House Of Heroes - Tim Skipper

Première partie de notre interview avec Tim Skipper, chanteur et guitariste du groupe de rock américain House Of Heroes. Au programme, l'histoire du groupe, et celle de leur dernier album, Suburba.

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Jérémie : Salut ! Est-ce que tu peux te présenter ainsi que le reste du groupe ?

Tim : Bien sûr ! Je m'appelle Tim Skipper, je joue de la guitare et chante pour House Of Heroes, et il y a également Jared Rigsby, Eric Newcomer et Josh Dunn. Ils jouent de la guitare, de la basse et de la batterie, respectivement.

Jérémie : Le groupe possède deux line-ups, si je ne me trompe pas, dépendant de si vous êtes en tournée ou en studio. Correct ?

Tim : Exactement. Le lineup original incluait AJ Babcock à la basse et Colin Raspy à la batterie. Mais ils ont tous les deux des familles et ont plus ou moins décidé que c'était mieux pour eux de rester à la maison. Malheureusement ils ont décidé cela juste après qu'on ait fini d'enregistrer notre précédent album. Et on avait tellement d'espoir dans cet album qu'on voulait le promouvoir. Alors on a recruté quelques gars pour les remplacer et ils font du bon boulot.

Jérémie : Qui a eu l'idée de faire de cette façon ?

Tim : Et bien, c'était plutôt quelque chose qui s'est passé naturellement. A un moment donné on s'est dit que vu qu'on ne serait plus le même groupe, peut-être qu'on devrait se séparer, mais on croyait tous tellement fort dans le potentiel de cet album que ... tu vois ? Avec Jared on en a parlé tous les deux et on s'est demandé si ça valait le peine de continuer comme ça, et on en a déduit que oui, alors c'est ce qu'on a fait !

Jérémie : Très content que vous ayez pris cette décision, vu la qualité de l'album !

Tim : Merci beaucoup ! Oui nous sommes très enthousiastes, il est sorti mardi dernier et on a reçu de nombreux commentaires positifs ! C'est génial !

Jérémie : Super, on en reparle juste après. Si je résume bien, vous avez donc des membres officiels, et des membres qui ne font que des tournées. Je ne me trompe pas ?

Tim : C'est ça.

Jérémie : Alors comment ces membres additionnels vivent cette situation, sachant qu'ils ne font que remplacer, si l'on peut dire, ceux qui laissent leur siège vacant lors de tournées ?

Tim : Et bien, en ce moment, ils le vivent très bien. Et je ne suis pas sur, en ce qui concerne de futurs enregistrements, comment ça va se passer, mais maintenant ça se passe très bien, bon c'est tout nouveau mais on apprécie tous jouer ensemble alors je ne suis pas sûr si, dans l'éventualité ou on enregistre un nouvel album, quels musiciens joueront dessus. Les membres additionnels pourraient très bien finir par devenir des membres à part entière, alors on verra !

Jérémie : Le groupe a commencé en tant que formation punk rock, puis a changé de style et de nom. Vous avez changé de style parce que le punk rock était trop limité en termes de créativité ?

Tim : Je pense qu'on a commencé en jouant du punk rock alors qu'on était au lycée, et je pense qu'on a commencé par ce style car c'était le plus facile à jouer pour nous à l'époque ! Et ca allait avec notre attitude plutôt radicale de l'époque ... on s'est éloigné progressivement de ce style à mesure que nos influences musicales évoluaient, des choses plus rock, plus faciles d'accès ... mais tu sais, quand tu grandis, tes horizons s'agrandissent, et comme tu dis le punk rock était un peu trop limité comme style pour qu'on s'en contente.

Jérémie : Comment définirais-tu le style de musique que vous jouez ?

Tim : Je dirais qu'on est juste un groupe de rock, du pur rock.

Jérémie : Juste du punk ? Pas du punk rock 'n roll à la sauce Muse façon Smashing Pumpkins influencé par les Beatles agrémenté de Bon Jovi des Beach Boys et de Queen ?

