Brian Head Welch

Lors du dernier Hellfest, Jonathan Hanley accompagné de son fils et de  Ben-j, a interviewé Brian Head Welch. Un moment incroyable retranscrit ci-dessous.

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Jonathan : Merci d'avoir accepté de faire l'interview. Je suis passé par différentes personnes pour arriver à te parler. J'ai pris contact avec Dave Decker[1], et il a dit qu'il t'en parlerait, qu'on cherchait à te rencontrer.

Brian : Tu connais Decker ? 

Jonathan : Juste par Internet et par e-mail. Il fait un travail qui est une vraie bénédiction pour les artistes qu'il aide, c'est un serviteur... 

Brian : Ouais, il est venu en tournée avec nous. Quand je suis parti en tournée la première fois en tant qu'artiste solo. On est passé par des moments durs, c'était infernal. Et lui, il était avec nous au cœur de la tourmente, en train de prier pour nous. 

Jonathan : Je suis pasteur, et je suis impliqué dans le monde de la musique, non pas comme musicien, mais comme écrivain. J'écris des articles et des livres. Un ami à moi a publié ton livre témoignage en français.

 Brian : Wow ! Je savais que c'était sorti en allemand.

 Jonathan : Eh bien, c'est arrivé en France aussi. L’éditeur veut te dire que le bouquin en est à sa troisième impression et qu'il a été très apprécié[2].

 Brian : C'est énorme ! Merci Seigneur.

 Jonathan : Ça fait plaisir de te voir porter le T-shirt des Whosoevers[3]. Sonny en portait un sur scène ce matin.

 Brian : Tu lui as parlé, à Sonny ?

 Jonathan : Je n'ai pas pu. J'ai demandé une interview avec les gars de P.O.D. et j'ai eu un entretien avec Marcos, et je suis reconnaissant pour ça. Mais si je pouvais parler aussi à Sonny, ce serait top.

 C'est ma quatrième année au Hellfest. J'ai commencé à venir quand des chrétiens ont cherché à faire interdire le festival, à lancer des pétitions. Je préfère le dialogue et la rencontre plutôt que les pétitions et les interdictions. Et chaque année, il semble y avoir au moins un groupe avec des chrétiens ici au Hellfest. Beaucoup de personnes me disent « Comment toi qui est chrétien tu peux aller dans un festival appelé Hellfest ? La fête de l'enfer? » Alors, je vais te poser la même question à toi, Brian, en tant que chrétien, que répondrais-tu à des gens qui te diraient « Comment en tant que chrétien peux-tu jouer sur scène au Hellfest ? »

 Brian : Je leur dirais: « Lisez la Bible. Jésus était plus en colère contre les responsables religieux que contre le commun des pécheurs. Il passait beaucoup de temps à lutter contre les responsables religieux. » Les gens qui disent que les chrétiens ne devraient pas jouer au Hellfest n'ont pas compris qui est vraiment Jésus. Ils devraient tous être ici, car c'est dans ce genre d'endroit qu'on trouve des gens qui cherchent Dieu, qui ont besoin de lui. Nous ne passons pas notre temps à les assommer avec la foi, mais nous passons du temps avec eux. Nous sommes dans le dialogue et la relation.

 Jonathan : J'aimerais qu'on continue à parler de la foi et comment tu nourris ta foi dans quelques instants. Mais d'abord, je veux qu'on parle de la musique, et de l'album, et de ce que tu fais avec ton autre groupe, Love and Death. Peux-tu me dire comment l'album de Love and Death a été reçu ? Tu en es satisfait ?

 Brian : Ouais, on a eu beaucoup de bons retours, et maintenant on aimerait voir ça aller plus loin. Ceux qui écoutent l'album nous donnent des retours vraiment bons. Il faut juste que ça grandisse. Mes gars ont toujours du mal à s'en sortir. Depuis des années, moi aussi, j'ai du mal à m'en sortir financièrement, depuis que j'ai quitté Korn. Je suis sûr que dans les deux ou trois prochaines années, la situation va se rétablir de nouveau. Ça fait presque quatre ans que mes gars vivent avec presque rien. Alors j'aimerais vraiment voir tout ça se développer. Je sais que le fric ce n'est pas l'essentiel, mais pour être encouragé, tu dois avoir de quoi vivre décemment, alors on espère qu'on va voir tout ça se débloquer cette année.

