August Burns Red - Jake Luhrs (Bataclan - 12/02/10)

Après le concert d'August Burns Red (métalcore US) au Bataclan le 12 février 2010 (lire le compte rendu), Jake Luhrs (chanteur du groupe) s'installe avec l'équipe de Beehave (Rachel, Clément & Guillaume) pour une interview.

jakeluhrs_augustburnsred_bandeau

Clément : Ce n'est pas la première fois que nous faisons une interview avec vous.

Jake : Oui, c'est vrai. C'est cool.

Clément : Comme on a déjà fait des interviews, on ne va pas présenter le groupe et tout de suite parler de votre dernier album ! Peux-tu nous en parler un peu?

Jake : L'album s'intitule Constellations et c'est à mon avis le meilleur album qu'on ait écrit. Ca nous a pris un temps fou de le finir et on a tous travaillé très dur sur nos instruments. Je pense qu'il s'agit là d'une bonne progression depuis Messengers. Il y a plus de diversité et on a des transitions plus solides et de guitare. Et puis on est plus âgés maintenant. On écoute des styles de musique différents, ce qui nous inspire individuellement, comme de la pop rock, du punk rock. On a vraiment essayé de mettre un maximum d'émotions dans nos chansons. On voulait que çà prenne aux tripes, que çà vous fasse sentir quelque chose.... C'est ce qui nous a inspiré pour cet album. Je pense qu'il est super. Finalement, çà a donné un très bon résultat et on en est très content.

Clément : Est-ce qu'il s'agit d'un concept album ou chaque chanson a t'elle son propre thème?

Jake : Chaque chanson a sa propre identité, sa propre histoire et sa propre signification. Ce n'est pas du tout un concept album.

Clément : Où trouvez-vous votre inspiration?

Jake : Tous les membres du groupe participent à l'écriture. C'est une bonne collaboration. Quand j'écris mes propres paroles, je prie à Dieu, car je suis chrétien, et je Lui demande de m'aider. Je sens que Dieu va m'inspirer à écrire quelque chose de solide. Mais pour les autres, je ne sais pas exactement comment ils s'y prennent. Mais à partir de leurs morceaux, je compose les sons et ensuite je regarde les paroles et je vois comment elles passent avec la chanson et parfois je dois couper une ligne ou la réécrire. Ensuite je la retravaille et leur montre ce que çà donne en leur demandant ce qu'ils en pensent. Ils me laissent retravailler leurs paroles car je veux vraiment aller au fond des choses. Ca peut m'arriver de ne pas tout comprendre, alors je leur demande pourquoi ils ont écrit çà et ce qu'ils ressentaient au moment de l'écriture : si c'est un sentiment de colère ou d'amour, quel type d'émotion ils ressentaient. Ca m'aide à savoir comment m'exprimer lorsque je chante. Je cherche à savoir non seulement comment faire passer les paroles mais surtout comment faire passer le message. Je mets les émotions dans ma manière de chanter, dans ma voix pour que çà corresponde aux paroles pour que çà fasse un tout et que ce soit un ensemble solide.

Clément : Tu écris la musique avant d'écrire les paroles?

Jake : Durant toute la tournée on écrivait à n'importe quel moment. JB écrivait la musique sur son ordi avec un logiciel qui s'appelle "tab It" et nous les envoyait par mail. Ca donnait une idée de la musique que çà allait donner. Ensuite on écrivait les paroles et on les lui envoyait pour qu'il nous dise ce qu'il en pense.

Rachel : Et comment vous vous y êtes pris pour Constellations? Combien de temps çà vous a pris ?

Jake : Ben on n'avait pas de méthode particulière. JB et Matt écrivait les chansons. Brent et moi écrivions les paroles. Ca nous a pris 6 mois durant toute l'année dernière. Après nous sommes partis en tournée, puis on est rentré s'entrainer ensemble 4 heures par jour et chacun sur son instrument environ 2 à 3 heures par jour. Ca représente des journées complètes de 8 heures. Ensuite, çà nous a pris 2 jours de pré-production. Puis, on a enregistré le tout en studio, ce qui nous a pris environ 1 à 2 mois. Soit une semaine par instrument environ et pour les chants.

