Colin Parrish - Monolith

Après trois ans d'accalmie, la guerre fait de nouveau rage dans l'univers. C'est en tout cas ce qui nous est conté dans le nouvel album du groupe canadien Monolith, intitulé Nexus. Pas besoin d'une meilleure excuse que la sortie de ce dernier pour assaillir le quatuor de questions et faire, un peu, la lumière sur ce groupe pas tout a fait comme les autres. Retour sur une leçon de musique en compagnie de Colin Parrish, le génie qui compose la musique du groupe.

Deb : Alors déjà salut. Pour commencer, présente nous un peu le groupe: qui vous êtes, d'où vous venez, depuis combien de temps l'histoire dure...

Colin : Monolith est un quatuor qui vient de Toronto (Ontario, Canada). Bon, techniquement aucun de nous ne vit à Toronto même, mais bon on vit dans des petites villes alentours, donc c'est plus simple de dire qu'on en vient. Le groupe a été créé en 2008 et on a sorti notre premier album éponyme en 2009. Comme les lecteurs le savent probablement déjà, il y a pas mal de groupes qui portent le nom de Monolith mais on aime à penser qu'on a été parmi les premiers à prendre ce nom, même si on n'est pas le plu populaire ...

Deb : Il me semble que Monolith n'est pas un groupe très "traditionnel" qui se rapproche plutôt d'une "agglomération" de musiciens ... Qu'en penses-tu ?

Colin : Quand on a lancé Monolith le groupe avait un fonctionnement assez traditionnel et on faisait quelques concerts en tant que quatuor avec mon ami Adam Wathan à la guitare. Ces jours-ci on est essentiellement en mode groupe de studio et on a évolué au fil des années en ce que tu viens de décrire. Les quatre membres de base sont Mike Gallant (voix), Colin Nazfinger (batterie), Anthony Digiovanni (artwork) et moi-même, Colin Parrish (tout le reste !). Les illustrations d'Anthony font partie du groupe à part entière, dans notre présentation globale, et on considère Anthony comme un membre total du groupe même s'il ne joue pas d'un instrument sur nos enregistrements. Ceci dit, il nous aide avec les chœurs sur Search. Ma belle-sœur Jamie Kerer a aussi chanté sur le morceau Oracle. On a dans l'idée d'enregistrer une suite de Nexus qui sera encore plus immersive d'un point de vue multimédia. On aura davantage de détails là-dessus quand on se sera mis à y travailler, mais ça pourrait prendre quelques années à réaliser.

Deb : Bon, et parle nous un peu de votre style de musique ... On est dans du metalcore avec des rappels de jeux-vidéos, des sonorités épiques, électro, et même issues de la pop-culture ! Quel mix !

Colin : Alors là je vais essayer de ne pas rédiger un essai ... Mais on pourrait argumenter longtemps sur le sujet. Notre but premier avec Monolith a toujours été d'essayer de rendre la musique aussi accessible que possible. Bon, la voix saturée du chant crié peut rebuter bon nombre de non-métalleux, mais à part ça on fait vraiment l'effort d'intégrer dans nos chansons un certain degré de "sensibilité pop". On a tous grandi avec l'habituel métal mélodique scandinave et le metalcore américain dans les oreilles, qui étaient populaires au début des années 2000, donc c'est sûrement de là dont nos premières influences métal proviennent. On a aussi beaucoup écouté les musiques de films contemporaines (genre Hans Zimmer, Immediate Music), c'est un peu la version heavy métal de la musique classique. Il y a plein de groupes qui réussissent mieux que nous à fusionner ces deux styles de musique, mais en général ils mettent davantage l'accent sur l'orchestration. Dans notre cas à nous, l'orchestre est davantage pensé pour apporter la profondeur harmonique aux arrangements. En théorie c'est plutôt la guitare rythmique et les claviers qui emmènent la composition, et nous on essaie de trouver aussi de la place pour l'orchestre. Ça doit être le côté le plus difficile du procédé d'écriture, enregistrement et mixage pour Monolith. Par exemple, les sons d'instruments à cuivre qu'on entend typiquement dans les blockbusters hollywoodiens comme Pirates des Caraïbes se retrouvent sur les mêmes fréquences musicales que les guitares électriques, alors c'est pratiquement impossible de les avoir au même moment si les harmoniques ne correspondent pas. Je n’ai pas fait un super boulot d'arrangement de ces parties sur les deux premiers albums, du coup les mixs sont un peu brouillons par moments.

