Memphis May Fire & The Devil Wears Prada @ CCO Villeurbanne - 31 octobre 2016

18h passées de quelques minutes. La charcuterie est sur la table, les boissons au frais, et ne manquent que mes acolytes pour que commence cette soirée. Elle se prolongera dans une heure au CCO de Villeurbanne, pour voir un plateau concocté aux petits oignons par Sounds Like Hell Productions et réunissant entre autres Memphis May Fire et The Devil Wears Prada dans le cadre du Rise-Up Tour. Après la livraison des galettes respectives This Light I Hold (chronique à lire sur Beehave) et Transition Blues (chronique à lire sur Beehave), que pouvait nous réserver le live ?

Un concert c’est l’occasion de créer de nouvelles connexions
Comme je suis nouveau dans la team beehave, j’avais proposé à Jérémie - que je ne présente plus - qu’on se retrouve chez moi pour un apéro pré-concert. ça tombe bien, j’habite Lyon et par le plus grand des hasards la salle de concert, le CCO est à 15 minutes à pied. Non en fait à 5. Les charentaises, c’est tout à fait envisageable.
C’était également l’occasion d’inviter JD, contributeur/rédacteur Beehave et d’inclure Romeu. Par connaissances communes nous nous sommes assez vite cartographiés. J’étais heureux d’accueillir Romeu, un très bon ami de Jeunesse en Mission Lyon (avec qui je travaille sur des opérations ponctuelles d’évangélisation) venu du Brésil, parlant un français balbutiant mais dont la passion pour le metal ne saurait mentir. Il nous offrit même des CDs du groupe Brésilien pour qui il officiait.
Et vous savez quoi? on a beau couvrir l’actu metal chrétien, autour d’une assiette de charcuterie (on est à Lyon tout de même) on parle aussi d’autres genres musicaux. Nous sommes à l’écoute de ce que l’un préfère et de ce que l’autre abhorre en s’accueillant dans une belle communion.  

Le CCO porte une belle histoire du vivre ensemble
“Wow, plus de 4 ouvreuses à l’entrée pour une salle de cette taille, c’est quand même pas banal.” avait lancé Jérémie arrivés après la fouille obligatoire.
La salle du CCO (Centre Culturel Oecuménique) est un acteur reconnu du paysage musical associatif Lyonnais. Le lieu porte une histoire ancienne de 50 ans attachée à la construction de l’école d’ingénieurs INSA Lyon et à la croisée d’un projet étudiant et aumônier. L’établissement s’est depuis professionnalisé et continue de cultiver le dialogue interculturel de ses origines bénéficiant de financements de différentes collectivités et de l’Etat. En promenant mes yeux sur les affiches tapissant l’entrée et le merch, des noms ne passaient pas inaperçus: Northlane, Betraying the Martyrs et consorts.

Le cycle des tours ne meurt jamais
Les premiers actes du Rise-up Tour aka The Devil wears Prada (TDWP) + Guests (c’est selon) voient s'enchaîner Like Moths to Flame suivis de Silverstein soit le cadet puis le doyen de la soirée. Il y a un goût de cruauté teinté de mélancolie à observer les Canadiens, parmi les précurseurs du post-hardcore, à jouer loin de leur pays comme un membre presque anonyme d’un tour de taille modeste. “Tu les connais?” se demande-t-on mutuellement à Beehave (en fait Jérémie, oui). N’en déplaise à leur fan Margot Robbie. Si les premiers proposèrent un metalcore sec et sans bavure mais sans plus non plus, les seconds offrirent un punk puissant et mélodique tirant par moment sur le hardcore. Le guitariste, le plus remuant sur scène, était parti pour toujours, enchaînant ses accords barrés comme en quatorze. Il était clairement venu prendre son pied malgré la foule clairsemée et la blonde au premier rang rendait au chanteur les paroles qu’elle semblait connaître par coeur. A moins qu’elle ait uppé son game du lipsync.  

Le métal en 2016 est plus que jamais décomplexé
En préparation de Memphis may Fire (MMF) les roadies s’affairent sur scène alors que passent des singles de Taylor Swift. Coïncidence? Toute la soirée sous les invectives des chanteurs des différents groupes des filles se joignent sans distinction au mosh pit et l’une temps à autres grimpe la scène et se laisse tomber dos au public pour crowdsurfer (un tuto pas à pas pour Shym) tandis que d’autres continuent de sauter en reprenant les refrains en choeur et à tue tête. La parité n’est pas atteinte mais le métal se démocratise. Je repère à ma droite un enfant de moins de 8 ans sur les épaules d’un adulte et coiffé d’un casque de chantier en train de vivre le meilleur moment de sa vie sur le set de TDWP. C’est peut être le style qui permet cela à savoir le metalcore / post-hardcore ces genres magnétiques et agglomérant où dans la foule se croisent des maillots de hockey sur glace, des débardeurs qui laissent peu de place à l’imagination, des chemises de bûcheron, des tonnes de t-shirt de groupe métal et des pulls à capuche imprimés à foison. Dans mon t-shirt Blondie sous mon jacket en simili cuir, je m’éclipse subrepticement du milieu du pit pour gagner les coins du fond de la salle et malgré mes snaps - dont je me sers comme pense-bêtes pour ce report - je me sens définitivement d’une ère ancienne.