Clément : Oui, c'est pareil pour mon groupe. L'enregistrement prend toujours du temps. Cà s'est bien passé pour vous ?

Jake : C'est un long processus, mais comprenez bien qu'il s'agit d'un album. C'est ta musique, donc tu veux prendre ton temps. T'as mal au crane à force d'écouter toujours les mêmes riffs mais c'est comme çà quand on prépare un album. Mais oui, on s'est bien éclaté. Notre ingé son a fait un boulot formidable avec moi. Il est venu vers moi avec des "vocal patterns" et m'a proposé de les essayer. C'était des choses auxquelles je n'avais pas pensé et comme çà sonnait bien on a essayé. Ce gars est super.

Clément : Tu es fier de ton travail ?

Jake : Oui. Ce n'est pas seulement ma passion et mon rêve. Je suis chrétien et c'est un message que je partage. Je pense qu'en tant que chrétien, c'est là où Dieu veut que je sois. Et c'est ma carrière mais je n'aime pas ce mot. C'est ce qui consume littéralement ma vie. C'est 8 mois de tournée par an. J'ai une petite amie adorable qui m'attend à la maison, des amis, de la famille. J'ai ma propre maison mais je ne l'a voit jamais. C'est beaucoup de sacrifices. Mais çà vaut vraiment la peine.

Rachel : Avant même la sortie de l'album vous avez diffusé un clip. Pourquoi avoir sorti le clip avant l'album?

Jake : En fait, on voulait avoir une vidéo qu'on pourrait sortir pour soutenir l'album en présentant une nouvelle chanson. On voulait en faire une sorte de package.

Rachel : Endeavour Media a fait la vidéo et bien souvent ils ont un thème dans leurs réalisations. Etait-ce le cas pour Medler?

Jake : Pour Medler pas vraiment. On a vraiment fait beaucoup de clips avec eux. La première c'était Composure. On leur a apporté le concept et on a passé un temps fou à travailler les angles et le "story line". Mais pour cette vidéo on n'avait rien de spécial. On a repris la pochette de l'album avec des enfants tenant des ballons et cerf volants et des choses comme çà. Je dirais qu'on a fait une sorte de vidéo expérimentale en travaillant sur les angles, les lumières et la vitesse. Ca a donné des plans assez cool. Le clip est vraiment pas mal et on l'a beaucoup apprécié. On s'est amusé à le faire. C'est sûr que çà a pris pas mal de temps.

Guillaume : Vous prévoyez d'en faire un autre?

Jake : On a déjà enregistré une vidéo pour White Wash sur le nouvel album.

Guillaume : C'est encore Endeavour qui l'a réalisé?

Jake : Malheureusement non. On aime beaucoup les gars d'Endeavour Media. C'est des gars vraiment bien et c'est génial de travailler avec eux mais cette fois on a travaillé avec Brian Schob, un ami de Brent. Il a fait un super boulot.

Guillaume : Et pour ce clip, y a-t-il un concept?

Jake : Il n'y a pas d'histoire pour le moment. En gros, c'est beaucoup de blanc partout. C'est comme un film qu'on a mis au sol. Ca explose de partout. Ils ont fait un boulot magnifique avec ces lumières. On s'est bien éclaté à le faire.

Clément : Vous avez de nombreux fans et vous devez certainement avoir entendu parler de cette phrase que quelqu'un a dite à propos de August Burns Red qui dit: « August Burns Red est le synonyme de métalcore ... mais non en fait c'est le métalcore qui est synonyme de August Burns Red ! ». Comment gérez-vous la célébrité?

Jake : Je ne me considère pas comme une célébrité. Je pense qu'à partir du moment où tu arête de faire de la musique pour les raisons pour lesquelles tu as commencé, alors c'est le moment d'arrêter tout court. La musique n'est pas une question de gloire personnelle. C'est surtout une question de sentiments et d'émotions. Pour moi, les fans sont avant tout des gens comme vous et moi, qui aiment notre musique. J'apprécie leur soutien. Je pense que si je peux leur apporter quoique ce soit de positif avec ma musique, alors mon boulot est fait. Je ne me vois pas comme une célébrité. Quiconque veut une photo avec moi ou un autographe, c'est un honneur surtout pour moi. Je fais tout mon possible pour ne pas me considérer sur un piédestal. Je suis comme n'importe qui et s’ils veulent devenir musiciens, alors ils peuvent le faire. Tout est possible selon moi car je crois en Dieu et c'est Lui qui me donne la capacité de continuer. Je Lui demande souvent de m'aider. C'est Lui qui m'a mené où je suis aujourd'hui et il est important pour Lui de rester humble.

