Jesse Leach (Times Of Grace)

Interview téléphonique réalisée avec Jesse Leach, chanteur et lyriciste de Times Of Grace !

Jesse Leach (Times Of Grace)

Jérémie : Salut Jesse ! C'est un honneur pour moi de te parler car j'ai découvert le mouvement métalcore avec Killswitch Engage et le chant My Last Serenade, alors je suis content de te parler, surtout que ça fait longtemps qu'on essaye d'avoir cette interview. On va commencer avec la genèse du projet. Beaucoup a été écrit à son sujet, mais peux-tu nous présenter brièvement comment tout a commencé ?

Jesse : Initialement c'est Adam qui est à l'origine du groupe. Il était allongé dans un lit d'hôpital il y presque cinq ans maintenant, il se remettait d'une opération du dos, et pour lui permettre de se remettre de cette opération, et de la peur de l'après - car il ne savait pas s'il pourrait marcher à nouveau -  il a décidé d'écrire un album dans sa tête. Alors pendant qu'il était allongé sur un lit, il a composé un album complet dans sa tête, et a pu enregistrer la musique sur un enregistreur portable. Il m'a appelé quand il a pu retourner chez lui, en me disant qu'il avait composé un album, et qu'il ne voyait personne d'autre que moi pour collaborer avec lui. Bien sûr j'étais extrêmement flatté, et ait accepté. Quand nous avons écrit l'album Adam passait des moments difficiles, et moi-même je vivais des moments difficiles, mentalement et spirituellement. Voila d'ou vient le projet, l'album n'a pas été écrit pour l'argent ou le succès, mais parce qu'on avait besoin de le faire.

Jérémie : Tu as dit que tu étais flatté de la proposition d'Adam, mais as-tu expérimenté d'autres sentiments lorsqu'il t'a appelé ?

Jesse : J'étais flatté et enthousiaste mais je n'ai réalisé que lorsque j'ai entendu la musique qu'Adam avait enregistrée. Et la j'ai vraiment senti l'importance que ça avait, et j'ai saisi son insistance. Qu'il y avait de l'émotion et de la matière à réfléchir. Rien que les tonalités qu'il avait emploiyé étaient importants pour moi, et j'ai senti que c'était comme un appel pour moi, que ça devait se faire avec moi et que Dieu avait mis ça sur mon chemin. Et je sentais que je devais raconter mon histoire, d'où le titre, The Hymn Of A Broken Man, qui parle de moments difficiles dans la vie, tout en arrivant à conserver la foi et l'espoir que les choses iront mieux.

Jérémie : Tu étais prêt à travailler avec lui après toutes ces années, ou as-tu eu besoin d'un temps de réflexion avant d'accepter ?

Jesse : Non j'ai accepté immédiatement. On était restés en contact pendant toutes ces années, on parlait de temps en temps de faire un nouveau projet, un nouvel album ensemble pour le fun, parce qu'on a des goûts très similaires musicalement. A la base on avait parlé de faire un album de rock n' roll ensemble, un truc proche de ce que Radiohead faisait à leurs débuts, du coup quand il m'a contacté ce n'était pas une surprise totale, et ce n'était pas quelque chose que j'étais hésitant à faire.

Jérémie : Qui est à l'origine du nom ?

Jesse : C'est venu pendant une conversation. On n'arrêtait pas de parler, et le mot "grace" n'arrêtait pas de revenir. Quand tu vis des moments aussi difficiles, que tu doutes dans ta foi, que tu te demandes pourquoi tout ça t'arrive, pourquoi Dieu permet ce genre de chose, et bien cela est la leçon que j'en ai retiré. Ca m'a rendu humble que de réaliser que pendant tout ce temps j'étais placé sous la grâce de Dieu, et ce mot "grâce" n'arrêtait pas de sortir. Je crois que c'est Adam qui l'a dit, qu'on vit dans des moments de grâce, et j'ai dit "Hey, Times Of Grace, c'est parfait comme nom ! ".

full_times_of_grace_jason_zucco_0010_hr_small La vie est un long fleuve tranquille ... mais pas pour tous. Adam et Jesse ont composé cet album pendant des moments difficiles ... mais des temps placés sous la grâce de Dieu.