Tim : (rires), et bien quelqu'un m'a dit l'autre jour qu'on sonnait un peu comme un mélange entre Foo Fighters et Queen, et ça me plait bien comme comparaison. C'est juste du rock moderne avec beaucoup d'influences classiques !

Jérémie : Du bon rock dans tous les cas. D'où vient le nom House Of Heroes ?

Tim : Et bien il n'y a pas nécessairement de ... euh quand nous avons trouvé le nom, Colin, notre ancien batteur, a sorti ça d'un chapeau dans sa tête et ça n'avait alors pas de signification particulière. On n'a pas vu le rapprochement de suite mais dans le livre de Néhémie dans la bible il y a une référence à la "maison des héros" (Néhémie 3:16, ndlr) qui est l'endroit ou les meilleurs soldats de David ont été enterrés, du moins c'est ce que j'ai compris du passage. Alors c'est plutôt sympa, et on a adopté cette signification tardive de notre nom (rires) !

Jérémie : Suburba est donc sorti mardi dernier. Comment définirais-tu cet album ?

Tim : Je dirais qu'il s'agit d'un album enthousiaste relatant la vie de ceux qui grandissent dans les même circonstances qu'on a vécues, c'est à dire dans une banlieue populaire aux USA, incluant les lutes pour forger son identité, et au sein de ça choisir entre une vie tranquille ou une vie menée tambour battant, pourchassant ses rêves quels qu'en soient le prix, tu vois, et pour être au final inéluctablement déçu quand les choses ne vont pas dans ton sens. Et se réconcilier.

Jérémie : Les chants sont tous basés sur la vie des membres du groupe ?

Tim : Pour la plupart, oui. Certains sont un peu fictifs, mais la plupart des chants sont basés de faits réels qu'on a vécus.

Jérémie : Et quel est ton préféré ?

Tim : Je dirai le premier chant, Relentless, est mon préféré, rien que parce que j'ai l'impression que ce chant a été écrit exactement de la façon qu'on le ressentait, quand c'était l'été et qu'on avait dix-sept ans, sans responsabilités, que le monde était à nous et que tout était possible. Alors j'ai l'impression qu'on a vraiment réussi à retranscrire ces sensations dans le chant, et ses paroles.

Jérémie : Ca ressemble pour le coup carrément aux Beach Boys !

Tim : Complètement !

Jérémie : Comment s'est passée l'écriture de l'album ?

Tim : En fait ça c'est passé plutôt vite, une fois qu'on avait trouvé notre rythme. Ca nous a pris du temps surtout pour savoir et décider de quoi on allait parler, et de comment allait sonner l'album, mais dès qu'on avait décidé ... parce que tu vois on a passé pas mal de temps par le passé à écrire des chants sur des choses qu'on n'avait jamais expérimenté, alors une fois qu'on va finalement retourner dans le passé et parler de nos expériences, c'est allé super vite et on s'est bien amusés. Mais c'était également assez stressant car on n'avait qu'un temps assez limité pour le faire. On se réunissait tous ensemble, trois ou quatre fois par semaines et chaque fois on écrivait une ou deux chansons, alors que dans le passé il nous fallait une semaine pour écrire un seul chant ! Alors oui c'est allé super vite et on allé à chaque fois selon notre instinct.

Jérémie : Qui s'occupe de la musique en général ?

Tim : C'est quelque chose dont on s'occupe tous ensemble. On a une espère de règle implicite qui dit que personne ne peut composer un chant complet seul dans son coin, du moins musicalement. Rien que parce qu'on vient tous d'arrières plans musicaux très différents, nous voulons être sûrs d'avoir tous notre empreinte dans chaque chant.

Jérémie : Mais en général, qui est le maitre des riffs ?

Tim : En général c'est entre moi et AJ que ça se joue. AJ écrit environ 90% des paroles.

Jérémie : 90% des paroles ? Dans son coin, ou avec le groupe autour de lui ?

