Joe McElroy (Comrades) : "Nous essayons de voir nos vies entières comme un ministère, comme quelque-chose qui existe grâce à la foi"

Mené par le couple Joe et Laura McElroy, Comrades est un groupe de post-hardcore américain qui a sorti son deuxième album en octobre dernier, chez Facedown Records. Trois membres dont deux mariés, une dualité dans la musique quasi schizophrénique avec des alternances entre post-hardcore énervé donnant envie de mosher et d'ambient à rêver d'étoiles, une foi bien ancrée, voici le mix dont il a été question, entre autres, tout au long de cette interview avec Joe, le guitariste du groupe.

Jérémie : Bien que vous soyez un groupe relativement jeune, vous avez une histoire assez fournie, en commençant comme un groupe instrumental puis en ajoutant du chant, une signature avec un deuxième label etc. Et je n'ai même pas évoqué le fait que tu es marié à un autre membre du groupe. Peux-tu nous raconter l'histoire du groupe en faisant la description des événements principaux qui ont fait du groupe ce qu’il est aujourd'hui ?

Joe : Comrades est venu d'un autre groupe screamo/post hardcore qui avait un autre nom en 2009, et est devenu instrumental avec le changement de nom a Comrades. Nous avons eu quelques changements de membres, et l'album instrumental original a été écrit principalement avec notre batteur Ben, qui a quitté le groupe peu après avant de revenir. Nous avions écrit et enregistré « Safekeeper » quand Ben est revenu dans le groupe, et nous l'avons mis sur Blood and Ink, mais nous n'avions pas eu un long contrat, donc nous étions libres d'explorer d'autres labels après cet album. Laura et moi nous sommes mariées en 2011 et le groupe ne faisait pas beaucoup de tournées à l’époque donc on avait des « vrais travails » ainsi qu'une « vie adulte » haha, mais on essaye de toujours garder le momentum avec les tournées et en faire le plus possible. Depuis la sortie de Safekeeper, nous sommes à nouveau en tournée à plein temps. Nous avons enregistré « Lone/Grey » par nous mêmes, ensuite nous l'avons envoyé à des labels, mais ça a rapidement fini avec une situation géniale avec Facedown, alors nous avons put le sortir rapidement, ce qui est top car beaucoup de groupes dans cette situation doivent attendre des mois ou même des années pour obtenir un bon contrat, sans compter le temps imparti au planning de sortie de l’album.

Jérémie : Votre signature avec Facedown pouvait être devinée par le fait que vous jouiez au commencement du Facedown Fest plus tôt cet année Comment tout ça s'est passé ? Ça a l'air d’avoir été quelque-chose de fait à la dernière minute, mais je suis sur que l’histoire est plus complexe. Peux-tu nous raconter plus en détail comment les choses se sont déroulées ?

Joe : Et bien, honnêtement, nous avons joué au Facedown Fest vraiment à la dernière minute ! Environ deux semaines avant cette tournée, nous avions commencé à diffuser l'album, et le patron de Facedown nous parlait d'en faire la distribution. Et il se trouve que nous étions déjà dans la région pour un concert, alors quand un groupe a dû se retirer du festival, il nous a proposé de venir jouer puis on pourrait se rencontrer et discuter un peu. Cela bien a fonctionné, et c’était génial qu'il ait pu nous donner cette opportunité avant même qu'on soit avec le label. Nous avons du quitter le festival rapidement pour aller jouer notre autre concert qui était déjà prévu le soir-même !

Jérémie : Votre album précédent était sorti via Blood & Ink records, qui se spécialise plus dans les groupes punk et hardcore. Est-ce-que vous vous sentiez à part parmi eux, et qu'est-ce qui vous a poussé à poursuivre un accord avec un label plus appropriée par rapport à votre style musical ?