Jérémie : Tu as dit que le groupe avait eu un rôle cathartique, libérateur. Dans quoi est-ce le plus évident : dans les textes ou dans la musique ?

Jesse : Je dirais dans les deux. Je trouve que la musique se mélange parfaitement dans les textes. Quand j'ai entendu la musique, les concepts déployés ont inspirés mes textes. Du coup je répondrai les deux, car Adam a créé la musique seul sans mon aide, ça a commencé avec la musique et ça s'est propagé dans les textes.

Jérémie : Maintenant que les temps difficiles sont derrière - du moins je l'espère - quel est le but du groupe ? Unir l'humanité ?

Jesse : On en a parlé, et on aimerait que les gens en ressortent un sentiment d'espoir et d'encouragement. Que quoi qu'ils vivent dans leur vie, quelles que soient leurs difficultés, qu'ils sachent qu'il y a toujours une lumière au bout du tunnel, et qu'ils ont juste à y croire. Ca sonne ringard comme ça mais c'est un message universel que tout le monde peut comprendre. Et si Dieu le veut, on fera un nouvel album, et on ira à un autre niveau en parlant cette fois des problèmes du monde. De plus en tant qu'artiste, et surtout en tant que musicien, on a la possibilité de relier des mondes de culture et langue différentes, car les gens peuvent s'identifier à la musique, et je ressens une certaine responsabilité en tant que musicien de donner en retour ce que j'ai reçu au moyen de la musique, et je sais qu'Adam ressent la même chose, c'est une chose naturelle qu'on veut donner en retour.

Jérémie : Quand on regarde le nom du groupe, le nom de l'album, les titres des chansons et les paroles, il y a une forte imagerie chrétien qui en ressort. Est-ce quelque chose de naturel pour vous deux ou est-ce que aviez prévu de le faire dès l'origine du groupe ?

Jesse : Je ne pense pas qu'on ait fait ça volontairement. Comme je t'ai dit les paroles ont été écrites de manière très honnête vis à vis de ce qu'on vivait dans nos vies, de gérer la dépression, d'exclure puis d'inclure Dieu ... tu sais quand tu es chrétien ça coule dans tes veines, et pour moi je ne suis pas en mission, je ne me vois pas comme un évangéliste, mais comme un artiste, mais en tant que chrétien ça ressort naturellement, ce n'est pas volontairement que c'est ressorti de cette façon, mais ça s'est fait naturellement.

Jérémie : Parlons musique à présent. Suite à ton départ de Killswitch Engage, tu es resté dans le cœur des fans du groupe, parce que tu chantais sur Alive Or Just Breathing. Est-ce que tu as pensé que les fans pouvaient s'attendre à un AOJB 2, et avez-vous changé quoi que ce soit sur l'album parce qu'il sonnait trop comme un chant de Killswitch Engage ?

Jesse : Non on n'a jamais parlé de ça. Dans ma tête je suis quelqu'un de complètement différent, ça fait déjà dix ans que je suis parti de KsE, j'espère que je n'ai rien fait intentionnellement pour ne pas que ça ressemble à du Killswitch Engage. J'ai écrit les textes avec mon cœur, mais pour la musique s'il sonne comme ça c'est parce que c'est Adam qui l'a écrit, et c'est également lui qui écrit les chants de Killswitch. Pour notre album, j'y ai beaucoup pensé ; c'est le fruit d'une rencontre qui devait se faire. Si tu réfléchis trop à quelque chose (ne pas que l'album ressemble à un album de KsE, ndlr), tu prends le risque de compromettre ton art. Il faut mieux trouver un équilibre entre écrire quelque chose que tu as envie d'entendre et écrire naturellement textes et musique.

Jérémie : Comment décrirais-tu le son de cet album, vu qu'il semble être un concentré de tous les projets musicaux auquel tu as participé ?