 Jonathan : Dans quelle direction aimerais-tu avancer maintenant ? Quels sont tes espoirs pour les temps qui viennent ? Pour Love and Death, pour Korn... j'ai appris que tu vas t'investir dans les deux groupes. Dans quelle direction veux-tu aller avec tout ça ?

 Brian : Il me faut gérer ça une année après l’autre, parce qu'en fait, je ne sais pas. Je marche par la foi. Ma façon de vivre, c'est de marcher par la foi et de suivre l'Esprit. J'avance comme il me dit d'avancer. Alors je ne peux pas te dire à quoi va ressembler l'année prochaine. Mais je vais te dire une chose. J'ai quitté mes frères de Korn une fois. Je ne me vois faire faire ce retour pour repartir de sitôt. Mais tu ne sais pas ce que l'avenir te réserve. Tu n'en sais rien. C'est dur à gérer parfois. Je te le dis. Deux groupes, c'est pas évident. Love and Death sont avec nous en tournée.

 Jonathan : Du point de vue créatif, tu travailles comment ? Pour composer ? Que fais-tu pour développer ta créativité ? Où vas-tu puiser l'inspiration pour nourrir l'artiste en toi ?

 Brian : Aujourd'hui, c'est la prière, et la patience d'attendre que la porte s'ouvre, de saisir le bon moment. C'est vrai que j'ai l'impression de recevoir une inspiration quand c'est le moment d'écrire. Parfois, si tu écris ou si tu composes, tu te forces, et tu insistes, et c'est pas le bon moment. Alors j'essaye de faire le plein chaque fois que je reçois le cadeau de l'inspiration, car c'est un cadeau, et parfois, il faut se rappeler que c'est Dieu qui le donne. Et parfois, il doit nous rappeler qu'on y arrivera pas tout seul. Parfois, c'est la frustration qui arrive, et Dieu doit intervenir et s'imposer. J'essaye de trouver ça, mais ce n'est pas toujours facile.

 Jonathan : Je te comprends. Ça t'empêche pas d'être très productif, pourtant !

 Brian : Peut-être. Mais c'est une question de foi en Dieu. Et certains jours ne sont pas faciles. Certaines semaines ne sont pas faciles. En ce moment, je passe par des moments... un peu... tu sais, en tournée, j'ai l'impression d'être un peu sec, pas assez de temps passé dans la Parole, pas assez de temps dans la prière. Alors, je passe par une sorte de sécheresse. Je fais des trucs que je devrais pas faire. Rien d'énorme. Mais les petits trucs, tu sais, les « petits renards » qui abîment les vignes, les petits trucs qui te rendent vulnérables aux problèmes plus grands... Alors, j'aimerais bien que tu pries pour moi quand on aura fini !

 Tu fais quoi ici ? Tu as un stand ?

 Jonathan : Non, mais un jour, peut-être. Un jour dans l'avenir, j'aimerais bien faire ça. J'ai écrit aux Whosoevers, pour leur demander de nous soutenir d'une manière ou d'un autre. Ce serait super de voir ça. Rien d'agressif, juste montrer que nous sommes chrétiens, peut-être avec un T-shirt à slogan ou quelque chose de ce genre. Montrer que nous sommes chrétiens, et que nous sommes ici au Hellfest. Dans la foule, je vois des T-shirts où il est inscrit: « Your God is dead » (« Ton Dieu est mort ») et « All Christians to the lions » (« Tous les chrétiens aux lions ») Et je me dis : ça, c'est un appel spirituel, un questionnement adressé à Dieu.