Tim : En général dans son coin, mais il y a quelques chants que Colin ou moi-même écrivons. Et de temps en temps on lancera quelques idées pour certaines lignes, mais pour la plupart c'est AJ dans son coin.

Jérémie : Il y a un chant de louange sur l'album, Salt In The Sea, ce qui est une nouveauté pour le groupe. Est-ce que vous êtes finalement arrivé à un point dans votre carrière ou vous vous êtes dit qu'il était temps que vous soyez explicites quand à votre foi ?

Tim : Oui, enfin ce n'est pas non plus comme si on s'était toujours défendus d'avoir la foi, mais pour être honnête avec toi, on a tous grandi et tout comme notre compréhension de la Bible, de qui est Jésus-Christ, et on se sent un peu plus responsables d'être plus explicites quand à notre foi, alors oui ... et notre but a toujours été d'écrire la musique et les textes les plus honnêtes que possible, et c'est tout simplement de la ou on vient. On ne se rendrait pas service si on n'écrivait pas un chant de louange.

Jérémie : Etait-ce volontaire que ce chant sonne si différemment des autres ? Il ressemble presque à un chant acoustique par moments.

Tim : Oui, exact ! On a fait une démo du chant, et à la base on voulait faire deux ou trois chants acoustiques pour l'album, mais les chants rock qu'on a enregistrés étaient tout simplement trop bons pour ne pas être inclus dans l'album, alors il y a une poignée de chants acoustiques qu'on va sortir à un moment ou un autre mais on voulait vraiment en avoir un sur l'album. Une fois qu'on les avait tous enregistrés avec le producteur et les membres du groupe on a décidé que c'était celui-là qu'on préférait, et du coup il se trouve dans l'album.

Jérémie : Il y a un autre chant qui se démarque des autres, du moins c'est mon avis, et c'est le dernier chant de la version physique de Suburba, j'ai nommé Burn Me Down. Pour moi il s'agit d'un melting-pot de toutes vos influences; il y a dessus du synthé à la Muse, des lignes de guitare à la Smashing Pumpkins, et on pourrait aussi y trouver du Beatles et du Beach Boys. Etait-ce volontaire ?

Tim : Ca l'était oui, c'est complètement volontaire. Oui, et surtout pour moi, car Muse et Smashing Pumpkins sont deux de mes groupes préférés de tous les temps, alors ce chant est nous, laissant sans aucune honte nos influences se faire entendre dans un chant en particulier. La guitare fuzz, les structures du chant font très Muse et Smashing Pumpkins, et tu sais il y a un refrain très groovy avec des tonnes de couches vocales et tu as complètement raison, il y a ce son typique des Smashing Pumpkins de la fin des années 90, le synthé fait très Muse, et pour la voix ça fait également très Beatles et Queen, ce genre de groupes, alors oui c'est un melting-pot (rires) de toutes nos influences.

Jérémie : Wow, je suis content d'avoir mis le doigt dessus !

Tim : Oui, complètement !

Jérémie : Tu as déjà vu Muse en concert ?

Tim : Oh oui, sept fois déjà !

Jérémie : Ca c'est un fan !

Tim : Clair, je les ai vus pour la première fois en 98 ou 99, ils faisaient une tournée avec les Red Hot Chili Pepers et les Foo Fighters, à l'époque je n'avais jamais entendu parler d'eux, et ils m'ont complètement scotché ! Depuis ce jour c'est devenu mon groupe préféré !

Jérémie : Oui ils sont très très bons. Par contre ils ne sont pas très expressifs sur scène.

Tim : Oui, surtout ici, j'ai vu des vidéos de concerts qu'ils ont donnés en Europe et ils semblent un peu plus expressifs, mais tu sais chaque fois que je les ai vus le seul mot qu'ils prononcent c'est "Merci", et c'est la seule chose que je les ais jamais entendu dire.

Jérémie : Oui c'est la même chose ici ! Mais pour toi, comment tu définirais une bonne performance live ?

