Musicalement ?

Non, au niveau de l’engagement. Il y a un standard que je me suis fixé et que nous nous sommes fixés en tant que groupe, un certain niveau au sein de l’industrie musicale et nous devons être au dessus de ce niveau, car dès qu’on descend en dessous de cette limite, c’est comme si nous nous tirions dans le pied, et ça je n’en n’ai pas envie.

Mais il a bien quitté le groupe, il n’a pas été viré, n’est-ce pas ?

Il est partit.

En bons termes ? Etes-vous toujours amis ?

Hmm ... nous ne sommes pas ennemis.

Okay ... j’imagine que c’est dur de perdre un ami de la sorte.

Un peu oui ...

Vous allez rester à trois ?

Oui, il y a les trois d’entre nous plus le batteur qui nous accompagne. Mais il ne fait pas partie du groupe, il joue juste avec nous.

C’est pour ça qu’on le voyait de dos dans le clip d’Evil ?

Oui il a joué dans notre clip.

Mais on ne voit jamais son visage.

c’est parce qu’il ne fait pas partie du groupe.

En parlant de cette vidéo, a-t-elle une signification particulière ?

Rien de très profond … nous voulions faire quelque chose d’aléatoire, qui n’était pas attendu … et on s’est tous dit que ce serait vraiment cool de faire comme ça. Alors on l’a faite notre bataille de nourriture !

Aucun lien avec le chant, en somme.

C’est ça, rien à voir.

Et quelle est la thématique de Rival Factions ?

C’est l’idée autour du noir et du blanc, des côtés opposés, et des tensions qui en découlent quand ces opposés s’affrontent. Il y a aussi l’idée d’affronter l’adversité la tête en avant. Faire des décisions difficiles, et vivre avec ces choix.

Quand est-ce que vous viendrez faire une tournée en France ?

Je ne sais pas … mais on aimerait le faire.

Tu es déjà venu ?

Jamais joué la bas.

Des vacances alors ?

Oui, à Paris.

Alors, ton impression sur ce pays ?

C’est super, vraiment formidable !

En tant qu’américain, que penses-tu du peuple français ?

Ils veulent qu’on parle français !
(Rires)

Et boire du vin !

Oh le vin est excellent. Mais dans beaucoup de restaurants, si le serveur t’entends parler anglais, il ne t’aime pas (rires) !

Oui c’est parce qu’ils pensent que tous les américains ne mangent que des hamburgers et n’ont aucun goût.

Exact, et il y a un peu de vrai la dedans.

Alors dis-leur que tous ne sont pas comme ça !

Exactement !

Et bien … j’ai l’impression que cette interview touche à sa fin … merci beaucoup !

Merci à toi, bon interview !

 

Une fois l’interview terminé, nous avons continué de discuter ensemble quelques minutes. Andrew est quelqu’un de vraiment agréable, et nous nous sommes revus un peu plus tard dans la soirée dans la foulée de leur deuxième concert exceptionnel. Ils ont du l’amputer d’une quinzaine de minutes ce qui a beaucoup irrité et peiné Andrew à cause de tous ces fans qui ne pouvaient avoir ce qu’ils étaient en droit d’attendre.

Je vous encourage tous à prier pour lui.

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Jérémie

Créateur de Beehave en 2007 avec Christelle qu'il épousera un an après, Jérémie apprécie toutes les formes du rock, surtout celles qui contiennent de la double pédale et de la saturation. Né à l'époque des pattes d'eff, il apprécie aussi tout particulièrement le glam, le thrash et le power métal, même s'il se fait chambrer à cause de ça par ceux qui sont nés dans les années 90. Et papa depuis 2015 :-)

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