Chaque chant est illustré par une image :



Avec Nexus, on s'est beaucoup plus appliqués à ajouter des mélodies symphoniques en contre-chant seulement aux endroits où elles pouvaient coexister hors de la gamme d'instruments du groupe. Ça on peut l'entendre avec la partie aiguë au début d'Engineers, bien au-dessus de tout le reste. Enfin bref, la plupart du temps dans Nexus, l'orchestre fait figure de doublure pour le fond, ajoutant un peu d'harmonie au second plan. Pour ce qui est des parties électro, difficile de passer à côté de l'influence générationnelle de cette musique de vieille console de jeux. Colin et moi étions de vrais gamers (je suis quasi sûr que Colin est un joueur expert sur Starcraft II), on a toujours aimé jouer avec les sons des claviers électroniques en nous rappelant ces jeux rétro ... La composition de ces musiques de classiques est aussi impressionnante, parce que les compositeurs devaient créer des mélodies qu'on peut mettre en boucle sans finir complètement exaspéré, et ce même après avoir tourné 600 fois de suite sur la même partie. Stylistiquement, je crois qu'on aime tous l'idée des "niveaux" dans les jeux vidéo, où chaque palier a son propre thème qui reste cohérent avec la ligne directrice de l'histoire, tout en restant des musiques radicalement différentes les unes des autres. Je crois que les deux premiers "Sonic le hérisson" sur la Sega Mégadrive en sont les meilleurs exemples, et ont été très formateurs dans ma propre manière d'appréhender la musique (aussi absurde que ça puisse paraître!). Nexus possède le même genre de structure dans la mesure où on a cherché à donner à chaque chanson ce "goût" représentatif du monde qu'Anthony a construit avec ses dessins. Pour en revenir à notre position initiale de rendre la musique accessible on se voit d'abord comme des auteurs/compositeurs avant d'être des interprètes. Les riffs des guitares et les parties à la batterie sont assez simples à jouer par les standards du métal mais bon, tant qu'ils vont avec la chanson, ça nous va !

Deb : Et c'est quoi les messages, ce que vous dites dans vos chansons, globalement ?

Colin : Mike est sûrement plus à même de répondre, en tant que parolier principal, mais je dirais qu'en général, l'histoire est celle d'un espoir au cœur du combat. Notre album éponyme est certes moins narratif, mais Voyager et Nexus recensent le voyage d'un héros improbable dans des mondes éloignés, qui cherche à concilier sa vocation avec les divers défis et échecs auxquels il est confronté sur la route. Mike ne va pas être content que je fasse la comparaison, mais je trouve que l'histoire, jusqu'ici, ressemble un peu à une version SF du Voyage du Pèlerin de John Bunyan.

Deb : Pourquoi est-ce que vous chantez sur Dieu, la foi et tout ça ? Et surtout, très important, pourquoi CE style de musique pourtant mal vu par les chrétiens "traditionnels", pour véhiculer de tels messages ?

Colin : Alors ça c'est une bonne question qu'on nous pose souvent en message privé sur Facebook ! "Est-ce que Monolith est un groupe chrétien ?" Je sais que ça a longtemps été un sujet délicat à traiter -surtout dans le milieu du métal- et y donner une réponse tranchée garantirait quasiment d'éloigner une partie entière d'auditeurs. Alors nous sommes définitivement chrétiens, et ce récit de science-fiction présenté par la musique de Monolith est une allégorie de notre expérience partagée d'hommes à la recherche de la vérité dans un monde sombre, obscur. Il était important pour nous de saisir cette idée dans une approche qui peut-être racontée à des non-chrétiens comme à des chrétiens. Ca ne veut pas dire que le message est relatif mais que nous laissons la porte ouverte aux gens.

Les parallèles évidents à une plus grande échelle seraient le Seigneur des Anneaux ou les Chroniques de Narnia. Les deux sont des métaphores chrétiennes inratables mais le masque de la Fantaisie est plus attrayant pour ceux qui ne seraient pas réceptifs au message autrement.

Deb : Parlons un peu de votre nouvel album, Nexus. Déjà, ce nom. Pourquoi Nexus ? Ca signifie quoi ?