Tim : Oh la la ... c'est une préoccupation permanente pour nous car je ne me sens pas comme étant un showman né, dans le sens ou je n'ai pas ce type de personnalité, alors on fait la même chose que Muse, en jouant aussi bien que possible, et en ayant le moins de temps mort possible entre les chants. Alors voila ... mais pour moi, je pense que tant que tu joues bien, que tu arrives gérer les moments d'intensités et les moments plus calmes dans un concert, que tu peux ressentir de nombreuses ondes différentes du début à la fin, alors c'est que tu as fait un bon concert. Ca c'est le meilleur show pour moi.

Jérémie : Du coup qu'est-ce qui est le plus important pour toi, ce que tu chantes, ou ce que tu joues ?

Tim : Oh ... purée ... honnêtement, ce que j'estime être le plus important, c'est de faire en sorte que les deux vont ensemble. Car les deux sont aussi importants l'un que l'autre. Mais ce qui est le plus important, c'est que si ta musique sonne d'une certaine façon, tu dois t'assurer que les paroles vont dans le même sens. Tu vois ? Le but est que les gens ressentent ça. Ils sont touchés par plusieurs sens, les oreilles entendent une chose, ils ressentent les paroles d'une façon différente, tu vois ? C'est un peu comme un film, tu le vois avec tes yeux, mais si tu y ajoutes de la musique, ça devient quelque chose de complètement différent car tu le ressens avec d'autres sens. Alors pour moi c'est de cette façon que paroles et musiques doivent interagir.

Jérémie : Oui mais tu vois, ici en France les gens ne comprennent pas vraiment l'anglais et n'entendent que la musique, donc ce que tu dis n'est valable que pour les anglophones. Alors il faut travailler ce côté musical peut-être plus pour que le message passe mieux.

Tim : Oui c'est vrai, je dirai la même chose. On passe un temps fou à travailler pour progresser en temps que musicien, personnellement je voudrais être un meilleur guitariste sur le prochain album que sur celui-ci. Alors oui j'imagine que tu as raison. J'aimerais que la musique existe en tant que telle même si les gens ne comprennent pas nécessairement les paroles.

Jérémie : Quoi qu'il en soit, l'album est disponible en plusieurs formules. Il y a deux versions digitales différentes, pour iTunes et Amazon MP3, qui contiennent chacune un chant bonus différent, et il y a la version physique, qui ne contient pas de chant bonus. Est-ce une façon d'encourager les gens à acheter des albums dématérialisés ?

Tim : Je ne dirais pas ça. Personnellement je préfère les versions physiques, j'imagine que je suis plutôt old-school, mais une chose qu'on a fait ces dernières années c'est de développer de très bonnes relations avec iTunes et Amazon, et honnêtement, ces deux moyens sont ce qu'il y a de plus simple et moins cher pour sortir de la musique ! Alors quand on a ces b-sides supplémentaires, ils nous ont dit "Hey, on vous fait un meilleur prix ou vous mettons dans une meilleure position si vous nous donnez un chant en exclusivité". Alors on s'est dit que ça avait du sens, et qu'on leur donnerait des chants en exclusivité. Je dirai qu'à la fin de la semaine, plus de 75% de nos ventes seront digitales. Et j'imagine que c'est une tendance générale, qu'on y vient mais pour moi personnellement, j'aime toujours autant tenir un cd dans mes mains.

Jérémie : Bien sûr, et tu peux en plus lire le booklet.

Tim : Carrément.

Jérémie : Et rien ne vaux l'odeur d'un CD tout neuf !

Tim : C'est vrai également ! Et cette fois on l'a également sorti en vinyle, c'est plutôt cool, on n’avait jamais eu l'occasion de le faire avant.

Jérémie : Ah bon ? Personnellement je n'ai jamais compris cet attrait pour le vinyl. On dirait que c'est devenu le dernier truc à la mode, mais je ne comprends pas pourquoi. C'est pour faire des remix en boite de nuit ?

