Jesse Leach (Times of Grace / Killswitch Engage) : "Il faut laisser à l'Esprit de Dieu le soin de conduire les gens dans la bonne direction, et c'est ce que j'essaye de faire avec ma musique"

Lors du Hellfest 2016 j'ai eu l'honneur de m'entretenir avec Jesse Leach, le chanteur de Killswitch Engage et de Times Of Grace.
 
Jonathan : Salut Jesse. Merci de nous accorder cette interview. Ça te fait quoi de jouer en France avec Killswitch Engage, au Hellfest ?
C'est vraiment top. C'est excellent. Ce festival est particulier, j'aime bien. L'affiche est extraordinaire, et tellement de groupes… des groupes avec un pedigree extraordinaire. Pour certains, je suis vraiment fan. Je suis fan de beaucoup de ces groupes.
 
Qui par exemple ?
C’est un plaisir de voir Anthrax. Ces types sont des amis à moi. Mais encore aujourd'hui – et ils le savent – je suis un vrai fan. Ce sont mes amis, mais ça m'empêche pas d'être « Anthraaaax !!! » Ils sont vraiment cool. Ils viennent de passer nous voir dans notre loge, et je suis comme une petite fille quand ils sont dans les parages. Ce sont mes gars à moi.
Hatebreed… c'est toujours un plaisir de passer du temps avec eux.
Harm's Way sont balèzes. Qui d'autre ? Je ne sais pas. Toute une flopée de grands groupes. C'est un honneur d'être ici.
 
Et la France en général ? Le public français connaît les morceaux des albums ?
Ouais. Les concerts en France sont relativement bien. Ce n'est pas le sommet de la gloire. On joue dans des salles plus petites ici. Mais pour moi, simplement d'être là, avec la culture française, la cuisine, le vin… Je suis un grand fan de films français, à cause de ma femme. Alors j'aime simplement être ici en France, je suis un peu amoureux de l'idée du pays.
 
Sais-tu si le dernier album de Killswitch Engage a été bien reçu ici ?
Très bien, je crois. J'essaie de ne pas trop faire attention. Parce que j'ai vraiment mis tout mon cœur et mon âme dans ce disque, alors j'espère que les gens vont l'aimer. Et s'ils ne l’aiment pas, je ne veux pas en entendre parler. Ma musique représente beaucoup pour moi. En fait, je suis assez sensible à ce qu'on en dit. Sérieusement. Alors, je le redis, surtout pour ce disque, où j'ai mis beaucoup de moi-même : j'en suis vraiment fier, et c'est une réussite pour moi. Rien qu'à cause de ça, je peux m'asseoir et me dire « J'ai fait de mon mieux avec ce disque ! »
 
Qu'est-ce que tu espères faire dans l'avenir ? On a entendu des rumeurs à propos d'un nouveau Times of Grace...
Ouais. Une nuit Adam m'a montré six morceaux sur lesquels il travaille en ce moment. Et il continue à déblatérer là-dessus. Alors ça dépend de lui, qu'il décide d'y travailler avec moi, de commencer à bosser là-dessus. Mais ce sera pas forcément la même chose. On va prendre un tournant. On veut vraiment s'éloigner de toute cette étiquette metalcore, un peu comme on fait avec Killswitch aussi. Élargir la palette et simplement jouer de la musique. Alors avec le matériel de Times of Grace, il va y avoir un truc bluesy acoustique, des éléments atmosphériques, du métal sans les hurlements et tous les trucs typiques. On veut séparer Times of Grace et Killswitch, et faire un truc spécifique. Plus artistique, tu sais, moins thrash.  Plus épique. Alors si on y arrive, quand on y arrive, ce sera quelque chose de ce genre.
 
J'aimerais parler un peu de comment tu es arrivé là où tu en es aujourd'hui. Moi-même, j'ai grandi dans une famille chrétienne, comme toi d'après mes souvenirs de notre conversation.
Ah oui !
 
Aujourd'hui, je suis pasteur. Je sais que ton père aussi, il est pasteur, ou il l’était…
Oui. Pasteur. Officiellement, il a pris sa retraite, car il enseigne à plein temps maintenant. Il enseigne la théologie à la faculté de Concordia. Mais le week-end, il remplace souvent les autres pasteurs. Parce qu'il aime vraiment faire ça. Il ne va pas le reconnaître, mais il aime faire ça, même s'il a pris sa retraite. Et il est bon. Il fait ça très bien.
 