Jesse : Hm, je ne sais pas, mais c'est cool ! Et je suis reconnaissant que tu mettes ça en avant, car c'est vrai, j'ai amené des éléments de blues, de rock n' roll, et un peu de punk et de hardcore, et évidemment du métal. Je crois que c'est un vrai mélange de genres ! Je n'aime pas trop le terme "métalcore", car ça devient un terme plus ou moins négatif, en tout cas de mon point de vue ça l'est, un genre musical devenu sans saveur, alors ça me sera très difficile de le définir comme un album de métalcore. C'est de la musique métal, mais qui possède des racines rock et pop, et punk, en fait il y a des éléments d'un peu tous les genres de musique, il y même un peu d'ambiant dans l'intro de la première piste, et j'adore ce genre de musique instrumentale, et il y a également un chant de blues qui est presque acoustique. C'est un mix de tous ces genres. C'est important tu sais, en tant que musicien, tu ne veux pas que ta musique soit affectée par un nom de genre, ni concentrer tes efforts et te demander si ta musique sera bien installée dans les limites de tel ou tel genre.

times_of_grace2_small Jesse  : Je n'aime pas trop le terme "métalcore", c'est un genre devenu sans saveur, à connotation négative.

Jérémie : Quel est ton chant préféré, et pourquoi ?

Jesse : Je dirai ... enfin je les ... mais si je devais en mettre un en avant, ce serait probablement "The End Of Eternity", elle est vers la fin de l'album, elle est d'un style différent du reste, elle sonne différent, plus sombre, et les paroles présentent deux point de vues distincts. Adam a commencé à écrire ce chant à propos de ce qu'il y a de beau dans nos vies, et qu'il y a toujours de l'espoir. Mais moi quand j'ai commencé à écrire les paroles, je voulais parler des ténèbres, donc un point de vue diamétralement opposé. Du coup quand on s'est retrouvés en studio pour enregistrer le chant, et que je lui ai montré mes paroles, qui étaient vraiment sombres, et que lui est venu avec ses paroles qui étaient plutôt vertueuses, on a pris les deux. Alors ce chant possède deux parts égales, une bonne et une mauvaise, si tu veux. Et elle raconte plus ou moins l'histoire des combats entre notre nature humaine et notre nature spirituelle. Et ca se ressent même dans la façon de chanter d'Adam, qui représente la lumière, et je représente les ténèbres. Voila pourquoi c'est mon chant préféré, car il s'est fait de manière si naturelle, sans qu'on ait chacun à défendre son point de vue en disant "Hey ce chant devrait parler de ceci", on avait chacun un point de vue différent sur le chant, et bien qu'ils soient complètement différents, ils vont très bien ensemble, c'est une vraie collaboration à mes yeux.

Jérémie : Personnellement j'aime beaucoup "Live In Love".

Jesse : Merci ! Oui c'est un hymne, le genre de chant que tu chante tout seul ! Tu sais on n'a jamais assez de chants qui parlent d'amour, c'est ce qu'on a de plus puissant, un don de Dieu pour nous ! C'est la chose la plus puissante qui soit sur terre !

Jérémie : Il y a plusieurs versions deluxe qui sont sorties, tu peux nous en dire plus ?

Jesse : Oui, l'album était déjà fini depuis plus d'un an quand on en a eu l'idée. On était en train de discuter ensemble de quand serait le meilleur moment pour le sortir, j'écoutais l'album pour bien l'intégrer, quand j'avais un coup de blues je l'écoutais, et c'est vraiment particulier de dire que c'est ma propre musique et qu'elle a un effet pour moi, alors j'ai commencé à avoir des visions, des idées, qui ont commencé à entrer dans mon subconscient, et j'ai commencé à les écrire dans un bouquin en tant que thèmes visuels. J'ai contacté notre management pour qu'on puisse accompagner l'album d'une sorte de package visuel, et quand j'ai eu le feu vert, on a engagé Agatha Alexander, qui est un artiste visuel très doué, et dès le premier contact avec elle au téléphone, elle a tout de suite compris la ou je voulais aller, et le résultat est son interprétation de mes idées, sans que je la dirige plus que ça. Je lui envoyais une ou deux phrases, une idée pour chaque chant, et elle a fait un boulot dont je suis très heureux.