Joe : Nous avons toujours été un peu coincé entre les mondes hardcore/punk/metal et indie/emo/instrumental dans le monde musical, donc ce n'était pas une surprise si nous n’étions « pas à notre place » en termes de style. Mais honnêtement c'est bien plus important d’être avec un label qui fera du vrai travail pour votre groupe et qui croit dans votre art, plutôt que de chercher à être “en harmonie” avec les autres groupes du label, et nous nous estimons chanceux d'avoir cela par deux fois, avec B&I ainsi que Facedown. Je pense que B&I a honnêtement agrandi leur listing et est devenu un label plus divers, et Facedown est en train de bouger dans cette direction aussi. Nous sommes toujours le groupe « différent » sur les concerts hardcore, donc on a l'habitude. C’était d'habitude quelque-chose de positif.

Jérémie : J’ai eu le plaisir d’écouter en avance votre futur album, et je suis content que vous avez gardé votre style musical intacte. Vu l’histoire de votre groupe, comme nous l'avons dit, qui est marquée par les évolutions, avez-vous été tentés d’essayer quelque-chose de nouveau? Ou est-ce que vous êtes plus confortables à rester avec la même formule afin de la perfectionner? L’album sonne vraiment plus propre !

Joe : Merci ! Nous n'avons pas une formule spécifique de ce qui doit être un album ou une chanson Comrades “le nôtre”, mais nous avons toujours voulu jouer une musique qui soit émotionnelle et intense, sans la “simplifier”. Il y a toujours une pression sur les artistes pour que leur musique soit plus “accessible”, et généralement on sent que cela fait que les groupes sont moins uniques et intéressants, alors nous nous poussons toujours à écrire la musique la plus honnête et intéressante possible.Notre identité n’a jamais été d'être instrumental, ou n’importe quel genre spécifique, mais juste de jouer la musique qu’on aime tous. Nous partageons tous la plupart des mêmes influences musicales fondamentales.

Jérémie : Quand j'écoute votre musique, ca me donne cette même sensation d’effet de dichotomie que j’ai quand j'écoute de la musique doom : quand il n’y a que la musique ou du chant clair, l’aspect musicale est absolument magnifique et accessible à n’importe qui. Puis quand le scream arrive, c’est encore plus brutal vu la différence que cela fait avec le ton musicale précédent. Je ne dis pas que c’est quelque-chose de mal (perso je l'apprécie beaucoup), mais c’est la dualité qui fait que c’est moins accessible pour un marché plus générale ainsi que pour des écouteurs de rock générique. Comme ma femme par exemple qui aimerait qu’il n’y ait pas de scream. D’où vient cet aspect musical quasiment schizophrénique, et comment faites-vous pour le créer ? Qui fait quels parties quand vous créez la musique? Y’a t’il des personnes qui font la partie ambiante, et d’autres qui disent “Et si on ajoutait un peu de scream par la ?”

Joe : Quand nous avons commencé à faire de la musique, nous aimions tous la musique heavy et agressive, qui avait de l'émotion, des choses a dire, mais on aimait également la musicalité de la musique, et le type de musique douce qui te donne la possibilité de réfléchir de façon introspective. Je suis sûr qu’il y a des personnes qui souhaitent qu’on n’ait pas de scream, et d’autre qui préféraient qu’on n’ait pas de chant clair, mais nous avons toujours essayé de faire que la composition dans son ensemble, la musique et les voix, s’accordent tous ensemble pour ne pas que ça ne soit pas que du scream jeté là sans raison, et que la musique derrière soit intéressante. Nous étions tous des gamins hardcore a un moment ou un autre, mais il y a tellement d’autre facettes à notre musique ainsi que nos intérêts maintenant. Quand à l'écriture nous apportons tous des parties différentes, mais Ben a probablement le plus d'idées pour les parties les plus lourdes, et Laura pour les parties plus calmes, mais c'est vraiment un mix de tout.

Jérémie : C’est évident que vous aimez la musique ambiante autant que le post-hardcore. Moi aussi. Ça serait génial d'écouter un double album qui serait pour le premier un disque ambient et pour l’autre du post-hardcore. Et pourquoi pas un autre album qui serait un album normal de Comrades qui mixerait chacun des chants respectifs des deux albums en une seule piste, qu’en penses-tu ?