Guillaume : Tommy Rogers de Between The Buried and Me a été invité sur l'album Constellations. Quelle est votre relation avec ce groupe?

Jake : Il a chanté sur le titre Indonesia. On les considère comme des musiciens et ce sont de bons amis. On a fait quelques tournées avec eux. Ils nous ont pas mal inspiré et je pense qu'il y a un peu de leur influence dans notre musique. J'ai rencontré Tommy il y a 7 ans environ. On a créé une réelle amitié durant tout ce temps passé ensemble. Donc je lui ai demandé naturellement s’il voulait intervenir sur notre nouvel album et il était partant. Il est venu de Floride pour cela et on a pu l'avoir pendant 3 jours. Ca a été un bon moment. C'est la première fois qu'on a utilisé un intervenant extérieur pour chanter sur un de nos albums et nous avons été honoré qu'il ait accepté de le faire pour nous. C'était un bon choix. Leurs albums sont bons aussi. Si vous ne les avez pas encore écoutés, je vous les conseille.

Guillaume : Les gars d'ABR sont chrétiens alors que ceux de BTBM ne le sont pas? Comment gérez-vous cela? Parlez-vous de votre foi?

Jake : Ca peut arriver parfois en tournée. Mais on n'aime entrer dans ce genre de débat. Pourtant çà arrive parfois mais généralement il y a grand respect. La foi est quelque chose de personnel. Si on peut en parler tant mieux. J'aime parler de ma foi, de mon amour pour Dieu, pour Jésus. Il règne dans mon cœur et dans ma vie. Mais allez vers les gens en les agressant avec des messages bibliques ne va pas porter de fruit. Si tu vas vers quelqu'un qui ne cherche rien, il ne verra alors rien. La foi est imperceptible, c'est pour çà que ces conversations sont parfois délicates. Encore une fois, j'aime beaucoup parler des raisons pour lesquelles je crois en Jésus et ce qu'Il a fait pour moi mais je ne cherche pas à mettre ces débats sur le tapis à tout prix. Concernant BTBM, on les aime et les respecte. On s'entend bien avec eux et on les aime comme des frères Et c'est ce que Dieu désire. Il veut que nous nous aimions tous. Désolé, je vous en dis des tonnes mais vous pourrez couper certains passages si vous trouvez çà long (rires)

Guillaume : Vous avez joué 4 fois en France? Quel est le meilleur concert que vous ayez fait ici?

Jake : Je ne sais pas. Il y en a un qu'on a fait sur un bateau. C'était fun de jouer sur un bateau, mais un peu petit.

Rachel : J'ai vu The Chariot jouer là bas. Je me suis demandée s’il ne leur manquait pas d'espace sur scène.

Jake : Oui, c'est assez petit et c'est difficile de bouger. Le show était super. Le public était génial. C'était difficile au départ mais c'est ce qui est beau là dedans. On est là pour la musique et c'est super de voir un public pareil, qui évolue tout au long du show. C'est super de voir cette alchimie avec notre musique et avec eux. Qu'ils le voient ou pas, moi j'apprécie ces moments. C'était un super concert.

Guillaume : Vous avez commencé devant des publics de 200 personnes, maintenant vous remplissez des salles de milliers de personnes. Comptez-vous jouer dans un stade un jour?

Jake : Non. On n'est pas si grand après tout. La raison pour laquelle on a joué ici ce soir c'est parce qu'on fait la première partie de Lamb of God. Eux ils ont une base de fan énorme. Et on les remercie pour la chance qu'ils nous donnent. C'est génial.

Rachel : Et vous préférez quoi entre jouer dans un stade ou sur une petite scène?

Jake : Personnellement, je préfère les petites salles où on n'est pas éloignés des fans. J'aime les attraper ou leur donner le micro. C'est une question de passion. Ce n'est pas un spectacle où je dois me tenir en haut et le public en bas. L'avantage des grandes salles, c'est l'espace sur scène qui permet de bouger. Mais je n'aime pas être loin du public. Ma scène parfaite serait assez grande pour circuler et pas très haute pour garder le contact.