Jérémie : Es-tu en train de dire qu'une expérience complète de cet album ne peut venir qu'avec la version deluxe ?

Jesse : Oui, c'est Road Runner qui a voulu faire un coup marketing en sortant deux versions différentes et vendre la version de base moins cher, enfin c'est du marketing tout ça (rires) ! Ca n'a rien à voir avec l'artiste, c'est tout du business (rires) !

Jérémie : L'album est apparu sur internet une semaine avant sa sortie officielle, et j'ai lu ton article dans lequel tu exprimais ta frustration d'avoir été volé par ces pirates, et te comprends complètement. Que penses-tu que le monde musical dans son ensemble doive faire pour que les gens comprennent que le piratage affecte les artistes et leur créativité ?

Jesse : C'est une excellente question et tu sais, honnêtement, c'est quelque chose qui m'affecte beaucoup, pas uniquement parce que je suis un créatif, mais parce que je suis un amoureux de la musique. Je connais personnellement beaucoup de gens qui souffrent actuellement de cette situation et qui ont du mal à vivre de leur art, et c'est de pire en pire. Et c'est une honte, mais qu'est-ce qu'on peut faire, qu'est-ce qu'on doit faire car on sait que quoi qu'on dise les gens vont pirater de la musique. Et honnêtement j'aimerais que les gens parlent plus de tout ça mais j'ai l'impression que si tu en parles tu te fais taper dessus, ce qui est vraiment étrange ! C'est comme si c'était révélateur des temps dans lesquels nous vivons, où l'art n'était pas apprécié et dans lequel les gens n'avaient pas à payer pour l'avoir. Et cela affecte l'art en lui-même. Par exemple si tu écoutes la musique commerciale qui passe à la radio, en tout cas ici aux States, c'est de la poubelle, de la musique sans contenu, les paroles sont juste terribles ! Mais les gens veulent ce genre de chose, ce qui tend à penser que l'art n'est plus apprécié, dévalorisé. J'aimerais que les choses soient différentes mais il faut vivre avec, et prendre conscience qu'en tant que musicien, ce n'est pas de cette façon que tu peux faire de l'argent, pas avec les ventes d'un album vu que plus personne n'achète d'album, à moins que ce ne soit de la musique pop qui passe sur une chaine de radio qui est possédée par une corporation qui ne voit pas la musique comme un art, mais comme un produit, de l'argent.

Jérémie : Comment tu gagnes de l'argent, toi ?

Jesse : Je suis, genre, vraiment, vraiment pauvre. Même en tournée on ne fait pas beaucoup d'argent. Honnêtement je ne sais pas pendant combien de temps encore je vais pouvoir tenir comme ça. Ces dix dernières années j'ai fait d'autres jobs, quand une tournée s'arrêtait je faisais deux ou trois boulots pour pouvoir joindre les deux bouts, et heureusement que je suis marié à une femme qui gagne de l'argent parce que sinon, je ne saurais pas comment faire ! Mais vraiment ces deux derniers mois je n'ai pas travaillé et ait réfléchi à différentes façons de gagner de l'argent, comme faire partie de plus qu'un groupe, j'ai déjà écrit pas mal de poèmes dont certains sont sur le point d'être publiés, je suis en train d'essayer de m'établir artistiquement, de diversifier mes sources de revenus. Tu ne peux plus te contenter d'un seul groupe maintenant, tu dois multiplier les groupes pour survivre. Et c'est dur. Dieu a été généreux jusqu'à présent, mais je ne sais pas pendant encore combien de temps je vais vivre comme ça, car je suis un artiste qui galère, qui ne gagne pas d'argent avec ce qu'il fait. Et je ne suis pas le seul.

Jérémie : C'est vraiment surprenant d'entendre ça car j'aurai pensé qu'un artiste de ton calibre gagnait assez d'argent pour vivre !