Tim : Tu sais, je ne comprenais pas non plus jusqu'à ce qu'on rencontre ... parce qu'ils ont fait un master de l'album, égalisé les pistes, normalisé le volume et tout, et ils nous on dit qu'ils avaient également un master pour vinyl. Je leur ai demandé pourquoi ils faisaient ça, parce que je ne comprenais pas. Et en fait, sur vinyl, tu peux mettre les sons aussi forts que tu veux, il y a plus de profondeur dans la musique, et tu peux carrément mieux entendre les instruments si tu l'écoutes sur un très bon lecteur. Et je n'avais jamais compris ça moi-même mais c'est réellement vrai, si tu trouves un très bon lecteur de disques, ça sort différemment.

Jérémie : Tu es en train de me dire que la qualité serait meilleure qu'un cd ?

Tim : Je vais oser dire ça, oui (rires) !

Jérémie : Et bien je ne sais plus quoi dire.

Tim : Il m'a fallu environ un an pour en être convaincu, mais je le suis maintenant.




Voila pour la première partie de notre interview avec Tim Skipper, chanteur et guitariste de House Of Heroes. La suite à lire ici !

 


Suite de notre interview avec Tim Skipper, chanteur de House Of Heroes, ou l'on continue notre discussion sur les vinyles pour l'étendre à l'industrie du disque, et plein de choses un peu plus personnelles.


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Jérémie : Cette mode du vinyle pourrait-elle sauver l'industrie du disque ?

Tim : Oui, carrément. Est-ce que vous avez des "Journées du Disque" en France ?

Jérémie : Qu'est-ce que c'est ?

Tim : Une fois par an, je sais qu'ils le font ici, les magasins indépendants ont l'exclusivité de vinyles 7" par des groupes et pour eux c'est comme Noël, parce que tout le monde se déplace dans ces magasins et tous les artistes s'y rendent également pour encourager cela, jouer des concerts gratuits, c'est dingue, ils vendent un nombre énorme de vinyles pendant ces journées.

Jérémie : Non, je ne pense pas qu'on ait ce genre de choses ici.

Jérémie : A ton avis, qu'est ce qui ne va pas dans l'industrie du disque en ce moment ?

Tim : Question pas évidente ... c'est quelque chose qui m'a fait beaucoup réfléchir mais sans que je parvienne à des conclusions probantes. Pour être honnête j'y ai tellement réfléchi que je suis arrivé à un point ou je suis tellement perplexe que j'en ai mal à la tête. Je pense que le plus gros problème est qu'il y a un manque de qualité. Je pense que les gens sont parvenus à un niveau de satisfaction en se disant qu'on peut faire des percussions avec une boite à rythme, ou avec un ordinateur, qu'on peut utiliser de l'autotune partout, c'est devenu tellement industriel qu'il n'y a plus d'intérêt pour les gens pour qu'ils investissent du temps pour écrire de la bonne musique et se perfectionner avec leurs instruments, tu vois ? Et d'un autre côté j'estime que les majors dépensent beaucoup trop d'argent sur des albums sans rien recevoir en retour, alors que maintenant tu peux produire toi-même un album qui sonne pro avec un budget minimal, et en tirer des profits substantiels ! Tes profits atteignent des sommets car l'enregistrement ne t’a presque rien coûté et tu peux même le vendre pour pas cher. Je pense pour répondre à ta question qu'il s'agit d'un problème de qualité.

Jérémie : Tant qu'on parle d'argent, comment s'en sort le groupe ?

Tim : On se débrouille pas mal. Je n'ai pas travaillé personnellement depuis deux ans maintenant, le groupe me permet de vivre sans. Mais je sais que les autres membres, ils sont tous mariés, et quand ils rentrent à la maison ils doivent travailler à Starbucks, un ou deux travaillent dans des chantiers de construction, pour subvenir aux besoins de leurs familles. On espère qu'avec ce nouvel album on pourra obtenir de plus grandes garanties financières lors de concerts, et qui nous permettront de payer toutes nos factures.

Jérémie : Vous touchez combien par concert?