Les américains sont pro quelque soit la dimension de l’audience
Quand MMF prend place, la salle bien que de taille modeste s’est remplie. Les premières notes de Carry on envoie la foule dans les cordes et quand arrive le refrain Matt Mullins connecte avec le public Lyonnais encore timide mais conquis. Le groupe commence un set carré et les aficionados ne tardent pas à mosher et crowdsurfer dès le premier breakdown. Vient No Ordinary Love et le frontman reste étonnamment en connexion avec son audience en l’invectivant régulièrement rappelant qu’il sait dans quelle ville il est en train jouer. Ce n’est pas grand chose mais ça suffit parfois à faire d’un chanteur un gars sympa ou un malotru arrogant. Les passages (hard) rock un peu linéaires de MMF apportent finalement de la fraîcheur après les riffs “core” des premiers actes. This Light I hold notamment fait le boulot et ce même en l’absence du prestigieux guest de Shacoby Shaddix : on ne fera pas la différence, le guitariste reprenant avec efficacité ses passages. A mettre sur le dos des pertes et profits. Les Texans continuent de ratisser large dans leur discographie; ils n’ont qu’une vingtaine de minutes et finissent par leur hit The Sinner. Il faut reconnaître le charisme de Mullins habillé de la même tenu que dans les clips (chemise et casquette), sa posture de profil accroché à son pied de micro quand il envoie les refrains et sa recherche de liant avec la foule n’hésitant pas à tendre le mic au premier rang.

Le Hellfest ce pèlerinage Français du métal
L’heure de la transition: malgré la boisson, la température ambiante nous fait gagner les sorties de secours. Nous rejoignons dans le froid, des spectateurs qui ont eu le même instinct de préservation dans une cour aménagée devant les tour bus et séparée par des barrières en galvanisé. Nous ne croiserons pas d’artiste mais nous partageons groupe et expérience de festival. Le Hellfest anime notre conversation. On se jauge sur l’engagement pour la prochaine édition: ira? ira pas? Nul doute que l’évènement est devenu une institution.

TDWP, cet animal en captivité
Nous suivons le mouvement de foule et sommes de retour dans pit, avec The Devil Wears Prada (TDWP). Dès l’attaque des percus de Praise Poison l’atmosphère s’est assombrie. Le clou de la soirée TDWP est sur scène et Mike Hranica, corpulence Chino Moreno post-White Pony et toute chevelure frisée dehors se lance dans un headbang infernal pour nous le signaler. Les représentants de l’Ohio font le grand écart en enchaînant avec Assistant To The Regional Manager. Je regrette les claviers un peu trop en retrait ce qui prive de l’ampleur de ce type de sonorité mais on mettra cela sur les aléas du live tandis que les allergiques de l’électro se réjouissent. Le public n’est pas en reste et répond particulièrement bien au flow du groupe, il suit avec ferveur les fluctuations d’ambiance qui font la force de leurs compositions. Tantôt dark et gloomy et tantôt cisaillants comme les godets d’une excavatrice, les ambiances et paysages musicaux de TDWP transportent le CCO de Evergreen à la poursuite d’Asteroid  en passant par Supernova. Etonnamment sur la totalité du set, le frontman totalement habité cherche à peine le contact visuel avec son audience, caché derrière la serpillère qui lui sert de scalp, lui tourne régulièrement le dos, le bras en l’air comme en recherche et s’avachit sur l’enceinte de droite - C’est son choix #evelynethomas - en mode confession sur le zinc d’un bar. Cela fait l’effet d’une surprise quand vers la trentième minute environ profitant du premier interlude Mike présente enfin son groupe de sa voix fluette presque celle d’un ado malhabile. Il profite des récentes élections américaines pour envoyer un message (très) personnel à son nouveau président. Le groupe clôt le show avec Danger. Et sous la clameur du public, revient entonner un vieux Mammoth des familles. Les lumières s’allument et TDWP reste encore quelques minutes saluer ses fans et serrer quelques mains. 14 titres pour la soirée, nous sommes comblés.

Sortir un samedi soir entre amis pour écouter de la musique c’est possible en 2016
En rentrant, c’est l’heure des au-revoir avec l’équipe Beehave. Le froid mordant des bords du rhône, le parc de la Feyssine est à 30 minutes à pied, nous fait pester (pas trop fort quand même la salle est en zone résidentiel). Je me prends à réaliser qu’un an après les attentats du Bataclan nous sommes un samedi soir, l’équipe de France joue un match foot (féminin certes), nous sortons entre amis pour écouter une musique qui nous ressemble dans une atmosphère paisible et en toute liberté. Et nous sommes bien vivants... par la grâce de Dieu.

Dernière modification le 06/12/2016

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