Jesse : Ouais, beaucoup de gens pensent la même chose. Si seulement ils savaient (rires) ! Mais tu sais quoi ? Ils n'osent probablement pas en parler car l'argent est un sujet embarrassant, mais je n'ai pas de problème à en parler. Mais moi je n'ai pas d'argent, et je sais que d'autres artistes sont dans la même situation que moi, mais ce n'est juste pas quelque chose dont on parle. Tu vois, quand le nombre de vente commence à diminuer, ta paye diminue également, et dans cette économie, c'est difficile. En plus moi j'ai perdu beaucoup d'argent en investissant dans l'immobilier, ce qui était une mauvaise idée (rires) ! Mais je suis un homme comblé, l'argent ne fait pas tout (rires) !

Jérémie : Qu'en est-il du contrat avec ton label ?

Jesse : Il aide, c'est sûr, mais pas assez pour que je puisse m'assoir dans un canapé, me relaxer et penser au futur. L'argent part vite, surtout ici à New York, où tout est si cher (rires) ! Partir en tournée devrait aider, en boostant la popularité du groupe, et du coup on nous proposera plus d'argent pour des dates, mais pour le moment, malgré le fait que je sois un ex-membre d'un groupe populaire comme Killswitch Engage, et un membre actuel du groupe comme Adam, nous sommes toujours un groupe qui débute, alors les promoteurs hésitent à nous donner beaucoup d'argent alors on commence en bas de l'échelle. On espère qu'à partir de l'année prochaine on gagnera plus d'argent.

Jérémie : J'espère pour vous !

Jesse : J'espère également (rires) !

Jérémie : Si je ne me trompe pas, Adam joue tous les instruments sur l'album, correct ?

Jesse : Exact. C'est plutôt incroyable. J'admire son talent. Pas uniquement pour jouer ces instruments, mais également pour les enregistrer et s'occuper de la production. Un talent incroyable.

Jérémie : Quels sont les aspects les plus difficiles d'enregistrer un album avec une personne aussi douée ?

Jesse : C'est marrant parce que je n'ai vu de difficulté avec cet album, à aucun niveau. Probablement parce qu'on n'avait pas de pression d'un label, ou parce qu'on n'avait pas d'autres membres qui pointaient leur nez pour donner leurs idées. Parce que c'était plus ou moins Adam avec une idée de ce qu'il voulait, et qui arrivait à reproduire cette idée au travers de ses instruments, et lui et moi étions sur la même longueur d'onde. C'est sans problème l'album qui m'a demandé le moins d'effort, et je sais que c'est pareil pour Adam. C'est juste une de ces impressions, où on sentait que nous n'étions que les canaux par lesquels quelque chose sortait par nous. En disant ça, c'est un album vraiment unique qui n'a pas demandé beaucoup d'efforts.

Jérémie : En tournée, qui s'occupe des autres instruments ?

Jesse : Nous avons Joël en seconde guitare, qui joue aussi dans KsE, ce qui est génial, notre batteur est Dan qui est un batteur incroyable. Notre premier bassiste nous a quittés pour s'occuper de sa famille. On le soutient à fond. Notre lineup est génial, on est bénis d'avoir les autres avec nous.

Cliquez sur la photo pour l'agrandir Jesse  : en tant que chrétiens nous ne devons pas nous juger les uns les autres, mais au contraire nous encourager.

Jérémie : Ce sont uniquement des membres de tournée, ou font-ils à présent partie intégrante du groupe ?

Jesse : L'espoir est qu'ils soient notre groupe. Point. C'est notre espoir. Mais ça dépend d'eux. Pour voir jusqu'où ce groupe peut aller, si on peut faire un autre album et faire d'autres tournées. Mais pour le moment ça reste à voir, rien n'est promis, nous espérons juste avoir du succès.

Jérémie : Tu as mentionné plus tôt que tu étais chrétien. Quelles difficultés vois-tu à être un chrétien dans le monde du métal ?