Tim : Ca dépend, si nous sommes en tournées, on reçoit entre $500 et $1,000 par concert. Mais s'il s'agit d'une date isolée, c'est un peu plus.

Jérémie : Ok. Avec le recul, comment tu décrirais chacun de tes albums?

Tim : Voyons voir. Le tout premier album de House Of Heroes, on l'a sorti chez Gotee Records et il n'avait pas de titre, on l'a ensuite ressorti sous le nom Say No More. On n'était que trois à l'époque dans le groupe, et on était en train de définir notre son à l'époque, et on a essayé d'avoir sur CD le même son qu'on a en concert. Après ça on a sorti The End Is Not The End et on était bien plus concentrés sur celui-là en sachant exactement ce qu'on voulait faire. On y a ajouté ces grands arrangements vocaux qui sonnent presque comme des chorales. Et sur ce dernier album, Suburba, on a perfectionné ce genre, on est arrivés à faire en sorte que ça sonne encore mieux que sur le précédent. Alors je pense qu'à présent on a réussi à définir notre propre son, et on passe plus de temps maintenant à choisir les thèmes qu'on va aborder.

Jérémie : De tous ces albums, quel chant est ton préféré ?

Tim : De tous les temps ?

Jérémie : Oui mais de House Of Heroes, évidemment.

Tim : Bien sûr. Tu sais je vais choisir In The Valley Of The Dying Sun, j'ai l'impression qu'on a visé juste avec ce titre. C'est un de ces rares instants ou c'est presque comme si le chant s'est écrit lui-même et qu'on était la juste pour l'accompagner. C'était si facile, mais quand tu écoutes le chant il y a tellement de parties différentes et complexes mais ca s'est imbriqué de manière si simple.

Jérémie : Je dois avouer que c'est aussi mon favori.

Tim : Merci, ça fait plaisir à entendre!

Jérémie : Vous avez fait une vidéo pour ce titre.

Tim : Oui, on a eu beaucoup de chance, car je dois dire qu'elle est incroyable. La compagnie qui l'a fait, Endeavor Media Groupe, ils ont tellement aimé la chanson qu'ils nous ont contacté pour nous proposer de faire une vidéo, et on leur a répondu qu'on n'avait pas les moyens pour le moment de se payer une vidéo, mais qu'on aimerait bien. Et ils ont répondu "Vous savez quoi ? On aime tellement cette chanson, et on pense que la vidéo sera tellement cool qu'on va le faire gratuitement".

Jérémie : Wow !

Tim : Comme tu dis !

Jérémie : Tu sais quoi ? Je viens de taper "Endeavor" dans Google, la première réponse est "We Are Endeavor Media Group", et la deuxième est "House Of Heroes - In The Valley Of The Dying Sun" !

Tim : C'est dingue !

Jérémie : Alors, qu'est-ce que l'avenir réserve pour vous ?

Tim : Et bien je pense qu'en termes de vision d'avenir nous allons promouvoir l'album et faire autant de concerts que possible, continuer à se perfectionner en tan que groupe, mais pour être honnête avec toi si tu m'avais posé la question il y a quatre ou cinq mois je t'aurais probablement répondu "On va sûrement faire une tournée pour l'album, et ensuite arrêter". Mais tout se passe si bien en ce moment, on a même commencé à écrire de nouveaux chants, et on est impatients à l'idée de retourner en studio. J'ai le sentiment qu'on va continuer comme ça pendant encore pas mal de temps.

Jérémie : Donc c'est sûr vous n'allez pas vous séparer ?

Tim : Non, absolument pas. Il s'est passé des choses ces derniers mois où on a pris conscience qu'on était excités et passionnés par ce qui nous arrivait, ça ressemble presque à une renaissance car on a l'impression d'avoir 16 ans et de jouer dans un groupe pour la première fois ! Ces sentiments comme "Wow c'est ça de créer de la musique !" ... La somme est plus grande que la somme des parties.