Guillaume : Qu'as-tu pensé du concert de Strasbourg? J'ai été vous voir là bas!

Jake : Oui, c'était pas mal. J'ai beaucoup apprécié ce show. J'aime énormément être en contact avec la foule. Si ils veulent chanter, je leur passe le micro qui est autant le leur que le mien. Je veux qu'ils fassent partie du spectacle. Le concert, c'est vous, c'est moi, se criant à la figure, ressentant ensemble l'émotion provoquée par la musique. C'est ce que je recherche dans ces concerts : une connexion.

Guillaume : Y a t'il une grande différence entre les shows aux Etats-Unis et ceux en Europe?

Jake : Je pense que dans les deux cas, l'émotion et les sensations sont là mais c'est différent. On ne vient pas souvent en Europe alors qu'aux Etats Unis ils se disent que s’ils ne nous voient pas tel jour à tel endroit ils nous reverront à un autre moment. Du coup, en Europe on est plus attendus même si on n'est pas encore très connus. A chaque fois qu'on revient, de nouvelles personnes nous découvrent et c'est un bon moyen pour nous de faire connaître notre musique à d'autres.

Guillaume : Vous jouez au Cornerstone Festival qui dure 2 à 3 jours et qui est immense. C'est plus fort de jouer là bas?

Jake : J'aime beaucoup le Cornerstone et c'est un sentiment formidable d'y jouer. C'est un festival énorme qui rassemble des groupes chrétiens. On se connait presque tous, comme une famille avec ceux de Solid State Records, de Tooth and Nail, de HM magazine, etc. Toute l'industrie de la musique est présente. Cette année on compte le faire de nouveau. On va jouer sur la scène principale avec ces écrans géants et tout. C'est un grand moment et on a hâte de vivre cette expérience.

Guillaume : Une dernière question qui ne sera pas très sérieuse. Qu'aimes-tu dans la culture française?

Jake : Euh...

Rachel : Est-ce-que tu connais au moins quelque chose de la culture française?

Jake : Je n'y connais pas grand-chose mais ma petite amie est fan de la France et du Français. J'essaie d'apprendre avec elle mais je n'ai pas beaucoup de temps. Elle dit que le meilleur moyen d'apprendre une langue est de parler avec des natifs. Tu as beau essayer avec des bouquins mais les français parlent de manière si particulière! Je ne connais pas la culture française mais en tout cas c'est un beau pays. J'aimerais vraiment amener ma petite amie la prochaine fois et venir avec elle en vacances.

Guillaume : Si tu veux on peut te refaire toute l'interview en français pour que tu apprennes? (rires)

Jake : Tu sais quoi, la prochaine fois j'amène ma petite amie et elle pourra m'aider. Ce serait cool. Je n'y arriverai peut être pas mais j'essaierai.

Guillaume : Aurais-tu un dernier mot à dire à tes fans français?

Jake : Je voudrais dire un grand merci à tous les fans d'August Burns Red. Grâce à vous qui nous soutenez, achetez nos albums et venez à nos concerts, on peut vivre de notre rêve et notre passion. Je ne pourrais certainement pas faire cela sans vous ni sans mon Seigneur et Sauveur. Merci et si vous venez à un concert, passez dire bonjour car j'essaie de rencontrer le public à la fin de chaque show. Je vous aime et que Dieu vous bénisse.

Traduction : Rachel

jakeluhrs_augustburnsred_imagecache

Partagez cet article

Concernant l'auteur

Rachel

Qui sommes nous ?

Créé en 2007, Beehave est un webzine de rock / métal dont le but est de promouvoir des artistes chrétiens.

Le site est géré par une dizaine de bénévoles venant de tous horizons, partageant la même passion pour la musique.

Nous essayons, en fonction de notre temps disponible, de chroniquer les albums qui nous sont envoyés, de nous déplacer à des concerts pour réaliser des live-reports et des photos de concert, et de publier régulièrement des news et vidéos, permettant de découvrir de nouveaux artistes.

Foire aux articles

Derniers commentaires

Newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter pour être tenu au courant des jeux concours et des infos marquantes :