Jesse : Pour moi c'est la séparation, d'être en tournée loin de ma femme. Tu vois, la Bible nous enseigne d'être la tête de notre couple, et je dois protéger ma femme. Mais je dois avoir la foi que Dieu la protège quand je ne suis pas la. Et c'est quelque chose qui me travaille, alors j'essaie de ne pas partir trop longtemps. Ou alors si je pars longtemps elle essaie de me rejoindre en avion. On doit trouver un équilibre d'une certaine façon. Je dois m'assurer que mon mariage est mis à la bonne place. Car tu ne peux rien considérer comme acquis, tu ne peux pas penser ça et laisser le Diable faire son œuvre, et c'est probablement le plus difficile. Mais j'aime être un chrétien et être dans le métal, c'est important car j'essaie de vivre ma vie comme un chrétien. Je n'en parle pas beaucoup, je ne suis pas à l'aise dans la peau d'un évangéliste, je ne suis pas du genre à l'imposer aux autres, et je crois bien que c'est le plus grand motif de désaccord avec mes frères et sœurs en Christ car je crois fermement que les actions sont plus importantes que les mots. Et malheureusement certains d'entre nous parlent très très fort, mais ne vivent pas cette vie. Des gens qui proclament être quelqu'un qu'ils ne sont pas. Alors j'essaie de le vivre plus que je ne le dis, et je crois bien qu'être en tournée et de côtoyer des gens qui vont dans des night clubs et tout ça, et bien pour moi ça renforce ma foi. Je m'y accroche quand je suis sur la route et suis très reconnaissant que j'ai cette relation avec Dieu quand je suis en tournée. Et si tu fais ce que tu penses que Dieu te demande de faire, tu seras béni. Pour moi jusqu'ici c'est pas mal, c'est une belle expérience pour moi !

Jérémie : Avec ton expérience, que pourrais-tu donner comme conseils à une bande de jeunes musiciens chrétiens qui voudraient avoir un impact sur le monde avec leur foi et leur musique ?

Jesse : Je pense qu'ils doivent réaliser dans quels temps nous vivons, et éviter les manières agressives d'évangélisations. Je pense, c'est mon opinion, qu'en tant que chrétiens nous ne devons pas nous juger les uns les autres, mais au contraire nous encourager. Mais ce que je vois parfois, et qui m'irrite parfois, ce sont des prêches violents. Mais je crois qu'il y a un temps et un endroit pour ça, tu dois faire attention, avoir du tact, et si tu te places dans la rue et que tu cries et proclame l'évangile, c'est formidable, mais il y a des gens qui vont être rebutés par ça. C'est juste une histoire de connaissance de son environnement, de son milieu, et de savoir comment le présenter. Et comme j'ai dit tout à l'heure de le vivre. C'est un exemple plus puissant que de le proclamer. Je crois que tout le monde a des dons, Dieu nous donne des dons à tous, et nous savons quels sont nos dons, et quelles sont nos forces et nos faiblesses. Pour moi, personnellement c'est d'écrire des textes et de faire de la musique. Mon père, par exemple, est un pasteur. Il se tient derrière un pupitre et il prêche, et il est vraiment très bon dans ce qu'il fait. Mais ce n'est pas moi, je ne peux pas faire ça. Je ne ressens pas que c'est mon appel, et qu'il est tout autre. Alors concernant la musique, si tu fais une tournée avec des groupes chrétiens, et que tu es entouré de chrétiens, alors tu prêches et encourages des chrétiens, et c'est bien car ce n'est pas un mauvais moment pour le faire. Mais si tu es à un festival avec plein de groupes qui ont des chemins de vie différents, je pense que tu dois faire preuve de beaucoup de tact, et tu dois connaitre ton public et savoir qu'au moment ou tu vas prononcer le nom de Dieu, ou Jésus, ils vont se construire des murs dans leur tête, et ils vont être en colère. Alors je pense qu'il y a une façon de le faire, où tu permets au Saint Esprit de faire son œuvre, tu dois avoir la foi que Dieu va faire le reste du travail. Car parfois j'ai l'impression - et la encore, c'est mon avis de comment sont les choses - que c'est un meilleur ministère que de s'époumoner en hurlant ce en quoi tu crois. Mais toute cette question est difficile car la Bible nous enseigne de ne pas édulcorer le message de l'évangile, alors si tu es un jeune groupe et que tu considère évangéliser avec ta musique, tu dois vraiment prendre du temps à prier pour ça et faire attention à comment tu te comportes. En tant qu'humains nous devenons émotifs quand nous parlons de ce genre de chose, je deviens émotif quand j'en parle avec des non croyants, et il y a des discussions où tu peux perdre ton calme et t'énerver, et cette colère peut altérer ton jugement, tes capacités à parler de la parole de Dieu, mais je pense que ça dépend du type de situation, et tu dois prier pour ça.