Jérémie : C'est le fan qui parle maintenant mais sérieusement ce serait triste si vous arrêtiez car à chaque album vous n'arrêtez pas d'être meilleurs, et du coup je ne sais même pas à quoi m'attendre pour la suite à part la certitude d'être surpris.

Tim : Merci ! Tant que tu apprécies ce qu'on fait on continuera de le faire.

Jérémie : C'est ce que disent beaucoup de groupes effectivement : "Tant que les gens achètent nos albums on continuera".

Tim : Exact, ça a toujours été notre but. L'autre jour j'ai parlé avec un mec d'un autre groupe et il m'a dit "Je n'arrête pas d'être jaloux des autres groupes, à me demander pourquoi ils ont plus de succès que moi. Mais avec vous, c'est différent : je vous regarde, et vous m'inspirez. J'ai envie de rentrer chez moi et devenir un meilleur musicien et un meilleur compositeur". Et je pense que c'est génial. Car en fin de compte c'est ce qu'on désire vraiment : être une source d'inspiration.

Jérémie : Etre une source d'inspiration avec votre musique, vos paroles, et votre comportement.

Tim : Oui, exactement.

Jérémie : Une combinaison parfaite.

Jérémie : Faudrait que vous veniez en France.

Tim : C'est un de mes rêves, je n'y ai jamais mis les pieds.

Jérémie : Pas assez de groupes américains viennent ici, et pourtant ils disent tous que c'est un de leurs rêves.

Tim : On est amis avec Family Force 5 et ils nous ont racontés à quel point tout le monde était sympa avec eux, et comment les publics étaient complètement différents de ce qu'ils connaissent aux US. Je ne sais pas pour la France, mais je sais qu'en général les européens accordent plus d'importance à la qualité d'une œuvre, surtout dans le rock.

Jérémie : Probablement parce que le marché n'est pas énorme ici. Ce n'est pas rare de devoir rouler 4 à 6h pour voir ton groupe préféré faire une escale en Europe !

Tim : Vraiment ?

Jérémie : En France quand un groupe vient faire une date c'est à Paris. Sinon on doit aller en Allemagne.

Tim : Ah oui, quand même. Bon ça veut dire qu'il va falloir qu'on fasse une tournée Française complète !

Jérémie : Ce serait fun. L'année prochaine ?

Tim : Ca me plait. 2011.

Jérémie : Il me reste quelques questions un peu plus personnelles sur toi, si tu as le temps.

Tim : Bien sûr, vas-y.

Jérémie : Ou as-tu grandi ?

Tim : Je suis né et ai grandi à Columbus, Ohio, centre est des Etats-Unis, c'est une ville étudiante, je crois la deuxième plus grande ville étudiante des USA. Un endroit confortable et agréable à vivre, avec des valeurs conservatives fortes.

Jérémie : Des frères et sœurs ?

Tim : Oui une jeune sœur, mariée et qui vient d'avoir une petite fille ! Je vais les voir dès que je peux pour passer du temps avec ma petite nièce !

Jérémie : La musique avait une place importante dans ta famille, que ce soit l'écoute ou le jeu ?

Tim : Tout à fait, ma famille est composée d'amoureux de la musique et quand j'étais petit j'ai joué du piano pendant six ans, mais pour être honnête j'étais jeune mais j'ai détesté ça. Je détestais jouer du piano de tout mon cœur et j'avais décidé alors de ne plus jamais jouer d'un instrument. Puis j'ai découvert la guitare, et mon avis a changé drastiquement (rires) !

Jérémie : Quel était ta première guitare ?

Tim : Quand mon oncle était au lycée il avait cette guitare, une Kent, et un noël on était chez eux et il m'a pris de côté et m'a dit "Hey, je ne joue plus de cette guitare. Si tu la veux, elle est à toi". C'est une daube, mais j'imagine qu'on doit tous commencer par quelque chose !

Jérémie : Tu l'as toujours ?

Tim : Oui elle est quelque part au sous-sol (rires) !

Jérémie : Tu utilises quel modèle maintenant ?