Colin : On a tendance à graviter autour de l’idée de noms de singles pour nos titres. En revenant à l'idée des "niveaux" de jeu vidéo, et au travail artistique morceau par morceau, on savait qu'on voulait que le titre de l'album représente une sorte de passerelle vers ces mondes. On a un peu débattu autour de différents mots tels que Worlds, mais Nexus était le plus équilibré. En plus ce "x" au milieu du mot colle super bien niveau visuel.

Deb : Comment a-t-il été conçu, cet album ?

Colin : En premier lieu, je crois qu'on commencé avec le concept global et puis l'artwork et les thèmes de paroles en parallèle. Mike avait une idée de ce qu'on pouvait transmettre sur chaque chanson et il a bossé avec Anthony pour conceptualiser les illustrations. C'est en partie pourquoi l'art d'Anthony est si profondément ancré dans notre présentation générale. De nombreuses manières les illustrations et les paroles ont été développées en parallèle. L'histoire de Nexus est vraiment la suite de Voyager. En ayant choisi d'entrer dans le Nexus, le protagoniste de Voyager se retrouve embarqué dans un conflit aux proportions cosmiques. A mesure qu'il voyage dans des mondes hostiles il lutte avec sa décision première d'être entré dans le Nexus. Finalement, il persévère, et dans la dernière chanson, le Monolith apparaît, et c’est un introduction vers Monolith IV, notre prochain album … Comme je l’ai dit plus haut, on ne devrait pas faire trop de plans sur la comète à propos de Monolith IV pour l’instant, mais on a déjà une idée de ce qu’on veut faire et en fait, on a 2 ou 3 chansons qui sont en phase préparatoire.

Deb : Qui est (ou sont!) le pur génie qui écrit les chansons, les musiques ? Ca a dû être un travail énorme !

Colin : De base j'écris les musiques et Mike les paroles. Evidemment, on met en commun e, on revoit et on participe aux compositions finales mais la majorité de l'écriture se fait séparément. La plupart de nos compositions commence par des riffs à la guitare et là-dessus on construit le fond occupé par le clavier et l'orchestre. Donc oui, ça prend du temps de faire en sorte que les arrangements marchent, mais je travaille maintenant avec ce super programme MIDI appelé TablEdit qui me permet de checker toute la structure harmonique par rapport aux parties de la guitare, du clavier et de la basse. Et c'est aussi très bien pour sauvegarder de petites idées afin de les assembler plus tard. D'habitude, ça prend deux ans de compiler 12 morceaux complets, mais les idées viennent plus facilement, en fonction de ce qui nous inspire. Tu remarques qu'il y a un peu plus de trucs "groovy" dans Nexus que dans Voyager parce que le "djent" est super populaire en ce moment et c'est dur de passer à côté l'emprunt de quelques phases de guitare à ce genre. Souvent, je trouve intéressant de me dire qu'écrire c'est prendre quelque chose qui m'inspire d'un morceau non métal, et d'en faire du métal. Ca va devenir une chanson qui a la même résonance générale que l'originale mais en même temps, n'y ressemble pas en terme de riffs ou d'accords. Une fois que les pistes MIDI sont faites, Mike commence à écrire les paroles et puis on travaille sur tous les petits ajouts de mélodie, clavier, et orchestration pendant qu'on enregistre.

Deb : Un dernier mot, ou quelque chose que vous aimeriez ajouter ?

Colin : Sincères remerciements à Beehave de nous avoir donné la possibilité de parler de Nexus. On voudrait remercier tous ceux qui nous ont envoyé quelques dollars pour Nexus et qui continuent de soutenir Monolith à travers le monde. Monolith IV n'est pas pour tout de suite mais on va le rendre plus grand, et meilleur que jamais !

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Concernant l'auteur

Deborah

Est tombée dans la marmite de potion-musique quand elle était petite. Bien que tolérante, et avec beaucoup de choses à apprendre encore, manifeste une tendance à préférer la bonne musique. Après s'être essayée à jouer d'un instrument, elle a laissé la scène à ceux qui la méritaient vraiment, préférant être backstage. Du coup, elle dédie ses heures libres aux interviewes pour Beehave et à la traduction pour son asso' d'organisation de concerts. Oui elle est comme ça : Passionnée.

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