Jérémie : En parlant des non-croyants, que représente cet homme brisé (référence au titre de l'album, ndlr) : les non chrétiens, les chrétiens, toi, Adam ?

Jesse : Tout le monde. Nous sommes tous brisés. Je pense qu'on passe tous par des moments de souffrance, et le temps de la grâce est pour tout le monde. C'est pour ça qu'on ne se définit pas comme un groupe chrétien, et certains sont gênés par ça car ils savent que je suis chrétien, mais je ne pense pas que c'est le propos, pour moi c'est de produire de l'art, et je ne prétends pas être un évangéliste. Pour moi, j'essaie d'écrire cet album avec mes points de vue, et bien sûr en tenant compte de ce par quoi Adam passait. Cet album est pour tous, et je parle à tout le monde. Nous souffrons tous, on vit tous des moments difficiles. La différence avec les non-croyants est sur quoi tu bases ton avis quand tu passes par des moments pareils : sur toi, ou sur quelque chose d'autre ? C'est d'avoir conscience que ce qui t'arrive ne concerne pas que toi, mais qu'il y a quelque chose de plus grand, je pense que c'est un bon témoignage de foi pour ceux qui ne croient pas. Mais il y a un message à prendre de cet album, que tu croies en le Dieu vrai et véritable ou que tu aies un autre Dieu, ou que tu ne croies pas en Dieu.

Jérémie : D'ou te vient ton inspiration quand tu écris les paroles ?

Jesse : Je crois que c'est mon expérience et mon point de vue avec la vie, et d'être poétique en le faisant. Si tu lis mes paroles je ne suis pas vraiment explicite et ne donne pas de détails évident sur ce que je veux dire, je donne une idée générale du sujet et leur donne la possibilité d'interpréter. Mais c'est comme ça que je fonctionne en tant qu'artiste. Si tu explique trop les choses, ça tue l'art. Très souvent, et c'est mon expérience, j'écoute un chant et me dit "Oh ce chant parle de ça" et je le relie au chant et c'est quelque chose de très puissant pour moi. Puis j'entends l'artiste parler de ce chant et qui explique ce qu'il voulait dire, et ça détruit ce lien puissant que j'avais créé avec mon imagination. Car je découvre que c'était quelque chose de bien plus superficiel que ce à quoi je pensais. Alors je fais très attention quand j'écris des textes de ne pas être trop évident afin que les gens puissent se faire leurs propres conclusions, et pour moi c'est une façon bien plus puissante d'impacter les gens. Dans l'art en général je ressens la même chose : expliquer ton art détruis ce dernier. Les gens qui me connaissent savent ce que je veux dire, que le message est la, mais qu'est-ce que ça signifie pour toi ? Je pense que c'est plus important que tout ce que je pourrai expliquer à n'importe qui.

Jérémie : Ok merci Jesse, le dernier mot est pour toi !

Jesse : Et bien merci mon ami, c'était une chouette interview que j'ai beaucoup appréciée.

Jérémie : Merci beaucoup, bonne chance pour la suite, on va prier pour toi !

Jesse : Merci beaucoup, c'est super. Merci !

 

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Concernant l'auteur

Jérémie

Créateur de Beehave en 2007 avec Christelle qu'il épousera un an après, Jérémie apprécie toutes les formes du rock, surtout celles qui contiennent de la double pédale et de la saturation. Né à l'époque des pattes d'eff, il apprécie aussi tout particulièrement le glam, le thrash et le power métal, même s'il se fait chambrer à cause de ça par ceux qui sont nés dans les années 90. Et papa depuis 2015 :-)

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