Switchfoot @ La Maroquinerie (Paris) - 28 mai 2017

J’ai commencé à écouter Switchfoot au début des années 2000. Fraichement arrivé pour faire mes études à Paris, logé dans une mansarde pleine de cafards juste à coté du périphérique, j’écoutais « The beautiful letdown » en boucle. Les textes de Jon Foreman, le chanteur, résonnaient avec mes questions, mes espoirs et mes doutes de jeune chrétien, à peine adulte, confronté à la réalité de la vie. J’aurais finalement patienté pendant 15 ans avant de les voir sur scène.
 
Une petite foule se presse devant la Maroquinerie, lieu atypique qui tient plus de la cave que de la salle de concert. On retrouve des fans de la première heure, la quarantaine bien appuyée, des ados, des étudiants, des couples de trentenaires… Certains ont fait le déplacement de Normandie ou d’Alsace. Il y a même quelques anglais. La musique de Switchfoot rejoint des gens de tous bords, de tous milieux, chrétiens comme incroyants, hommes, femmes, jeunes et moins jeunes. Il fait très chaud, dans la salle, comme à l’extérieur; les premiers beaux jours de l’année nous laissent présager de bons moments de moiteur et d’effluves de transpiration partagées.
 
Après une première partie assez inégale, Tim, Chad, Jérome, Drew et Jon montent sur une scène à peine surélevée, très proche du public, sans barrières pour les séparer de la salle. Le groupe attaque directement sur If the house burns down tonight, un titre bien rock’nroll extrait de leur dernier album, avant d’enchainer sur Needle and haystack life, issu de « Hello Hurricane »
 
« Paris ! Enfin… On est déjà passés dans cette ville au moins 7 ou 8 fois. On avait tellement envie de faire un concert ici !»
 
Switchfoot, c’est avant tout une machine à tubes. Depuis leurs jeunes années, chaque album a été l’occasion de franchir une étape musicale et stylistique. Et force est de constater que les nouveaux tubes marchent aussi bien que les premiers. Les premières notes de Meant to live retentissent et mettent tout le monde d’accord: le public chante à tue-tête les paroles d’un des premiers titres de Switchfoot à être passé sur MTV. Stars connaitra le même accueil, suivi de Bull in a China shop , un nouveau titre au groove infectieux et entêtant. Le public ne boude pas son plaisir à bouger la tête, d’autant que Jon passe la moitié de la chanson au milieu du public, à danser avec les uns et les autres.
 
« On est en famille… Pas besoin de setlist ! (Se tournant vers le bassiste:) Tim ! Qu’est-ce que tu veux qu’on joue ? »
 
Tim attaque les premières notes d’une reprise jouissive des Beastie Boys, Sabotage, avant trois tubes pop-rock dont Switchfoot a le secret, Your love is a song, Where the light shines through et I won’t let you go
 
L’émotion est palpable: Jon  chante chaque titre comme si sa vie en dépendait, s’enroule dans une bannière sur laquelle est inscrite « Europe is where the light shines through »  et malgré la différence de langues, le public semble vraiment touché alors qu’il reprend les paroles des chants en choeur. L’osmose entre les membres de l’équipe est totale: Switchfoot vient de fêter ses 20 ans, 20 ans de musique, d’amitié, et de foi partagée.
 
Je connais peu de groupes dont le plaisir de jouer ensemble est aussi évident. Aux US, Switchfoot est coutumier des stades et des salles combles. En France, ils sont à peu près 200  à avoir fait le déplacement. D’autres groupes pourraient prendre ce petit nombre comme un échec, voire un affront. Pas Switchfoot, qui est connu pour donner le maximum à chaque concert, quelque soit le contexte. Non seulement ils font le job, mais ils semblent ravis d’être là, au milieu de leurs fans français.
 
Love alone is worth the fight sonne comme un manifeste, très efficace en live. C’est le moment ou Jon décide de manière impromptue de prendre un micro, une guitare, et une caisse claire et d’emmener tout le groupe au milieu du public qui forme cercle autour d’eux pour chanter une version très « feu de camp » de Hello Hurricane avant de reprendre seul, cette fois Only hope, une prière reprise avec ferveur par la salle. 
 
Tout autour de la pièce, on peut sentir une sorte de communion se créer entre des personnes qui ne se sont jamais rencontrées auparavant, mais qui chantent les titres les uns après les autres avec la même ferveur. On rit, on échange des regards, on anticipe les montées, les meilleurs moments. On se sent vraiment en famille.
 
« On va vous jouer encore quelques titres rock’n’roll ! On n’a plus de setlist : quel titre voulez-vous qu’on joue ? »
 
Ce sera Dark horses, une de leurs meilleures chansons, suivi de Float, avec son refrain qu’on penserait trouver sur une pub pour chewing-gums célèbres, avant de conclure la soirée sur Where we belong. Les fans reprennent en boucle les « oh oh oh » du refrain pour rappeler « le plus gentil groupe du monde » (dixit un fan sur Twitter).
 
« On a discuté avec les gars en coulisses : je crois que c’est l’un des meilleurs concerts auxquels nous avons participé ! » 
 
Le rappel sera constitué de deux titres issus de « The beautiful letdown » : tout d’abord, 24 , suivi de Live it well, avant de conclure sur le chant qui les a rendu célèbres : I dare you to move, parfaite conclusion pour une magnifique soirée. Au total, finalement 18 titres pour un show généreux à tous niveaux.
 
Malheureusement, je n’avais plus de batterie sur mon téléphone. Je manquerais donc le tweet de Jon annonçant, comme souvent après les concerts de Switchfoot un « aftershow » devant la salle avec les fans les plus persévérants : Jon et sa guitare jouant les hits de Switchfoot en acoustique, à la demande, dans la chaleur parisienne.
 
Je me dirige vers le métro pour rentrer chez moi. Je viens de participer à l’un des meilleurs concerts de toute ma vie. J’ai envie de rentrer, d’embrasser ma femme, de serrer mon bébé dans mes bras, d’aimer, d’être aimé, d’écrire une chanson que tout le monde pourrait chanter, d’accueillir l’autre, même s’il est différent ou étranger, de prier Dieu, comme si c’était un ami, de vivre à fond, une vie en abondance. J’ai envie de rêver grand, Tout semble possible, la vie est une suite d’aventures et d’opportunités que je n’ai qu’à saisir.
 
Ce soir, j’ai à nouveau 19 ans. Et ça fait du bien.
 
 
 

Partagez cet article

Qui sommes nous ?

Créé en 2007, Beehave est un webzine de rock / métal dont le but est de promouvoir des artistes chrétiens.

Le site est géré par une dizaine de bénévoles venant de tous horizons, partageant la même passion pour la musique.

Nous essayons, en fonction de notre temps disponible, de chroniquer les albums qui nous sont envoyés, de nous déplacer à des concerts pour réaliser des live-reports et des photos de concert, et de publier régulièrement des news et vidéos, permettant de découvrir de nouveaux artistes.

Foire aux articles

Derniers commentaires

Newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter pour être tenu au courant des jeux concours et des infos marquantes :