Joe : C’est en fait quelque-chose dont nous avons parlé auparavant. Nous n'avons rien de particulier qui nous attache a une structure de chant ou album particulier, alors nous avons réfléchir un peu par rapport à l'idée de faire un album “double face” qui allait de plus en plus loin dans chaque direction. Peut être nous ferons quelque-chose comme ca sur le prochain album, qui sait ?

Jérémie : Vous êtes connus pour être un groupe DIY, et je peux voir comment cela a fonctionné avec B&I. Mais avec Facedown, leurs sorties ont une qualité de production si importante que c’est difficile d’imaginer conserver ce côté DIY avec eux. Alors avez vous lâché cet aspect ? Etait-ce difficile ? Comment cela a-t-il marché pour cet album ? Ou et avec qui avez vous enregistré cet album, et pourquoi ?

Joe : DIY est quelque-chose qui est difficile à décrire pleinement, vu que cela a pris des sens différents selon les personnes, mais nous avons pour la plupart organisé nos propres tournées, réparé notre propre camionnette, et jusqu'à récemment, enregistré nos propres albums. Ce n’est pas parce qu'on voulait le faire ainsi, nous étions juste un groupe ayant peu de moyens, alors nous avons fait nous même, en compensant ce peu de moyen en travaillant dur. Nous avons choisi d’enregistrer cet album chez Glow In The Dark, où d’autres groupes plus grand comme As Cities Burn et Underoath ont enregistré, principalement parce qu'ils sont connus pour donner un son génial et moderne aux album tout en utilisant des sons authentiques et des vrais instruments, a la place de tons qui sont numérisés. Nous trouvons important le fait d’avoir un album sur lequel c’est nous qui avons joué, ainsi qu’avoir nos vrais instruments la dessus, c’est une raison importante dans notre choix du studio GITD. On organise toujours nos tournées, et on a toujours la même camionnette qui a 22 ans, et on représentera toujours “l'éthique DIY”, mais on essaye aussi d'être professionnels et de mener cela aussi loin que l’on peut.

Jérémie : Je suis sûr que tu as déjà dû répondre à cette question de nombreuses fois mais c’est incroyable que tu sois marié à Laura, qui joue la basse et qui chante. Bien que je sois sûr que c’est une bénédiction de pouvoir voyager et gagner votre vie en faisant quelque-chose que vous aimez avec ta femme, mais est-ce-que vous sentez que cela met des difficultés sur votre mariage ? Comment faites-vous pour avoir des moments de couple, tout en faisant en sorte que Ben Trussel ne tienne pas la chandelle ?

Joe : C’est une super question ! Cela a sûrement ses bénédictions et difficultés. Notre relation a l’air très différente comparé à la plupart des personnes. Pour la plupart des couples, ils travaillent à des endroits séparés, puis rentrent et se voient a la fin de chaque jour. Leur temps ensemble peut être focalisé sur eux, ou leur famille, mais avec nous, nous devons aller en mode “membre du groupe”, et cela fait que c’est comme si on devait parfois éteindre notre relation, ce qui peut être difficile. Mais c’est aussi une bénédiction incroyable à partager ces hauts et bas, ainsi que des expériences énormes avec elle. Nous sommes vraiments les meilleurs amis, et nous pouvons voir le monde ensemble et faire de l’art ensemble, qui est incroyable ! Hier par exemple était notre anniversaire de mariage de cinq ans, Ben est resté avec l’autre groupe avec qui on fait la tournée, pendant que Laura et moi sommes allés passer du temps ensemble sur une plage (nous étions en Floride). Ben a en effet une dynamique différente par rapport à la plupart d’autres groupes, et je ne peux pas dire que ca ne lui arrive jamais de tenir la chandelle, mais ce n’est pas aussi difficile que cela. Nous sommes tous les trois de très bons amis et il apprécie également être seul, donc nous sommes plutôt bien adaptés à tout cela.