Tim : J'ai une Gibson Les Paul 1987 que j'adore et deux Paul Reed Smith. On vient de signer un partenariat avec eux alors ils m'ont donné quelques exemplaires et elles sont incroyables à jouer, je les utilise beaucoup en ce moment.

Jérémie : Quels groupes ont bercé ton enfance ?

Tim : Je n'avais pas vraiment le droit d'écouter du rock quand j'étais jeune, avant d'être au collège environ. Alors les premiers groupes que j'ai vraiment accrochés sont AC/DC et Led Zeppelin. Ensuite c'était Nirvana, Smashing Pumpkins ... mais ce qui a complètement chamboulé ma compréhension de la musique fut quand j'ai découvert MxPx, et ils ont été mon groupe préféré pendant plusieurs années. J'aime beaucoup ce punk/rock, j'aime The Clash, The Descendance, mais MxPx ... pendant quelques années je n'écoutais qu'eux (rires) !

Jérémie : Tu avais un t-shirt d'eux j'imagine !

Tim : Oh oui, j'ai sept ou huit t-shirts, tous leurs albums, tous leurs vinyles.

Jérémie : Tes parents t'ont encouragé quand tu as commencé à jouer dans un groupe et que tu as quitté l'école ?

Tim : Au début ils étaient hésitants. Ils m'ont toujours encouragé dans ce que je faisais, mais on jouait dans des bars quand on avait 16 ans et ça les rendait un peu nerveux. Mais une fois qu'on a signé notre premier contrat avec un label et qu'ils ont vu à quel point on était motivés et qu'ils ont compris que finalement on avait du talent, la ils sont devenus très encourageants.

Jérémie : Tu n'es pas marié c'est ça ?

Tim : Exact.

Jérémie : Pas de copine non plus ?

Tim : Pas pour le moment.

Jérémie : Pas le temps c'est ça ?

Tim : Exactement ! J'y travaille mais quand tu sors un album ça te prend énormément de temps !

Jérémie : J’imagine. Quand tu es en tournée, combien de temps passes-tu loin de chez toi ?

Tim : Environ six mois, peut-être un peu plus. Il y a une année on a fait environ 230 concerts sur un total de 270 jours, et on s'est presque séparés à la fin de cette année car ça prend tellement de temps. On était tellement fatigués, nos familles nous manquaient temps, ce n'était pas compatibles avec notre volonté de se donner à 100% lors de chaque concert. Depuis on tempère les choses et essayons de mixer à parts égales notre temps en tournée et avec nos familles.

Jérémie : Et 230 concerts en une année, c'est le meilleur moyen d'avoir des ampoules !

Tim : Oui (rires) !

Jérémie : Déjà joué en étant malade ?

Tim : Oui, mais je n'ai jamais été malade à un point ... j'ai entendu ces histoires de mecs qui vont sur scène complètement malades et qui vomissent en backstage au milieu du concert et reviennent juste après, mais je n'ai jamais été malade à ce point. J'ai eu des rhumes, des maux de tête, mais tu dois faire avec. En même temps, quand tu as un rhume, mais que tu as la possibilité de faire un bon concert ou tu te dépenses et transpire pas mal, tu te sens toujours mieux après.

Jérémie : On a presque terminé. Tu aurais un mot spécial pour la France ?

Tim : Oui, mais si c'est déplacé tu pourras l'enlever. Je vais vous te taquiner un peu : vous avez besoin de mieux gérer votre équipe de foot parce que j'étais gêné pour vous pendant la coupe du monde (rires) !

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Concernant l'auteur

Jérémie

Créateur de Beehave en 2007 avec Christelle qu'il épousera un an après, Jérémie apprécie toutes les formes du rock, surtout celles qui contiennent de la double pédale et de la saturation. Né à l'époque des pattes d'eff, il apprécie aussi tout particulièrement le glam, le thrash et le power métal, même s'il se fait chambrer à cause de ça par ceux qui sont nés dans les années 90. Et papa depuis 2015 :-)

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