Jordan (La Dispute)

Deuxième interview avec Jordan, de La Dispute, lors du passage de son groupe à Paris le 25 juillet dernier, qui nous parle entre autres de la sortie de leur deuxième album, Wildlife, à sortir le 4 octobre.

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Jérémie : Salut Jordan, ça fait plaisir de te revoir.

Jordan : Et ça fait plaisir d'être ici !

Jérémie : C'est ton deuxième passage par ici. Du coup tu t'attends à quoi pour ce concert ?

Jérémie : Quand on t'as vu à Cornerstone en 2008 on ne connaissait rien de ton groupe. Mais trois ans plus tard on a eu le temps d'en connaitre plus, et d'apprécier ce qu'on découvre. C'est assez incroyable de constater l'intensité et la justesse des paroles, alors que tu n'es pas marié, mais que tu parles de mariage. Ma femme et moi sommes mariés et ça nous parle ce que tu écris, même si on ne se retrouve pas dans toutes les situations (rires), mais du coup  ton inspiration ne provient que des livres que tu lis, ou d'autres évènements de la vie ?

Jordan : Et bien, tout ce que j'ai écrit jusqu'à présent trouve ses origines dans une relation que j'ai eu pendant longtemps. Pas un mariage, mais ça a eu beaucoup d'impact dans ma vie, alors ce que j'ai choisi d'écrire est probablement directement influencé par cette histoire. Mais les chants qui parlent de mariage sont inspirés par des personnes que je connais, de leurs relations que j'ai vu s'effondrer. Ces trois chants sur Somewhere ... qui parlent spécifiquement du divorce sont trois conversations fictives et distinctes qui ont peut-être eu lieu, pendant que les parents de deux amis à moi divorçaient. Et il s'est avéré que ces deux divorces trouvaient leur explication dans le fait que le père d'un de mes amis trompait sa femme avec la mère de mon autre ami. J'en ai tiré des histoires fictives mais c'était une période difficile, pas tellement pour moi à part le fait que je voyais mon ami passer par ces moments, mais c'était une période difficile pour eux. Ca me semblait juste d'écrire des chants à ce sujet.

Jérémie : La tristesse tout comme la cruauté de la situation sont évidentes dans ces chants.

Jordan : Bien sûr, et c'était personnellement une expérience très intéressante pour moi d'écrire à ce sujet car je n'en avais jamais parlé avant à qui que ce soit. Et c'est délicat car c'est arrivé à des amis, et j'étais probablement naïf quand j'ai commencé à écrire tout ça, je pense, parce que pour que les chants reflètent au mieux la situation de mes amis, j'ai du me placer dans cette situation autant que possible. Alors c'était difficile mais intéressant à la fois de considérer toutes les émotions possibles qui pouvaient s'en dégager. Comme tu l'as dit je voulais que la cruauté de la situation soit mise en avant, pas particulièrement pointer le doigt vers qui que ce soit. Simplement montrer à quel point cette situation était difficile à vivre.

Jérémie : Est-ce un schéma que tu as utilisé à nouveau lors de l'écriture du nouvel album ?

Jordan : Oui, le nouvel album possède bien plus d'histoires. Il est écrit à la première et à la troisième personne du singulier. Il y a la voix persistante d'un narrateur mais divisé en deux : le premier est un monologue personnel, le deuxième raconte l'histoire. Donc il y a du personnel et une approche différente, j'ai pris des histoires de ma vie et de celle de proches, comme j'ai fait sur le précédent album.

Jérémie : Et ça tourne autour des même thèmes ?

Jordan : Oui et non. C'est plus large, et n'est pas limité aux relations romantiques ou ce genre de choses. Il y a plusieurs histoires sur plusieurs autres situations. Mais toujours rapporté à des personnes.

Jérémie : Et musicalement ? Avez-vous changé quoi que ce soit ?

Jordan : Tu sais ça fait deux ans et demi que l'album est sorti, et il s'est passé pas mal de choses pendant ce temps. Nous avons fait pas mal de tournée, rencontré de nombreux groupes, écouté de nombreuses musiques, ce qui nous a tous changé en tant qu'humains, alors inévitablement cela entraine des modifications, qu'elles soient volontaires ou pas. Alors il y a clairement des différences, c'est inévitable, mais ça reste toujours les cinq même personnes créant de la musique, alors il s'en dégagera un sentiment de familiarité.

Jérémie : Combien de chants ?

Jordan : 14 chants.

Jérémie : Comme le premier album.

Jordan : Oui.

Jérémie : Quand est-ce qu'il sort ?

Jordan : En octobre.

Jérémie : Idem pour la date de sortie européenne ?

Jordan : J'imagine. Quoi qu'il en soit nous serons de retour en octobre alors nous espérons qu'il sera sorti d'ici la.

Jérémie : Ca fera votre troisième venue en France, il va être temps de se poser la question d'acheter une maison en France.

Jordan : On pourrait, ça ne me dérangerait pas.

Jérémie : L'Europe c'est mieux que les USA, non ?

Jordan : (Rires) ce sont des endroits différents. Très différents mais en même temps si proches. Ce que je préfère quand je vais dans un autre endroit en tournée est que les gens demandent toujours à quel point c'est différent. L'Australie, l'Europe, et je pense que c'est toujours intéressant de constater à quel point je me sens à l'aise sur scène, quel que soit l'endroit. C'est la même musique, le même genre de scène, ce n'est pas si différent que ça du Michigan.