 Brian : Et en fait, avec ça, ils montrent qu'ils croient en Dieu. Ils le reconnaissent. Ils disent juste qu'il est mort. Il faut le dire, c'est un aveuglement spirituel. Aveugle, c'est aveugle. Et des chrétiens qui jettent la pierre aux gens comme ça... c'est comme jeter des pierres à un aveugle qui arrive pas à marcher droit. Ils ne savent pas. Ils n'ont pas ouvert les yeux. C'est la seule raison. Il faut les aimer. Il n'y a que ça!

 Jonathan : Je sais qu’il y a des chrétiens qui te soutiennent dans la prière. Qu’est-ce que tu aimerais leur demander de prier ?

 Brian : Pour mon intimité avec le Seigneur, tous les jours. C'est si facile de me laisser prendre par les préoccupations du monde. La bouffe, les interviews, les gens avec qui je traîne, une sécheresse spirituelle... C'est pas toujours la grande forme, spirituellement... J'ai besoin de cette intimité avec le Seigneur, et chaque fois, quand je suis en tournée, je la perds.

 Jonathan : C'est énorme de d'entendre dire ça. Merci d'être aussi honnête.

 Brian : Entre Jésus et moi, c'est une vraie histoire d'amour. C'est ma priorité. Mon numéro un. Et quand je lâche le morceau avec lui, je déprime. Je suis sec. Je me sens vide.

 Benji : Maintenant que tu es de nouveau avec Korn, avec Fieldy qui est chrétien aussi, est-ce que ta foi influence la nouvelle musique que tu composes avec Korn ?

 Brian : (Jésus a dit :) « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux », pas vrai ? Oui, c'est une grosse influence. Tout le monde est au courant de ce qui nous motive et tout le monde est cool avec ça. Avant d'écrire le nouvel album, Jonathan (Davis), le chanteur, passait par une période vraiment sombre, et il nous appelait et il nous disait « Prie pour moi... J'ai besoin de prière. » On évoque ça avec le premier morceau de l'album, « Prey for me ». La chanson parle de la manière dont il se tourmente lui-même. Certaines personnes nous disent « Tu ne peux pas retourner sur scène avec eux. Ils ne glorifient pas Dieu. » Et je voulais donc que ce premier morceau s'appelle « Pray for me[4] ». Ce serait une façon de leur balancer à la figure... De les faire réfléchir, qu'ils devraient prier plutôt que de juger... Peut-être ils devraient se taire tout simplement, et prier pour la situation.

 Benji : Depuis que tu as recommencé à tourner avec Korn, as-tu dû faire face aux anciennes tentations ?

 Brian : Les anciennes tentations ?  Oh, c'est différent maintenant. Il n'y a plus les mêmes tentations qu'avant en tournée, avec l'alcool, la drogue, le sexe et tout ça. Nous sommes tous mariés dans le groupe. C'est un domaine où on reste très sage; Les filles ne viennent plus nous voir en coulisses. Elles ne traînent plus autour de nous. Les drogues non plus, nous ne les avons plus. Parfois, dans notre entourage, certains fument des joints. Les gars de l'équipe. Mais ils ne le font plus autour de nous. Le pire, c'est que tout le monde est en train de boire. Dans le passé, je buvais beaucoup, mais à présent, je trouve que l'alcool ne me manque pas. Ce n'est pas pour dire que je ne pourrais pas chuter. Nous sommes juste des êtres humains. Mon premier problème, c'est les sucreries, et peut-être l'addiction à Internet, passer trop de temps avec mon ordinateur. Mais les drogues, les femmes et tout ça... ça ne fait plus partie de ma vie. Je suis comme un moine du métal. (Rires.) Si je ne passe pas du temps seul à seul avec le Seigneur, je finis par déprimer.

 Jonathan : Comment va ta fille, Jennea ? Tu lui parles tous les jours ? Ne réponds pas si tu ne veux pas répondre. Elle fait partie de ta vie privée, ta famille.