Jérémie : Vos deux labels sont connus pour êtres des labels chrétiens. En tant qu’artiste se produisant dans le monde chrétien, comment estimes-tu que ce monde se place face au business musical dans son ensemble ? Est-ce seulement un entreprise, ou est-ce plus ? Cela vous ouvre-t-il plus de portes que ça n’en ferme en proclamant que vous êtes chrétiens ?

Joe : Encore une autre bonne question ! Nous sommes tous les trois chrétiens, mais nous ne tournons pas dans le “monde chrétien” sauf parfois pour des festivals ou un concert occasionnel. La plupart de nos tournées sont dans des clubs ou des bars avec des groupes qui ne sont pas chrétiens. Nous avons toujours ressenti que quoi que soient vos croyances, ou ce que votre groupe a à dire, vous devez faire partie de la communauté de musique dans son sens large, pas juste appartenir a un petit coin. La meilleur facon de decrire la relation entre le groupe en tant que groupe chrétien et une business est la suivante: notre musique est notre art, notre marchandise est notre entreprise, et nos vies personnelles sont notre religion. Ils sont tous connectés et se chevauchent, et vont êtres vus à un concert, mais ne sont pas exclusifs. Parfois les chrétiens obtiennent une mauvaise réputation pour être vieux jeu ou des choses du genre, mais notre foi nous conduit vers la justice sociale et l'égalité, et pour être aussi honnêtes et vrais que nous puissions l'être.

Jérémie : Nous croyons qu’il est juste d’aider des artistes comme vous car on croit que c’est un moyen d’atteindre des non-croyants avec la musique, surtout quand il peut avoir des temps de qualité avec les personnes après certains concerts. Est-ce que vous mettez du temps apart après (ou entre) les concerts pour entrer en contact, parler et prier avec des non croyants? Pour eux ? As-tu des sujets de prière, et des histoires à partager en relation de ce sujet ?

Joe : Nous essayons de voir nos vies entières comme un ministère, comme quelque-chose qui existe grâce à la foi, et grâce à qui nous sommes, plutôt que de faire partie de quelque chose de structuré. Nous ne sommes pas aussi “evangéliques” que certains groupes chrétiens, mais c’est juste une réflection de notre coin du spectre de la foi. Je suis quelqu’un de très scientifique, alors ma foi peut avoir un aspect très différent de quelqu’un de très charismatique, et les interactions que j’ai avec les personnes à nos concerts reflètent cela. J'espère que notre musique est quelque-chose qui résonne avec les personnes malgré qu’ils croient ou non en ce qu'on croit, et avec un peu d’espoir cela peut aider les personnes à comprendre pourquoi nous sommes tels que nous sommes.

Jérémie : Nous sommes de la France et nous aimerions avoir la chance de vous voir en live. Avez-vous des projets de venir jouer en France, ou en Europe ?

Joe : Nous avons toujours eu envie de faire une tournée en Europe, et c’est une priorité très importante cette année. Nous aimons tous comment la musique peut aider à briser les barrières de langue et de culture et faire une communauté de personnes qui sont très différents, alors faire une tournée en dehors de notre pays serait une opportunité incroyable pour nous ! Avec un peu d’espoir cela se fera d’ici la fin de l'année !

Jérémie : Merci pour ton temps, maintenant tu peux nous dire tout ce que tu souhaites, à destination de la France et des français, et que je ne t’ai pas demandé !

Joe : Merci pour une interview aussi recherchée ! C’est un honneur que notre musique soit allée aussi loin que la France, et que nous faisons maintenant partie d’une communauté de musique plus grande et globale. Peut-être un jour nous pourrons nous rencontrer !

Interview réalisée par email, et traduite de l'anglais par Mark. Retrouvez Comrades sur son Facebook ici.

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Concernant l'auteur

Jérémie

Créateur de Beehave en 2007 avec Christelle qu'il épousera un an après, Jérémie apprécie toutes les formes du rock, surtout celles qui contiennent de la double pédale et de la saturation. Né à l'époque des pattes d'eff, il apprécie aussi tout particulièrement le glam, le thrash et le power métal, même s'il se fait chambrer à cause de ça par ceux qui sont nés dans les années 90. Et papa depuis 2015 :-)

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