Ça t'arrive de l'écouter prêcher au culte ?
Oui bien sûr. En fait, il fait partie des prédicateurs que j'aime vraiment beaucoup, parce que son point de vue n'est pas celui de tout le monde. Il ne mêle pas la politique à la vie d'église. Il ne se prend pas la tête avec les dogmes de la religion institutionnalisée. Il est pasteur luthérien, mais sa vision du monde a pas mal changé depuis qu'il a commencé à enseigner. En tant que chrétiens, nous devons montrer l'amour en premier. Ensuite, une fois que tu as montré l'amour de Dieu aux gens, le reste peut suivre.
Pour moi, en tant qu'artiste, en tant que musicien, c'est clair que je crois en Dieu. J’ai la foi en Dieu, mais dans ma musique, j'en reste aux généralités. Je suis musicien, pas pasteur. Mais pour autant, je sais que si tu emmènes les gens dans une certaine direction, ils vont comprendre. Mon père dit toujours qu’il faut laisser à l'Esprit de Dieu le soin de conduire les gens dans la bonne direction, et c'est ce que j'essaye de faire avec ma musique.
Je pense que surtout dans ce dernier album, il y a beaucoup d'éléments humains que j'exprime. Il m'arrive d'avoir des doutes, et je les exprime. J'ai des vulnérabilités. Je les laisse transparaître dans un morceau comme « It Falls On Me » ou bien une chanson comme « Embrace the Journey », où je parle d'une manière plus générale de la contemplation de Dieu. 
 
Ça t’arrive de temps en temps d'avoir l'occasion de t'asseoir et de boire un whisky avec ton père ? On en a parlé la dernière fois…
Oh oui. C'est drôle, parce que je ne connaissais pas vraiment mon père… Je ne savais pas vraiment qui il était, avant d'avoir, allez, une trentaine d'années… C'était juste avant l'époque de Times of Grace, et je passais par une période très sombre dans ma vie. Et mon père aussi. Avant, il n'avait pas l'habitude de boire de l'alcool devant moi. Il était très protecteur. Et je me souviens, un jour, il a sorti une bouteille de scotch. Il l’a posée sur la table devant moi. Et on a tous les deux commencé à boire, et on a parlé pendant quatre heures. Et j'étais, « Wow, je commence vraiment à comprendre qui est cet homme. » Alors c'est devenu une sorte de tradition. Tous les deux, on ne boit plus au point de s'enivrer, comme avant. Mais oui, j'ai le plaisir de faire ça avec mon père, avec modération de nos jours.
 
Pourquoi penses-tu qu'il y a une telle fascination, particulièrement dans le métal, pour Dieu et le diable ?
Eh bien ! Ça c'est une bonne question ! C'est vraiment une bonne question ! Je ne sais pas. Je pense que, pour moi, la question principale, c'est le sens de la vie. C'est quelque chose de très profond.  Je ne sais pas si je peux parler du métal dans son ensemble, mais oui, t'as raison… cette obsession avec le diable… Je pense qu'à l'origine, il s'agissait de choquer, de faire un doigt d'honneur à la société. Mais aujourd'hui, c'est devenu un gimmick. Et beaucoup de gars qui prétendent faire du satanisme, je le sais bien, ce n'est pas authentique. Ils s'en servent comme d'un appât pour que les gens les écoutent. C’est vraiment intéressant, ça, car c'est devenu comme une sorte d'outil de marketing. Même si je suis sûr qu’ils essaieraient de le nier avec force protestations.
 
Il y a un peu de controverse en France, avec des gens qui cherchent à faire interdire le Hellfest. Tu sais, « le festival de Satan ». Beaucoup de catholiques, et quelques évangéliques. Qu'est-ce que tu aimerais dire à ces chrétiens qui disent « Le Hellfest c'est un truc satanique, il faut l'interdire » ?
Arrête de te prendre la tête. Respire un bon coup et choisis tes batailles. Ce n'est pas un combat que tu dois mener. Il y a plein de choses à faire, plein de combats à mener au nom de Dieu. Dans ce festival, c'est sûr que les gens boivent trop, et parfois se comportent d'une manière licencieuse, mais ça arrive dans toutes sortes d'endroits. Ce n'est pas un festival satanique, du moins, pour ce que j'en vois, moi. Ce n'est vraiment pas le sentiment qui s'en dégage. On ne ressent pas ça ici. L'ambiance est vraiment sympathique. Et il faut dire qu'en tant que chrétien, il y a beaucoup d'autres choses à faire que d'interdire des concerts de musique. Et puis, ça donne une mauvaise image du christianisme. Ça dégoûte les gens des chrétiens. Nous ne sommes pas coincés à ce point. On ne devrait pas être coincé comme ça. Dieu est un Dieu de grâce, un Dieu d'amour, alors il faut le laisser exprimer sa grâce et son amour.  Ce n'est pas aux chrétiens de prendre sa place et de dire « Au nom de Dieu, nous prenons position ! » Il y a des domaines de la vie où il faut le faire. Mais il y a toutes sortes d'autres manières de le faire, et d'autres batailles à livrer. À mon avis, le Hellfest n'en est pas une. 
 
Merci. C'est une réponse très claire !
Cette interview a été excellente ! Surprenante ! Merci. Parce que, tu sais, je fais tellement d'interviews. C'est sympa de pouvoir faire un truc qui me fait réfléchir. Merci à toi ! 
 
 

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Jonathan Hanley

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