Jérémie : Ca et le fait que quelque soit l'endroit ou tu vas, il y aura toujours du monde qui pourra s'identifier à des personnages de tes chansons.

Jordan : J'espère.

Jérémie : Mais c'est triste, pourtant.

Jordan : Oui, bien sûr. C'est un sujet commun, de mauvaises choses arrivent ...

Clément : Concernant la France, ça te plait comme pays ? Et Paris ?

Jordan : Oui, j'apprécie !

Clément : Et la littérature française ? Car apparemment tu en lis beaucoup ...

Jordan : Un livre en particulier, mais j'en ai lu plusieurs. Et oui j'aime beaucoup la France, les gens ici nous ont toujours bien traités, c'est sympa de découvrir de nouveaux endroits.

Jérémie : Vous avez vu la tour Eiffel ?

Jordan : La dernière fois, oui, et c'est une sacré histoire. Notre chauffeur, son nom était Yaki, un Bulgare, il nous appelait les hippies, il faisait comme s'il ne nous aimait pas mais il nous aimait bien, enfin on l'a découvert à la fin, bref quand on était à Paris la dernière fois, on lui a demandé d'aller voir la Tour Eiffel et il nous a répondu "Pas le temps dans le programme". Alors on était déçus, mais bon c'est comme ça. Puis on est partis de nuit après le concert, on était dans le van, on ne savait pas trop ou on allait, puis d'un seul coup le chauffeur s'arrête et nous dit "Okay les hippies, dehors !". Et la on s'est rendus compte qu'il nous avait amenés à la tour Eiffel. C'était un gars bien.

Jérémie : Parlons un peu du côté chrétien de votre musique. La dernière fois tu m'avais dit que vous n'étiez pas tous chrétien dans le groupe, c'est bien ça ?

Jordan : Exact.

Jérémie : Ca ne vous dérange pas d'être appelé un groupe chrétien ?

Jordan : Les gens n'aiment pas ce titre car il est accompagné d'un côté négatif. Il y a une grande stigmatisation de la musique chrétienne aux USA, c'est peut-être pareil ici également, ce que j'estime être idiot, car si tu as une conviction, et que ça affecte l'art que tu crées, tu ne devrais pas avoir honte de ce titre. Mais d'un autre côté je pense qu'il y a trop de titres, et de créer des séparations de la sorte exclut des gens et je pense que c'est au détriment de l'art en général. Je dirai que je n'apprécie pas d'être appelé un groupe chrétien car je ne pense pas qu'on le soit. Le thème en lui-même sort beaucoup dans mes textes, j'ai grandi dans une famille chrétienne, et ça a toujours beaucoup d'impact sur qui je suis en tant qu'homme et en tant qu'artiste, mais je ne m'appellerai pas moi-même un chrétien, et je ne suis pas à l'aise à l'idée de nous déclarer comme groupe chrétien, si nous ne sommes pas tous sur la même longueur d'onde à ce sujet. Beaucoup de cela provient de moi car c'est moi qui choisit les thèmes des chansons, mais si on était un groupe chrétien je n'aurai aucun problème avec ça.

Jérémie : Est-ce que ce n'est pas également comme une étiquette qu'on colle sur un groupe avec l'espoir d'augmenter la valeur marchande d'un groupe ?

Jordan : Dans certains cas, oui, je trouve que c'est un autre côté négatif de ce titre.

Jérémie : Pourtant vous jouez dans des festivals chrétiens.

Jordan : Ca fait longtemps qu'on ne l'a pas fait, et ça ne devrait pas se produire de nouveau. J'aime énormément Cornerstone, j'ai grandi en y allant, je trouve que c'est un festival formidable, je trouve que c'est dommage que des groupes soient mal vus parce qu'ils ont joué dans ce festival, quelles que soient tes convictions c'est un formidable rassemblement humain, et grâce à ça je m'y suis toujours senti à l'aise et accepté, mais à cause de nos degrés de croyances différentes, ça ne me parait pas juste de nous mettre tous au même niveau. Mais c'est sans aucun doute un festival chrétien. Alors pour nous d'y aller, alors que certains d'entre nous ressentent le contraire ou ne savent pas trop quoi en penser, ce ne serait pas juste.

Jérémie : De mon point de vue, en tant que chrétien, on peut se nourrir de tes paroles. On peut y trouver de l'aide pour gérer certaines situations.

Jordan : Bien sûr, tu peux trouver de l'aide dans tout. Je suis d'accord.

Jérémie : Merci Jordan, tu as quelque chose à rajouter avant de conclure ?

Jordan : Ca m'a fait plaisir de vous revoir, merci pour ce temps !

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Concernant l'auteur

Jérémie

Créateur de Beehave en 2007 avec Christelle qu'il épousera un an après, Jérémie apprécie toutes les formes du rock, surtout celles qui contiennent de la double pédale et de la saturation. Né à l'époque des pattes d'eff, il apprécie aussi tout particulièrement le glam, le thrash et le power métal, même s'il se fait chambrer à cause de ça par ceux qui sont nés dans les années 90. Et papa depuis 2015 :-)

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