Elle est dans une école de filles. C'est une école chrétienne. Pour elle, c'est vraiment ce dont elle a besoin - école, thérapie, musique...  Et je passe du temps avec elle une fois par mois. Je l'ai emmenée en tournée l'année dernière, et elle a commencé à se flétrir... Elle souffrait de solitude, de dépression. Elle pensait au suicide... Alors maintenant elle est avec les autres de son âge. Elle est dans un programme qui lui convient. Elle fait de la musique aussi. Elle s'épanouit. Tout à l'heure, je vais lui parler sur Skype.

 Benji : Elle joue dans un groupe ?

 Brian : Elle commence dans un groupe dans son école, oui. Elle se débrouille bien. Je suis très fier d'elle. Elle est heureuse. Elle a presque quinze ans. Elle a besoin de grandir, de trouver qui elle est. Avant, j'étais toujours en train de l'entourer, de tout faire pour elle. Maintenant elle a besoin de prendre son envol. Et là où elle est, c'est là où elle doit être.

 Jonathan : Lui, c'est mon fils, Alex. Alors certains des trucs que tu dis à propos de Jennea...

 Brian : Ton fils ! Eh, salut ! (lui tape la main) T'as quel âge ?

 Alex : Dix-huit ans.

 Jonathan : Il est batteur.  Dans ce que tu dis, j'entends plein de choses qui sont aussi les espoirs que j'ai pour lui. Je prie pour lui tous les jours. Quand je t'entends parler de Jennea, je pense à mes gars.

 Brian : Tu en as d'autres ?

 Jonathan : Oui, j'ai un autre garçon. Son grand frère. Il a 21 ans.

 Brian : (Se tourne vers Alex) Toi aussi, tu vis dans la foi ?

 Alex : Ouais. Je suis né dans une famille chrétienne. Alors j'ai connu plein de choses très tôt. Je découvre de nouvelles choses tout le temps. C'est aussi mon père qui m'a fait connaître la musique. Le métal aussi. Mais il m'interdisait Korn, jusque vers l'âge de 13 ans environ. Il disait que Korn n'était pas acceptable, à cause de la chanson A.D.I.D.A.S[5]. Mais un jour, je lui ai dit, « Mais Papa, y en a deux qui sont chrétiens ! » Après, il m'a dit, « OK, tu peux les écouter, mais pas A.D.I.D.A.S. »

 Brian : Ouais. C'est la chanson que j'ai entendu Jennea chanter, vous savez. Quand elle était petite. Celle qui m'a fait réfléchir. Mais c'est la fin des chansons paillardes. Sur le nouvel album, il n'y en a plus.

 Alex : Vous allez jouer «  Twisted transistor » ?

 Brian : Non. Pas celle-là.

(À Jonathan) Tu as finis l'interview ? Tu as d'autres interviews après celle-ci ?

 Jonathan : Non. C’est bon, là.

 Brian : Je peux essayer de te trouver Sonny si tu veux ? Je peux aller le chercher.

 



[1] Dave Decker, responsable de l’œuvre « Lights Out » pour l’accompagnement pastoral des artistes en tournée (http://livelightsout.org/about/)

[2] Sauve-moi de moi-même, aux éditions Première Partie.

[3] The Whosoevers : une organisation chrétienne d’entraide et de soutien qui touche les milieux du rock et des sports extrêmes, fondée par Sonny Sandoval du groupe P.O.D.

[4] Jeu de mots en anglais : « Pray for me » = prie pour moi et « Prey for me » = ramène-moi une proie. La chanson évoque les différentes façons de réagir aux tourments de la vie et au manque.

[5] A.D.I.D.A.S. : All Day I Dream About Sex (Tous les jours je rêve de sexe)

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Jérémie

Créateur de Beehave en 2007 avec Christelle qu'il épousera un an après, Jérémie apprécie toutes les formes du rock, surtout celles qui contiennent de la double pédale et de la saturation. Né à l'époque des pattes d'eff, il apprécie aussi tout particulièrement le glam, le thrash et le power métal, même s'il se fait chambrer à cause de ça par ceux qui sont nés dans les années 90. Et papa depuis 2015 :-)

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